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VI. — De la Poésie chez les Romains

L'esprit du monde romain, c'est la domination de la loi abstraite et morte, la destruction de la beauté, l'absence de sérénité dans les mœurs, le refoulement des affections domestiques et naturelles, en général, le

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sacrifice de l'individualité qui se dévoue à l'Ëtat, et trouve son impassible dignité, sa satisfaction rationnelle dans Tobéissance à la loi. Le principe de cette vertu politique, dans sa froide et austère rudesse, a soumis.au dehors toutes les individualités nationales, tandis qu'au dedans^ le droit s'est développé avec la même rigueur et la même exactitude de formes, au point d'atteindre à la perfection. Mais ce principe était contraire à l'art véritable. Aussi ne trouvons-nous à Rome aucun art qui présente un caractère véritable de beauté, de liberté et de grandeur. Les Romains ont reçu et appris des Grecs la sculpture et la peinture, la poésie épique, lyrique et dramatique. Il est à remarquer que ce qui peut être regardé comme indigène chez les Romains, ce sont les farces comiques, les Fescennines et lesAtellanes. Au contraire, les comédies travaillées avec art, celles de Plante même, sans parler de celles de Térence, sont d'origine grecque, et furent plutôt une œuvre .d'imitation que des productions originales. Ennius puisait déjà aux sources grecques et prosaisait la mythologie. Les Romains ne peuvent revendiquer comme leur appartenant en propre, que les formes de l'art qui, dans leur principe, sont prosaïques, le poème didactique^ par exemple, principalement lorsqu'il a pour objet la morale, et donne à ses réflexions générales les ornements purement extérieurs du mètre, des images,* des comparaisons, d'uhe belle diction et d'une rhétorique élégante. Mais il faut placer avant tout la satire. Le dégoût qu'inspire à la vertu le spectacle du monde, tel est le sentiment qui

cherche à s'exprimer dans d'assez creuses déclamation^. Cette forme de l'art^ prosaïque en elle-même, ne peut devenir poétique, que lorsqu'elle nous met devant les yeux l'image de la dégradation des mœurs^ d'une société corrompue et dépravée qui se détruit par sa propre folie. C'est ainsi qn'Horace, par exemple, qui, comme lyrique, s'est exercé dans la forme et selon la manière grecques, nous trace, dans ses épîtres et ses satires où il est plus original, un portrait vivant des mœurs de son temps, et de toutes les sottises qu'il avait sous les yeux. Nous trouvons là un modèle de plaisanterie fine et de bon goût, mais non au même degré la véritable gaieté poétique, qui se contente de rendre ridicule ce qui est mauvais. Chez d'autres, au contraire, la satire n'est qu'un parallèle, un contraste entre le vice et la vertu. Ici le mécontentement, la colère et la haine éclatent au dehors sous des formes que la sagesse morale emprunte à Téloquence. L'indignation d'une âme noble s'élève contre la corruption et la servitude. Elle retrace, à côté des vices du jour, l'image des anciennes mœurs, de l'ancienne liberté, des vertus d'un autre âge, sans espoir de les voir renaître, quelquefois même sans véritable conviction. A la faiblesse et à la mobilité du caractère, aux misères, aux dangers, à l'opprobre du présent, elle ne peut opposer que l'indifférence stoïcienne et l'inébranlable fermeté du sage. Ce mécontentement donne aussi à l'histoire telle qye l'ont écrite les Romains, et à leur philosophie, un ton semblable. Salluste s'élève contre la corruption des mœurs,

à laquelle il n'était pas lui-même étranger. Tite Live^ avec son élégance de rhéteur , cherche à se consoler du présent, parla description des anciens jours. Mais c'est surtout Tacite qui, avec un pathétique plein d'élévation et de profondeur, sans froide déclamation, dévoile toute la perversité de son temps dans un tableau frappant de vérité. Parmi les satiriques on doit citer Perse comme plus âpre, plus amer et plus mordant que JuvénaL Plus tard enfin, nous voyons le Grec Lucien^ avec un esprit plus léger et une verve plus gaie, attaquer tout, héros, philosophes et dieux, se moquer surtout des anciennes divinités, à cause de leur anthropomorphisme. Cependant, il tombe souvent dans le verbiage, quand il raconte les actions des dieux, et il devient ennuyeux, particulièrement pour nous; car nous sommes tout préparés par notre croyance contre la religion qu'il voulait détruire. D'un autre côté, nous savons, qu'au point de vue de la beauté, malgré ses plaisanteries et ses sarcasmes, les fables qu'il tourne en ridicule conserventleur valeur éternelle.

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