‹ La poétiqueChapitre 57 sur 69 · DU MEEVEILLEÛX DANS LE DRAME · texte numérisé non relu

DU MEEVEILLEÛX DANS LE DRAME

le poussent et le forcent à agir; de sorte que les mêmes déterminations apparaissent à la fois et séparément dans l'individualité divine et dans la personnalité humaine. , Par là^ l'indépendance absolue des dieux, aussi bien que la liberté des personnages qui prennent part à l'action, et qui sont des hommes, est mise en péril. La liberté humaine souffre en particulier, elle qui est la condition essentielle de l'idéal dans l'art, lorsqu'elle doit se soumettre aveuglément aux ordres des dieux. Ce rapport est le même qui est en question dans la croyance chrétienne. C'est ainsi qu'il est dit , par exemple : a L'esprit de Dieu conduit à Dieu. » Mais alors on peut considérer l'âme humaine comme le fond passif sur lequel travaille l'esprit de Dieu. La volonté de l'homme est anéantie dans sa liberté, puisque le décret divin qui s'exéeute par elle, reste pour elle comme un arrêt du destin où elle n'est pour rien, et qui lui enlève toute . personnalité.

Si le rapport est représenté de telle sorte que l'homme, le personnage par lequel l'action s'accomplit, se trouve en face de la divinité comme d'une puissance extérieure à lui^ tout est prosaiquie des deux côtés. Dieu ordonne, l'homme ne fait qu'obéir. Les plus grands poètes n'ont pu échapper .i^tieiiement à ce défaut. On pourrait citer comme exemplQ le dénoûmeilit du Philoctète de Sopl«aple,.l€K passage de VlUoie oh Mercure conduit Prtatt aux ^peds d'Achille, celui où Apollon tue PalM<^ en le fraj^aût entre les deux épaules, la fabtê d'Achille plongé dans les ondes du Styx, et,

par là, rendu invulnérable et invincible. L'épopée est plus facile sur ce point que la poésie dramatique ; . mais le poète n'en doit pas moins user, avec une extrême réserve, d'une concession qui entraîne pour lui cette conséquence absurde que ses héros ne sont pas des héros.

Le rapport véritablement poétique et conforme à l'idéal consiste dans l'identité des dieux et des hommes, qui doit encore se laisser entrevoir, même lorsque les puissances générales sont représentées comme indépendantes de l'homme et de ses passions. En effet, ce qui est attribué aux dieux doit en même temps paraître émaner de la nature intime des individus; de telle sorte que, d'un côté, les puissances supérieures qui dominent l'action, apparaissent personnifiées et individualisées, et que, d'autre part néattttioins, ces êtres extérieurs à l'homme se montrent comme présents dans son esprit et constituant son caractère. C'est au talent de l'artiste à concilier ces deux'kspects, et à les réunir par un lien qui ne soit pas grossier, en faisant remarquer les premières déterminations comme s^accomplissant dans la conscience humaine, et en dégageant en même temps l'élément essentiel «t général qui y domine, pour le mettre en scène sous la forme d'une puissance individuelle.

Le cœur de l'homme doit se révéler dans ses dieux, ibrmes générales, personnifications des grands mobiles qui le sollicitent et le gouvernent à TintMeur. Car alors les dieux sont les dieux de son propre coeur et de ses passions. Par exemple, lorsque nous entendons dire, chez

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