DU PATHÉTIQUE
même, se développe comme une force expansive, jusqu'à ce qu'elle ait atteint une forme parfaite.
Le caractère de concentration intérieure ou d'expansion constitue une différence remarquable dans les individus, et ne distingue pas moins le génie original des peuples. Les anciens savaient, dans l'échange mutuel des sentiments individuels, exprimer ce que la passion a de plus profond, sans tomber pour cela dans de froides réflexions et dans un vain bavardage. Les Français aussi sont pathétiques sous ce rapport, et leur éloquence des passions n'est pas toujours un simple fatras de paroles comme nous le croyons souvent, nous Allemands, àv«c notre habitude de concentration profonde, qui nous fait presque regarder comme une injure faite à nos sentiments de les exprimer par des formes variées* Il fut un moment où tout ce qu'il y avait d'âmes chaleureuses parmi les jeunes poètes en Allemagne, dans leur dégoût pour l'insipide abondance de la rhétorique française et leur désir d'atteindre le naturel, en étaient venus à un degré d'énergie concentrée qui ne s'exprimait presque plus que par des interjections. Mais on a beau pousser des exclamations, exhaler sa colère dans des imprécations, des jurements, tout cela n'est rien. La force des interjections est une force de mauvais aloi. C'est ainsi que s'exprime une âme encore inculte et grossière. L'homme dans lequel se manifeste le sentiment pathétique doit en être rempli et pénétré, mais en ménie temps être capable de le développer et de l'exprimer convenablemeiît.
Goethe et SchiUer forment aussi, sous ce rapport, un contraste frappant. Gœthe est moins pathétique que Schiller. Sa manière de représenter est plus intense. Dans la poésie lyrique principalement, son style a quelque chose de contenu. Ses lÀeder, comme il convient à ce genre, laissent entrevoir la pensée sans la développer complètement. Schiller(l), au contraire aime à déployer dans toute son étendue le sentiment qui l'anime, il le décrit avec plus de clarté et donne plus d'essor à l'expression . On a opposé de même Voltaire à Shakspeare :
(J) Sehûlerïiià fournit pas seulement rezemple; dans un morceau sur le Pathétique il donne aussi le précepte et sa raison philosophique. Nous citerons quelques passages de ce remarquable fragment où il développe les idées de Kant sur le sublime;
« C'est mal entendre Fart que de vouloir produire le pathétique par la force purement sensible de l'impression et par la trop vive ceprésentâlioa de la souffrance. Le poète et Tartiste qui s'y prennent ainsi, oublient que la souffrance elle-même ne peut jacbais être le bot dernier de la représentation, ni la source immédiate du^plaisir qu^ nous procure le tragique. Le Pathétique n'est «sthélique qu'autant qu'il est sublime. Or, des effets qui ne laissent supposer que des sourcéi matérielles, des effets qui résultent des seules affections de la nature sensible, ne sont jamais sublimes^ quelle que soit leur force ; car le SuMime n'émane que de la raison.
Une représentation de la «impie passion, qui ne laisse pas présumer en^nème temps la force transcendante qui lui résiste, est commtme; 1& représentation contraire est noble. Commun et noble, sont les notions qui, partout où on les applique, désignent le rapport de la participation ou de la nou-pariidpation de la nature transcendante de Thomme k une oeuvre ou à ttoe action. Rien n'est noble que ce qui découle de la raison ; tout ce que les sensations produisent seules est conwnun. La conduite d'un homme est commune, lorsqu'il obéit aux instigations de l'instinct sensuel ; elle est décente^ lorsqu\l n'obéit à ses penchants qu'avec égard pour des lois; elle est no&/é^ lorsqu'il ne suit que sa raison au mépris denses pQachaiits. No^js disons qu'une physionomie