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DU PATHÉTIQUE

« L'un, a-t-on dit, est-ce que l'autre parait. Voltaire dit, d Je pleure, et Shakspeare pleure. Mais le rôle de l'art est précisément de dire et de paraître, et non pas d'être en

est commune, lorsque rien en elle ne dénote rinlelligence; nous l'appelons expressive ou parlante, lorsque c'est Tesprit qui a déterminé ses traits; enfin nous disons qu'elle estno6/e, lorsque ses traits ont reçu Fempreinle d'un esprit épuré. Nous appelions commune l'œuvre d'architecture qui n'indique que des buts physiques ; nous l'appelons noble, lorsque, indépendamment du but physique, elle nous représente des

Il faut donc que nous apercevions de ces idées dans la représentation, ou du moins que celle-ci nous les réveille, pour qu'il y ait du pathétique.

Proprement et positivement parlant, ces idées ne sont pas susceptibles d'être représentées. Or, comment Tart peut-il représenter, sans recourir à des moyens surnaturels, quelque chose qui est au-dessus de la nature? Ll est le problème. Cest lorsque, d'un côté, toutes les parties soumises à la seule nature, et dont la volonté ne peut disposer, ou du moins ne peut disposer en certaines circonstances, expriment la souffrance ; et que, d'un autre côté, toutes les parties qui sont à Tabri du pouvoir aveugle de Tinstinct, et qui n'obéissent pas nécessairement aux lois naturelles, ne portent aucune trace de souffrance, ou du moins, n'en montrent qu'une légère, et paraissent ainsi jouir d'un certain degré de liberté. Dans celte discordance entre les traits empreints sur la nature animale par la loi de la nécessité, et ceux qui sont déterminés par la spontanéité de Tesprit, Ton reconnaît la présence du principe supérieur, capable de limilerjes effets de la nature, et, par cela même, se manifestant comme indépendant d'elle. I^ partie purement animale obéit à la loi naturelle; il est donc naturel que l'affection la subjugue. C'est sur elle que s'exerce toute la force de la souffrance. Elle sert en quelque sorte de mesure pour apprécier le degré de résistance ; car on ne peut juger de la force de résistance ou de la puissance morale de l'homme, que d'après la force de l'attaque. Plus l'affection se montre décidée et violente dans le domaine de fanimalUéj sans toutefois pouvoir exercer le même pouvoir dans le domaine de rhumaniié, plus celte dernière se reconnaît. Plus se manifestera FàutODomie morale, plus la représentation sera pathétique, et plus le pathétique sera snbiime. » — (G. B.)

390 FEAGMElfTS SUR LA POÉSIE DBAMATIQUE.

réalité. Si Shakspeare se contentait de pleurer pendant que Voltaire parait pleurer, Shakspeare serait un mauvais poète.

Le sentiment pathétique doit donc, pour être ainsi que l'art idéal Fexige, réel et vivant, se développer dans la représentation comme le propre d'une intelligence riche et complète, ce qui nous conduit à l'étude spéciale des caractères.

DES CARAGTÉRKS. 391

I ir« — nem caractère*.

1* L'intérêt que nous prenons à un caractère vient d'abord de ce que nous le voyons développer en luimême tout un ensemble de qualités diverses, et néanmoins, malgré cette multiplicité conserver son indivi* dualité propre. Si, au contraire, il n'est plu& représenté comme une nature complète et en même temps personnelle, mais abstraitement absorbée par une seule passion^ alors il apparaît ou coinme pervers, ou comme faible et impuissant.

Dans Homère, par exemple, chaque personnage principal est un ensemble vivant et complet de qualités qui sont autant de traits par lesquels se dessine son carac^re. Achille est le plus jeune héros, mais sa force juvénile ne manque d'aucune des qualités humaines, et Homère nous développe cette riche multiplicité dans les situations les plus diverses. Achille aime sa mère Thétis, il pleure au sujet de*Briséis qui lui a été enlevée, et son honneur blessé l'entraîne dans une querelle avec Âgamemnon, querelle qui devient le point de départ de tous les événements de llliade. En outre, il est l'ami fidèle de Patrocle et d'Ântiloque ; en même temps c'est le jeune homme au caractère bouillant et emporté, léger

3d2 FRAGMENTS SUR LA POÉSIE DRAMATIQUE.

à la course, brave, mais plein de respect pour la vieillesse. Le fidèle Phénix son serviteur et son confident est couché à ses pieds. Dans les funérailles de Patrocle, il témoigne au vieux Nestor la plus haute vénération, et lui rend les plus grands honneurs. De même, Achille se montre irritable et facile à s'enflammer ; dévoré de la soif de la vengeance, il pousse la cruauté envers l'ennemi jusqu'à la férocité, lorsqu'il attache le cadavre d'Hector à son char, et le traîne trois fois dans sa course autour des murs de Troie. Et cependant il s'apaise lorsque le vieux Priam vient le trouver sous sa tente. Il se souvient alors de son vieux père, et tend au monarque qui pleure la main qui lui a tué son fils. En voyant Achille, on peut dire : « Yoifô un homme! i>Les dififérentes faces de la noble nature humaine se développent avec toute leur richesse dans ce seul individu. Il en est de même des autres caractères homériques. Ulysse, Diomède,Ajaî, Agamemnon, Hector, Andromaque. Chacun d'eux est un tout complet, un monde en soi ; chacun d'eux est un homme vivant, et non pas une sorte d'abstraction allégorique ou la personnification de quelque trait particulier de caractère. Quelles froides et pâles individualités sont auprès d'eux, malgré leur énei^ie : les Sigfried, les Hagen de Troy, etc.

Une pareille multiplicité peut seule donner de la vitalité au caractère, mais tous ces éléments doivent apparaître comme réunis et fondus ensemble de manière à former un sujet un, et non pas éparpillés ou se jouant au hasard, et affectant simplement une foule de ten-

DES GARACTÈBES. 393

dances diverses; il en serait alors comme des enfents qui se font un jouet momentané de tout ce qui leur tombe sous la main, et sont cependant privés de caractère. Le caractère doit non-seulement pénétrer dans la partie la plus variée du cœur humain, y résider, s'en laisser remplir, mais, en outre, conserver, au milieu de cet ensemble d'intérêts, de desseins, de qualités, de particularités diverses, sa personnalité concentrée en ellemême et incapable de se démentir.

Mais le genre de poésie le plus propre à la représentation de ces caractères complets est la poésie épique; \bl poésie dramatique l'est moins.

2"" Ici l'action, d'ailleurs, dans le conflit et la réaction qu'elle entraine, exige que les caractères se resserrent et prennent une forme déterminée. Aussi les personnages dramatiques sont en grande partie des natures plus simples que les héros épiques. Le caractère alors devient déterminé : un sentiment particulier forme son trait saillant, et marque au personnage un but fixe, auquel se rapportent toutes ses résolutions et toutes ses actions. Si, cependant, on pousse la simplicité au point de faire en quelque sorte le vide dans l'âme, pour n'y laisser que la forme abstraite d'un sentiment déterminé^ comme l'amour, l'honneur, etc. ; alors toute vitalité, toute personnalité véritable est perdue. La représentation devient froide, sèche et pauvre.

Ainsi, dans la détermination du caractère, un élément principal doit apparaître comme doimnant, mais en même temps ne pas exclnte la fécondité et la vitalité;

394 FRAGMENTS SUR LA POtiSIE DRAMATIQUE.

de sorte que le champ soit laissé libre à Tindividu pour s'exercer dans plusieurs senç, pour s'engager dans des situations nombreuses et variées, et pour développer la richesse d'une nature intérieure féconde et cultivée, dans une foule de manifestations diverses. Les personnages de Sophocle nous présentent cette haute vitalité, malgré la simplicité du sentiment qui leâ anime« On peut les comparer, dans la perfection de leur beauté plastique, aux créations de la sculpture. Car la sculpture peut aussi, en conservant au caractère .son côté original et déterminé, l'exprimer dans la multiplicité de ses éléments. En opposition avec la passion principale qui éclate au dehors et qui se concentre avec toute son énergie sur un seul point, elle représente^ il est vrai, dans son calme et son silence, la puissante neutralité qui maintient dans leur repos toutes les forces intérieures. Mais cette inaltérable unité ne se borne pas à une détermination simple ; elle laisse voir dans sa beauté les points où toutes ces forces ne demandent qu'à éclore et manifestent la possibilité de se déployer librement dans toutes les directions. Nous remarquons dans les belles représentations de la sculpture quelque chose de csdme et de profond, qui annoncé le pouvoir de dévelof^^ar toutes les forces que le sujet renferme en lui-* même. On doit exiger de la poésie plus que de la sculpture ; elle doit représenter la multiplicité intérieure du caractère, et c'est ce qu'ont toujours fait les grands poètes. C'est ainsi, par exemple, que Roméo et Juliette nous sont représentés par Shak^eare. L'amour est leur

passion dominante ; mais ils développent, dans les diverses situations où ils sont placés et dans leurs rapports avec les différents personnages de la ^ièce, une foule d'autres sentiments et de qualités qui révèlent la richesse inépuisable de leur caractère. Celui-ci, néanmoins, est tout entier pénétré par un seul sentiment, la force d'un r amour qui lui sert de support et de base, et qui apparaît ainsi, profond et vaste comme une mer sans limites. De sorte que Juliette peut dire avec raison : « Plus je donne, plus je possède. » Il y a, en effet, l'infini des deux côtés. Au point de vue du raisonnement, une pareille diversité, malgré la domination d'un élément unique, peut pa^ raitre une inconséquence. Ainsi Achille, dans^son noble caractère héroïque, dont la force juvénile coifêtitue le trait principal, montre à l'égard d*un père et d'un ami un cœur doux et tendre. On demandera com«^ ment il est possible que, pour assouvir sa soif cradlè de vengeance, il traîne Hector autour des murs de Troie. Aux yeux de la raison , qui saisit les choses dans leur nature complète, c'ôst-à-dire vivante et réelle, cette inconséquence est le conséquent, le vrai lui-même. Car l'homme est précisément ainsi fait, que non-seulement il porte en lui la contradiction qui éclate partout dans ce monde, msûs la supporte et reste en cela égal et fidèle à lui-même.

3^ Mais le caractèie n'en doit pas moins identifier avec sa propre personnalité l'idée particulière qu'il représente. Il doit être quelque chose de déterminé et trouver, dans cette détermination même, la force et la fixité

d'un sentiment qui ne se dément jamais. Si Thomme n'est pas de cette façon identique à lui-même, la multiplicité de qualités qui le compoeent perd son sens et n'a plus d'idée. Conserver son unité avec soi-même, c'est précisément, dans Fart, l'élément infini et divin de l'individualité. Sous ce rapport, la /èrmeté et la décision constituent un point important pour la représentation du caractère.

Nous devons signaler plusieurs productions de VbxÏ moderne qui pèchent contre ce principe.

Dans le Cid de Corneille, la collision de l'amour et de rhonneur forme un nœud brillant. De ces deux passimis, sépîurées et mises en présence, doivent sortir des conflits nombreux ; mais si elles sont placées dans un seul et même individu simplement pour produire un Goinbat intérieur, cela peut fournir matière, il est vrai, à une séduisante rhétorique et à des monologues pleins d'effet. Néanmoins ce désaccord dans l'âme d'un même personnage qui se trouve successivement jeté de l'abstraction de l'honneur dans celle de l'amour, et qui passe alternativement de l'un à l'autre de ces deux sentiments, est contraire en soi à la décision et à l'unité du caractère (1).

Il est un défaut plus incompatible encore avec l'énergie et la résolution du caractère. C'est lorsqu'un personnage principal, dont l'âme est travaillée intérieurement par une passion puissante, se Imsse déterminer

(i) Nous croyons Texemple mal choisi, mais le principe reste vrai. — C. B.

par une figure d*un rang subalterne, et peut renvoyer ainsi à un autre la faute qui lui est propjre. C'est ainsi, par exemple, que la Phèdre de Racine se laisse persuader par OEnone (1). Un véritable caractère agit parlui^ même, et ne pernjet pas à autrui de regarder ainsi au fond de sa conscience , encore moins de prendre une résolution à sa place. En outre, s'il a réellement agi par lui-même, il doit aussi prendre sur lui la responsabilité de ses actes et la garder.

Un autre manque de consistance dans le caractère se fait remarquer principalement dans les nouvelles productions, qui ont signalé le règne trop long du sentimentalisme en Allemagne.

L'exemple le plus célèbre qui se présente ici naturellement, est Werther. Werther, est une âme profondément malade, sans force pour s'élever au-dessus de la violence de son amour. Ce qui le rend intéressant, c'est la beauté des sentiments qu'il exprime avec tant de passion, c'est la sympathie par laquelle cet esprit, à la fois cultivé et faible, s'unit avec la nature. Ce genre de mollesse prit plus tard d'autres formes à mesure que cette concentration de l'individu en lui-même, dans laquelle il se laisse absorber tout entier, fit tous les jours plus de progrès. On peut placer ici, par exemple, la beauté empreinte d'une félicité divine que représente JacoH dans son Woldemar. Ce roman nous montre Fàme arrivée à ce degré d'élévation et de sainteté oii

{\) Même remarque que pour l'exemple précédent. — C. B.

elle craint de se souiller par le contact da monde léel, et cache son impuissance à supporter les trairaux et les devoirs de la vie sous les dehors d'une supériorité qui les lui fait rejeter loin d'elle, comme quelque chose d'indigne et de vulgaire. Mais ce détachement des choses terrestres ne prouve qu'un défaut de courage.

La faiblesse et le vide d*un caractère sans étofle et sans consistance se trahit encore d'une autre manière, lorsque, par une sorte d'hypostasCy les sentiments qu'inspire à l'individu cette croyance en sa propre sainteté, qui l'élève au-dessus de tous les êtres, vient à se réaliser dans une imagination malade sous la forme de puissances surnaturelles, ayant une existence propre et indépradante. Ici vient se placer tout ce qui appartient à la mar gie et au magnétisme, les démons, les spectres, les apparitions et le somnambulisme. Les puissances occultes doivent être bannies du domaine de l'art; car en lui il n'y a rien d'obscur, tout est clair et transparent. Dans tous ces phénomènes extraordinaires, il n'est question que de la maladie de l'esprit ; la poésie se perd dans le nébuleux, se joue dans le vague et le vide. Le caractère véritablement idéal n'a rien de surnaturel et de visionnaire. 11 renferme en lui-même les véritables intérêts de la nature humaine , où il puise sa force et sa ooastance, et qui est la véritable source de se^ sentiments et de ses émotions.

On cite les tragédies de Shakspeare ; mais Shakspeare au contraire se distingue par la force de décision et l'énergie dewlonté qu'il donna à ses personnages, même

DES GARAGTiBBS. 399

lorsque leur grandeur n'est qu'apparente et qu'ils poursuivent un but mauvais. Handety il est vrai, est indécis, mais ce n'est pas sur ce qu'il doit faire, c'est sur les moyens qi^'il doit employer. Cependant on se représente encore maintenant les personnages de Shakspeare comme des êtres adonnés aux visions de fantômes et de spectres, et l'on s'imagine que la nullité ou la faiblesse d'un esprit chancelant, qui ne sait maîtriser ses pensées, doit être en soi quelque chose de bien intéressant. Mais on oublie que Tidéal, c'est l'idée éternelle réalisée. Or, l'homme ne peut la réaliser que comme personne libre, c'est-à-dire en déployant toute l'énergie et la constance du caractère.

400 fragmbuto sur la poésie dramatique.

Do VliéAIre coosliléré comme Instllatloii morale (par •cioi.i.BB) (1).

Ud goût irrésistible et universel pour le nouveau et le merveilleux, et l'attrait d'une situation passionnée ont donné naissance au théâtre. Épuisé par les travaux de l'esprit, fatigué par les occupations monotones et souvent accablantes de la vie, et rassasié des plaisirs des sens, l'homme devait sentir dans son intérieur un vide contraire à son instinct d'activité. Aussi incapable de demeurer plus longtemps à l'état purement animal, que de continuer les travaux plus subtils de l'esprit, notre nature aspirait à un état moyen, qui réunit les deux extrêmes contraires, qui convertit la tension en harmonie, et qui facilitât la transition réciproque d'une situation à l'autre. Or, tous ces avantages se trouvent en général dans la disposition esthétique ou dans le sentiment du beau.

Mais, comme le premier soin d'un sage législateur doit être de choisir entre deux effets celui qui a le plus d'é-

(1) Nous croyoos faire plaisir au lecteur en ajoutant à ces extraits de Hegel, un morceau de SckiUer sur Tinfluence morale du théâtre. Cet éloquent plaidoyer, en faveur de Tart dramatique, peut être considéré comme la réponse à la lettre de Rousseau sur les Spectacles. Nous nous servons de la traduction de M. Wege avec qaelques corrections. — C. B.

tendue, il ne se contentera pas de désarmer les penchants de sa nation, mais il cherchera encore à s'en emparer pour atteindre un but plus élevé, et les convertir en autant de sources de bonheur. C'est ainsi qu'il choisira le théâtre qui ouvre une sphère infinie à l'esprit avide d'activité^ qui alimente toutes les forces de l'âme sans eu fatiguer aucune, et qui joint le plus noble des divertissements à la culture de l'esprit et du cœur.

Celui qui, le premier, a fait la remarque que la religion est la plus forte colonne d'un gouvernement, que, sans elle, les lois elles-mêmes perdaient leur force, a, peut-être sans y penser, plaidé la cause du théâtre ; car celte insuffisance et cette nature précaire et vacillante des lois civiles qui rendent la religion nécessaire à l'Ëtat, sont précisément aussi ce qui détermine l'influence morale du théâtre. Les lois, a-t-îl voulu dire, ne roulent que sur des devoirs négatifs; la religion étend ses prétentions sur les actions positives. Les lois ne font qu'empêcher des actions qui rompraient les liens de la société; la religion en commandé qui les raffermissent. Les lois régnent sur les actes manifestes de la volonté, les faits seuls leur sont soumis ; la religion porte sa juridiction jusque dans les replis les plus secrets du cœur, et descend à la source même de la pensée. Quel renfort pottr la religion et la loi si toutes les deux elles se coalisaient avec le théâtre, où il y a vision directe, présence vivante, où le crime et la vertu, le bonheur et le malheur, la folie et la sagesse passent devant nos yeux sous une forme vraie et intelligible. Ici la Providence résout

402 FRAGBIENTS SUR LA POésiE DRAMATIQUE.

les énigmes et déroule le plan du destin ; dans les tourments des passions, le cœur avoue ses mouvements les plus secrets; tous les masques tombent^ tout fard disparaît. Ici la Vérité tient ses assises, inflexible comme Rhadamante.

La juridiction du théâtre commence aux confins du domaine des lois civiles. Lorsque la justice est éblouie par For du corrupteur, ou lorsqu'elle est à la solde des passions ; lorsque Taudace des grands se rit de son impuissance, ou lorsque la crainte retient le bras des magistrats, le théâtre s'empare du, glaive et (le la balance, et traîne les vices devant son tribunal redoutable. Tout le domaine de l'imagination et de l'histoire, le passé et le présent sont à sa disposition. La voix toute -puissante de la poésie évoque les audacieux criminels depuis longtemps ensevelis dans la poussière des tombeaux, et leur fait recommencer une vie coupable, effroyable instruction pour la postérité. Ceux qui furent le fléau de leur siècle passent devant nos yeux, impuissants comme l'ombre, et nous maudissons leur mémoire avec terreur et volupté. Quand la morale n'est plus enseignée, quand la religion ne trouve plus de croyance, quand*: nulle loi n'existe plus, Médée épouvapte. encore nos yeux, lorsqqe d'un pas chancelant elle descend les marches du palais où elle a égorgé ses enfants.

Des frissons salutaires glaceront le cœur de l'homme, et chacun bénira en secret la pureté de sa conscience, quand il verra lady Macbeth^ la terrible somnambule, laver ses mains, et appeler â elle tous les parfums de l'A-

rabie pour dissiper l'affreuse odeur de meurtre qui la poursuit. Comme une représentation visible produit un effet pluS puissant que la lettre écrite et le froid récit, de même l'effet de la scène est plus profond et plus durable que celui de la morale et des lois.

Dans les cas que je viens de citer; le théâtre ne fait que seconder la justice sociale, mais un champ plus vaste lui est ouvert. C'est lui qui punit mille vices que la justice sociale n'atteint pas; é'est lui qui récommande mille vertus dont la loi ne parle point. Ici il est l'allié de la sagesse et de la religion . C'est à cette source pure qu'il puise ses doctrines ; c^est là qu'il prend ses modèles, tout en revêtant le sévère devoir d'une belle et gracieuse enveloppe. Quelles nobles sensations, quelles louables résolutions, quelles passions généreuses ne fait-il pas naître dans notre âme î Quels exemples divins ne prèsente-t-il pas à l'émulation? Quand le bon Auguste, grand comme ses dieux, tend la main au perfide Cinna, qui attend son arrêt dé mort ; quand il lui dit : soybris'amis, Cinna! quel spectateur, en ce moment, ne tendrait volontiers la main à son plus cruel ennemi, pour ressembler au' magnanime Romain? — Quand Franz deSickitigén (1), qui est parti pour châtier un despote él combattre pouV des droits étrangers, tourne tout-à-cbîip ses regards en arrière et voit monter la fumée du* château dans lequel ^a famille reste exposée et sansd^énse; quand néanmoins il continue son chemin, parce^qii'il est'Iié pat*' sa {promesse , — combien alors

(1) Personnage d'une tragédie de Gœthe.

l'homme me parait grand, et combien me parait petit et méprisable cet invincible destin tant redouté! Si le miroir de la scène nous présente la vertu dans toute son amabilité, il nous montre aussi le vice dans toute sa laideur. Quand, au milieu de la nuit et des orages, l'infortuné roi Lear, tombé en enfance, frappe en vain à la porte de ses filles, arrache ses cheveux blancs et les jette aux vents, racontant aux éléments soulevés la conduite dénaturée de sa Régane ; quand enfin il exhale sa violente douleur en ces paroles : moi, qui vous donnai tout!... Oh! qu'alors l'ingratitude nous parait hideuse ; avec quelle solennité ne promettons-nous pas d'aimer et de vénérer les auteurs de nos jours !

Mais la juridiction du théâtre s'étend encore plus loin, elle s'occupe de notre perfectionnement, là encore où la religion et les lois croient au-dessous de leur dignité de se mêler des sensations humaines. Les folies troublent bien autant la société que les vices et les crimes. Une expérience aussi vieille que le monde nous apprend que, dans le tissu des choses humaines, les poids les plus pesants sont souvent suspendus aux fils les plus minces, et que, si nous remontons à la source des actions, nous, avons à sourire dix fois pour une que nous aurons à nous effrayer. Chaque jour ajouté à mon âge diminue ma liste des scélérats et augmente celle des sots et des fous. Si toutes les fautes de Tun des deux sexes découlent d'une même source, si tous les épouvantables vices qui l'ont corrompue ne sont que des formes variées, des degrés plus saillants d'une faiblesse qui finit par nous faire

rire et se faire aimer, pourquoi la nature n'aurait-elle pas suivi les mêmes voies dans l'autre sexe?

Le seul secret pour garantir l'homme du pervertissemenl est de défendre son cœur contre la faiblesse.

En cela le théâtre lui est d'un grand secours. C'est lui qui présente le miroir à la classe nombreuse des fous et jette un ridicule salutaire sur les mille formes de leur folie. Les effets que nous lui avons vu produire par l'émotion et la terreur, il les obtient ici, peut-être avec plus de promptitude et plus infailliblement, par la plaisanterie et la satire. Si nous voulions juger la tragédie et la comédie d'après la somme des effets produits, peutêtre l'expérience accorderait - elle la préférence à la dernière. La dérision et le mépris blessent bien plus cruellement l'orgueil des hommes que l'exécration ne tourmente leur conscience. La poltronerîe nous fait éviter l'aspect du terrible, mais elle nous livre aux traits de la satire. Les lois et la conscience nous mettent souvent à l'abri des crimes et des vices ; mais pour nous mettre à l'abri de la dérision, il faut un tact plus délicat et tout à fait particulier, qui ne s'exerce nulle part mieux qu'au théâtre. Nous pouvons encore autoriser un ami à attaquer nos mœurs et notre cœur, quand nous avons de la peine à lui pardonner un seul sarcasme. Nos méfaits souffrent un surveillant, même un juge, tandis que nos sottises souffrent à peine un témoin. Le théâtre seul peut se moquer de nos faiblesses, parce qu'il ménage notre amour-propre et n'appelle pas par son nom le fou qu'il châtie. Nous ne rougissons pas en voyant se refléter

notre image dans son miroir, et nous lui rendons grâce de la douceur de ses corrections.

Le théâtre, plus qu'aucune autre institution publique, est une école de sagesse pratique, un guide à travers la vie sociale, une clé sûre pour les avenues les plus secrètes de Tâme.

Je conviens que l'égoïsme çt Tendurcissement de la conscience font souvent manquer les meilleurs effets de la scène, que mille vices osent encore affronter son miroir, que souvent les plus beaux sentiments retombent stériles du cœur glacé du spectateur. Je pense que THarpagon de Molière n'a pas converti un sepl usurier ; que le suicide de Beverley a détourné peu de ses confrères de l'abominable fureur du jeu ; que la déplorable histoire de Charles Moor n'a pas rendu les routes plus sûres. Mais si nous contestons ces grands effets à la scène, si nous sommes même assez injustes pour les nier tous, quelle immense influence ne lui reste-t-il pas encore ! Si la scène n'a détruit ni n'a diminué la somme des vices, du moins ne nous les a-t-elle pas fait connaître? Ne sommes-nous pas obligés de vivre avec ces .scélérats, avec ces fous, avec ces, sots? Il faut les éviter ou les affronter, il faut les déjouer ou devenir leur proie. Le théâtre nous ayant appris à les connaître et à nous mettre en gardç contre eux, ils ne peuvent plus nous surprendre ; car nou^ connaissons leurs trames. C'est lui . qui arracha le masque de l'hypocrisie et dévoila les prestiges dont l'astuce et l'intrigue nous entouraient. C'est lui qui tira la supercherie et la perfidie de leurs laby-

rinthes tortueux et fit voir au grand jour leurs faces hideuses. Peut-être que Sara mourante n'a jamais effrayé aucun libertin, que les tableaux de la séduction punie n'ont jamais affaibli lés feux impurs d'un suborneur ; peut-être même qu'une actrice intrigante cherche sérieusement à empêcher de semblables effets; mais qu'importe ! Il suffit que l'innocence confiante connaisse désormais les lacs dont le séducteur l'entoure ; il suffit que le théâtre lui ait appris à se méfier des serments et à fuir les adulations.

Le théâtre appelle notre attention non- seulement sur les hotnmes et sur leurs différents caractères, mais encore sur leurs destinéeSy et il nous apprend le grand art de nous y soumettre. Dans le drame de notre vie, le hasard et la volonté jouent un rôle également important. Nous dirigeons la dernière, mais il faut nous soumettre en aveugle au premier, heureux si un destin inévitable nous trouve au moins armés de quelque énergie, si notre courage et notre expérience se sont déjà exercés en pareilles circonstances, si notre cœur est déjà affernli contre le coup qui va le frapper! Le théâtre nous présente une scène variée des souffrances hiimaihes. Il nous enveloppe artificiellement dans des malheurs étrangers, et nous dédommage d'une peine momentanée par des larmes délicieuses, par un accroissement de courage et d'expérience. A l'aide du poète dramatique, nous syîvous Ariane délaissée dans l'île qui retentit de ses plaintes, nous descendons dans la tour d'Ugolin, nous montons sur Teffroyable échafaud et nous assistons à

Fheure solennelle de la mort. Là nous entendons la nature surprise affirmer hautement ce que notre âme éprouvait dans de vagues pressentiments. Sous les voûtes du Tower, la faveur de sa reine abandonne le favori abusé. Au moment où les terreurs de la mort s'approchent du parricide, François Moor voit s'écrouler l'échafaudage de ses perfides sopbismes. L'éternité renvoie un mort pour dévoiler un secret qu'aucune âme vivante ne pouvait connaître, et le scélérat se voit expulsé du dernier refuge sur lequel il fondait sa sécurité ; car les tombeaux mêmes témoignent contre lui.

Le théâtre nous rend plus justes envers les malheureux et nous apprend à les juger avec plus d'indulgence ; car ce n'est qu'après avoir mesuré toute la profondeur de leurs maux que nous avons le droit de prononcer. Nul crime n'est sans doute plus avilissant que le vol ; mais lorsque nous nous perdons au milieu des circonstances pressantes qui portaient Edward Ruhrberg à cet acte criminel, pouvons-nous les condamner sans verser une larme de compassion? Le suicide est universellement réprouvé comme un forfait téméraire ; mais lorsque, effrayée des menaces d'un père en courroux, poussée par l'amour et la sombre idée du cloître, Marianne (1) vide la coupe fatale, qui osera condamner cette victime d'un préjugé détestable? L'humanité et la tolérance commencent à devenir l'esprit dominant de notre siècle. Leurs rayons ont pénétré jusque dans les

(i) HéroïDe de la tragédie de Schiller : Intrigue et Amour.

tribunaux, et, ce qui plus est, jusque dans les cœurs de nos princes. Quelle part n'a pas eue le théâtre dans cette œuvre divine! N'est-ce pas lui qui fait connaître l'homme à l'homme, et qui découvre les mouvements secrets qui lui donnent l'impulsion?

Une classe remarquable d'hommes, plus qu'aucune autre, doit être reconnaisante envers le théâtre. Là seulement, les grands de ce monde entendent ce qu'ils n'entendaient que rarement ou jamais : la vérité. Là seulement ils voient ce que leurs yeux ne voyaient pas, l'homme.

Telle est la grandeur et la variété du mérite d un bon théâtre pour la culture morale de l'homme. Il n'est pas moins précieux pour le développement total de son intelligence, et c'est précisément dans cette sphère supérieure que le penseur profond et l'ardent patriote savent en tirer le plus grand avantage.

Parcourant d'un coup d'œil la race humaine, comparant ensemble les nations et les siècles, ils remarquent que la grande masse du peuple traîne servilement la chaîne des préjugés et des opinions qui s'opposent éternellement à son bonheur, que les rayons purs de la vérité n'éclairent que quelques têtes isolées, qui, peutêtre, ont acheté ce petit avantage au prix d'une vie entière. Or, quel est le moyen dont un sage législateur doit se servir pour faire participer la nation à la lumière céleste ?

Le théâtre est le canal par lequel la lumière de la sa-

gesse découle de la partie pensante de la société, pour se répandre dans toutes les autres classes; c'est par là que leur viennent des idées plus justes, des principes et des sentiments plus épurés, qui dissipent successivement les brouillards de la barbarie et de la sombfe superstition, et chassent les ténèbres devant Téclàt triomphant delà vérité. Parmi tant de nobles fruits d'un bon théâtre, je n'en veux citer que deux. Depuis peu de temps, la tolérance religieuse n'est-elle pas devenue presque universelle ? Avant que Nathan le Juif et Saladin le Sarrasin nous confondissent, en proclamant cette doctrine divine que la résignation en Dieu ne dépend en rien de nos opinions sur Dieu ; avant que Joseph II combattît rhydre affreuse de la haine pieuse, le théâtre avait déjà ^mé les germes de l'humanité et de là tolérance; les tableaux effrayants de la fureur des prêtres payens nous avaient appris à détester le fanatisme. C'est après s'être reconnu dans ce terrible miroir que le christianisme se lava de ses souillures. Le théâtre pourrait combattre avec autant de succès les erreurs de l'êducaliôn ; mais nous n'avons point encore de pièce qui sé%oît chargée de celte tâche. Rien n'a plus d'influence sur le bonheur de la société que l'éducation de la jeunesse, et cependant rien n'est plus livré au hasard et abandonné à l'erreur et à la frivolité. Le théâtre seul pourrait nous arracher à notre insouciance, en nous mettant sous les yeux les victimes d'une éducation négligée. Ici nos pères pourraient apprendre à abandonner des maximes routinières, nos mères, à nous aimer plus raisonnablement.

DU THÉÂTRE GOMMS INSTITUTION MORAU. 411

Souvent de fausses idées égarent le G,œur du meilleur précepteur, plus dangereuses encore si;elles ont lepresr tige de laméthode, si ellesentrentdans les établissements d'instruction publique pour perdre systématiquement la tendre jeunesse.

D'habiles administrateurs pourraient encore^ par le moyen du théâtre, rectifier l'opinion de la nation sur le gouvernement et sur son chef.Lepouvoir législatif parlerait ici aux citoyens par des symboles auxiliaires, se défendrait de leurs plaintes avant, qu'elles fussent portées, et préviendrait leur défiance sans qu'il y parût^ L'industrie et l'esprit d'invention mèoie s'animeraient devant la scène, si les poètes croyaient qu'il vaut la peine d'être patriotes, et si les gouvernements daignaient les écouter.

Je ne passerai pas sous silence la grande influence qu'un bon. théâtre exercerait sur Y esprit national. J'ap^ pelle esprit national l'analogie et l'accord des opiniops et des goûts d'une nation, à Tégard d'objets dont une autre nation a :Uine opinion ejt un sentiment différents. Lç théâtre. peut, seul augmenter et fortifier cet accord, parce qu'il parcourt tout le domaine des connaissances humaines, épuise toutes les situations de la vie, et porte son flamboBu jusque dans les replis les plus secrets du cœur, parce qu'il embrasse toutes les classes de la société, et qu'il prend la route la plus frayée pour arriver à l'intelligence et au cœur. Si toutes nos pièces avaient un seul but principal ; si nos poètes voulaient s'entendre

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et se coaliser pour l'atteindre; si un choix scrupuleux précédait leurs travaux ; s'ils ne vouaient leurs talents qu'à des objets nationaux ; — en un mot, si nous avions un théâtre national^ nous ne tarderions pas à devenir une nation. Qu'est-ce qui donnait une si grande force de cohésion à la Grèce ? Qu'est-ce qui attirait si puissamment le peuple au théâtre? rien autre chose que le sujet patriotique de leurs pièces, l'esprit grec, l'intérêt souverain de la patrie et de l'humanité qu'elles respiraient.

Tout ce qu'on a voulu prouver jusqu'ici en faveur du théâtre, relativement à son influence salutaire sur les mœurs et la propagation des lumières, a été sujet à controverse; tandis que ses ennemis mêmes se réunissent pour le déclarer la meilleure des inventions du luxe et lui accorder la préférence sur tous les amusements de la société. Dans cette sphère, à la vérité peu apparente, le théâtre est encore d'une utilité plus grande qu'on ne le croirait.

La nature humaine ne résiste pas au fardeau continuel des occupations sérieuses, et l'attrait des plaisirs sensuels disparait aussitôt qu'ils sont satisfaits. Rassasié de jouissances physiques, fatigué de longs efforts, aiguillonné par son étemel instinct d'activité, Thomme éprouve le besoin de plaisirs plus exquis et il se jette dans un tourbillon de dissipations désordonnées qui accélèrent sa ruine et troublent la société. Des plaisirs bachiques, des jeux ruineux^ mille frénésies qu'enfante l'oisiveté, sont

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inéiritables, si le législateur ne sait pas diriger cette ten^ dance du peuple. L'homme public court risque d'expier par Tabominable spleen son dévouement au bien général ; l'homme de lettres s'expose à devenir un pé- . dant ennuyeux et le peuple est en danger d^ tomber dans l'état de la brute. Le théâtre est l'institution qui écarte tous ces dangers; il joint le plaisir à l'instruction, le repos aux efforts, l'amusement à la culture de l'esprit ; il ne tend point une force de l'âme au préjudice de l'autre et n'accorde point le plaisir au détriment de l'ensemble. Lorsque les chagrins rongent notre cœur et qu'une humeur sombre empoisonne notre solitude ; lorsque le monde et les affaires nous répugnent ; lorsque mille fardeaux nous accablent et menacent de paralyser l'activité de notre âme, la toile ^e lève et les rêves d'un monde fictif nous font oublier le monde réel. Nous nous sentons rendus à nous-mêmes, nos sensations se raniment, des passions salutaires nous agitent et don-, nent un nouvel essor à la circulation du sang engourdie. Le malheureux, en versant des larmes sur des peines étrangères, oublie les siennes propres; l'homme heureux revient de son ivresse et la sécurité conçoit des craintes. Le sybarite sentimental retrempe son âme, le farouche barbare commence à sentir pour la première fois. — Et enfin, quel triomphe pour toi, ô nature tant de fois . foulée aux pieds et tant de fois relevée! Quel triomphe de voir des hommes de toutes les classes, de tous les pays, dégagés de la chaîne des convenances et de la mode, enlevés à l'oppression du destin, et devenus

frères par la toute-puissance de la synfpathie, se fondre de nouveau en une seule famille, s'oublier eux-mêmes et le monde entier et se rapprocher de leur origine céleste ! Chaque spectateur partagée le ravissement de tous, et reflété par mille regards, ce ravissement revient avec plus de force et d'éclat dans son cœur, qui n'est alors rempU que d'un seul sentiment, celui d'être homme.

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