‹ La poétiqueChapitre 8 sur 69 · SON RAPPORT AVBG LB PUBLIC · texte numérisé non relu

SON RAPPORT AVBG LB PUBLIC

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Quoique les avantages ou les défauts de la dictiou et de la mesure du vers aient aussi de Viinportance dans la poésie épique et lyrique, il faut, cependant, leur attribuer une influence plus décisive dans les œuvres de l'art; dramatique, par cette raison qu'il s^agit ici de sentiments, de caractères et d'actions qui doivent apparaître devant nous dans leur réalité vivante. Une comédie de Caldéron, par exemple avec tout le jeu spirituel de sa diction figurée, tantôt pleine de goût et de finesse, tantôt ampoulée, et avec la succession de ses mètres lyriques, ne pourrait que difficilement es:citer chez nous un intérêt général , à cause de la singularité de l'expression, par cela même que l'action se passe sous nos yeux, et que les personnages sont présents. Les autres côtés de la forme dramatique ont également un rapport beaucoup plus direct avec le public auquel ils s'adressent. Nous jetterons ici un coup d'œil rapide sur ce rapport.

Les œuvres scientifiques et les poèmes lyriques ou épiques ont, en quelque sorte, un public spécial ; ou bien c'est un public indiffèrent et pour ainsi dire accidentel, à qui de pareils écrits ou poésies tombent dans . n. 3

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les mains. Celui à qui un livre ne plaît pas peut le mettre de côté, comme pour les tableaux et les statues ceux à qui ils ne disent rien passent outre. De même, un auteur peut toujours- répondre que son œuvre n*a pas été écrite pour tel ou tel. Il en est tout autrement des productions dramatiques. Ici, en effet, un public détenrmioé, pour lequel ondoit composer, est là présent, etileipoëte dépend de lui. Car celui-ci a le droit de blâmer comme d'approuver, puisqu'une œuvre a été apportée|devant lui ou devant cette assemblée ici présente. Cette œuvre doit être goûtée dans ce lieu et dans ce temps, exciter un vif intérêt.

' Or, un tel public, rassemblé au hasard, comme collection fortuite d'individus ayant la prétention de juger une pièce de théâtre, est fort mêlé. Les spectateurs diffèrent par la culture intellectuelle, les intérêts, les habitudes, le goût, les prédilections. De sorte qu'il n'est pas rare que, pour plaire parfaitement, un certain talent dans le mal et une certaine absence de pudeur, sous le rapport des pures exigences de l'art véritable, puissent être nécessaires.

11 reste bien au poëte dramatique cette ressource de mépriser le public, mais, alors, il n'en a pas moins manqué précisément son but.

Chez nous Allemands, en particulier, il est devenu de mode , depuis l'époque de Tieck^ de se consoler ainsi vis-à-vis du public. L'auteur allemand veut s'exprimer selon sa propre individualité. Il s'inquiète peu d'être agréable à l'auditeur ou au spectateur. Chacun,

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«lOMifeÉaire, dan» œH aiiibtkr-{>tdpf e ^t^iltitt{tfe; "doit %Toir ({iidique chose que n'aient pas les autres;, afin de se montrer original. Ainsi par exemple, TieèkielMM. de SchlegeU qui, avec leur' système A^Vitomedaivs^ Fatt^ tie pouvaient pas exerber une grande* influedte âtirrâme et l'esprit de leur nation et' de leut^ siècle, se sont dé* chatnés» principalement contre Schiller, et lui ont su Hituvais gré de ce qu'il avait' trouvé; pournbus, le vrai ton^ et de ce qu'il était devenu^ au plus haut degré, '^o* pqlaire.

^^ Nôè voisins les Français font tout le contraire. Ils écrivent pour l'effet présent, et ont constamment devant les yeux le public, qui, à son tour peut être jf^oUr l'auteur:un critique dur et impitoyable, parce qu'en Finance s'est maintenu un goût qui a ses règles fixes ; tandis que, che^ nous^, domine une anarchie complète. Chacun, selon sa manière de voir arbitraire, son' Sentiment ou son caprice individuel, juge, approuve ou eondamne comme il lui platt.

Comme il est dans la nature même de l'œuvre dria-^ matique de posséder en elle-même la vitalité qui Lui procure delà part du public un accueil bitt[i veillant, le poëte dramatique doit, avant tout, se soumettre aux exigences qui, indépendamment des autres conditions, et conformément aux règles de l'art, peuvent' assurer ce succès nécessaire. Je me bornerai, sous ce rapport, à appeler l'attention sur les points les plus généraux.

l^D'àbord, les fins quepoui*suivent les personnages.

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dans raction dramatique, doivent avoir pour base un intérêt général de la nature humaine ou, au moins, une passion qui, chez le peuple f pour lequel travaille le poète, soit puissante et sérieuse.

Mais ici, ce qui est général au point de vue de Thumanité et ce qui est spécial à telle nation peuvent être très-éloignés Fun de l'autre. Des œuvres qui, chez un peuple, occupent le sommet de l'art et du développement dramatique, peuvent, par conséquent, rester entièrement incapables d'être goûtées en un autre temps et par une autre nation. Ainsi, la poésie lyrique indienne renferme beaucoup de choses qui, encore aujourd'hui, nous paraissent éminemment gracieuses, d'une délicatesse et d'une douceur charmantes, sans que nous sentions là une différence choquante. La collision, au contraire, sur- laquelle roule l'action dans le drame de Sakauntala, savoir la malédiction pleine de colère du Brahmane contre la jeune fille, parce qu'il lui a semblé qu'elle cessait de lui témoigner sa vénération, ne peut que nous paraître absurde. Aussi, malgré les beautés de ce poème, plein d'un charme merveilleux, nous ne pouvons éprouver aucun intérêt pour ce qui fait le centre essentiel de Faction. Il en est de même de la manière dont les Espagnols traitent souvent le motif de Yhonnetir personnel. Ils déploient une rigueur subtile et une logique raffinée, dont la cruauté blesse profondément notre imagination et notre sensibUité. Je me souviens d'un essai qui fut fait pour mettre sur la scène chez nous une pièce inconnue de Caldéron : la

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