ACTE DEUXIÈME
tion n'eût été mal accueillie, que la réception ne fût froide! Le voilà rassuré maintenant, j'espère 1
Ouelle fatigue aussi pour lui!.. Il se donne trop de mal; il se tue !.. Ah ! s'il m'avait écoutée!..
Elle s'asseoit.
LUCIE, levant les bras au ciel.
Si papa t'avait écoutée, ce que nous aurions moisi depuis six ans dans ton cher Montfresnois !.. Mais (Allant à elle.) on y retournera, attends un peu! (Elle
embrasse sa mère, puis se relève vivement.) Bon ! encore
mon corsage qui craque ! Un aurait bien pu m'en commander un neuf pour la circonstance !
MADAME PERRAUD
Ma chère enfant, quand tu seras mariée tu achèteras des toilettes neuves et tu t'habilleras comme tu l'entendras... Il n'est pas convenable qu'une jeune
fille ait trente-six toilettes. (Lucie va vers la croisée en
haussant i«s épaules.) Celle-ci est du reste encore toute fraîche. Si tu avais...
l'huissier.
Messieurs les maires de l'arrondissement de Gtay!
MADAME PERRAUD, impatientée.
J'espère que ceux-là sont les derniers! (a Lucie.) Y a-t-il encore beaucoup de monde sur la place?
LUCIE, sans se retourner.
Non!... des badauds et des délégations ouvrières auxquelles on interdit l'entrée.
MADAME PERRAUD
Tu verras ce que je te dis, nous en aurons jusqu'au dîner, si ce n'est plus!
VOIX D'ADRIEN, fendant la foule.
Pardon, messieurs, milles excuses!... Service particulier de M. le Préfet. (Il entre par la porte de droite qu'il referme vivement.) Ouf! sauvé !
MADAME .PERRAUD
Voilà toujours Adrien.
Elle va vers lui.
L'HUISSIER, à la cantonade.
Messieurs les Instituteurs des arrondissements de Ghâtillon et de Gray.
ADRIEN, se tourne vers la porte.
Messieurs les Instituteurs, je regrette infiniment; mais j'en ai plein le dos.
LUCIE, vivement.
Comment! tu abandonnes papa au milieu de la réception?
ADRIEN, jouant l'homme défaillant, se laisse tomber dans un fauteuil.
Non, vraiment, c'est au-dessus de mes forces, je n'en puis plus... Entendre ces gens plus obséquieux les uns que les autres répéter les mêmes sottes congratulations; voir mon pauvre père écouter toutes ces flagorneries avec le même sourire, mélanger -du miel à tout ce sucre et remercier de félicitations sur la sincérité -desquelles il ne se fait pas la moindre illusion... Ah ! non, j'en ai assez...
LUCIE, d'un air pincé.
Il est évident que ses nouveaux administrés ne peuvent pas être satisfaits, île voir papa, que tout le monde sait être un administrateur hors ligne, prendre la direction de leur département. Tout le monde joue la comédie, tout le inonde ment, je connais les