‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 29 sur 104 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Allons, mesdames, prenez vos places; attention, la représentation va commencer.

MADAME PERRAUD, avec résignation.

Allons, asseyons-nous! (A Lucie qui va s'asseoir en

face de sa mère.) non, près de moi, ma fille!

ADRIEN, les regarde.

Prenez une pose abandonnée... levez la tète! Comme cela!... Souriez... très bien!

MADAME PERRAUD, vivement.

François est-il allé prévenir le maître d'hôtel?

ADRIEN

Chère mère, le maître d'hôtel de la préfecture est blasé sur le cérémonial de ces petites fêtes; il en est à son trente-septième préfet! (on entend des pas.) Attention! Le sourire et ne bougeons plus! (un garçon

entre, allume les appliques et le lustre. Jouant l'ètonnemont.)

Fausse alerte!

LUCIE

De plus en plus spirituel !

Tu ne seras donc jamais sérieux!

ADRIEN

Oh! pour un moment que nous sommes entre nous et que l'on peut rire, laisse-moi donc m'amuser:

MADAME PERRAUD

Amuse-toi tant que tu voudras, mon grand fils, mais ne sois plus aussi amer, je t'en supplie.

ADRIEN

Si tout ce que je vois n'était que grotesque je pourrais me borner à en rire, mais il me semble que ce sont toutes les chinoiseries administratives et leur

bel arsenal de formalités qui entretiennent la discorde et la haine en notre pauvre monde. Avonsnous besoin d'arrêtés préfectoraux pour nous aimer ?

LUCIE, riant.

Monsieur est aussi philosophe !

ADRIEN

Je constate ce que je vois. Depuis six ans, bientôt sept qu'il est dans l'administration, mon père, le meilleur des hommes, a changé du tout au tout. On dirait qu'il s'est dédoublé, qu'il y a en lui deux êtres : le fonctionnaire empiète de plus en plus sur l'autre, alors qu'on ne doit, il me semble, n'avoir qu'une seule vie dont tous les actes et toutes les pensées concordent.

MADAME PERRAUD

Tais-toi, ton père 1

Les huissiers ouvrent les portes. Perraud entre en grand uniforme accompagné du président du Conseil général en tenue de soiiêe.

PERRAUD, continuant sa conversation.

Aucunement.... madame Perraud ne me pardonnerait pas de vous avoir laissé partir sans que vous lui ayez été présenté !

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