ACTE DEUXIEME
qu'il en soit, tu ne veux pas les inviter, je pense, sans prévenir papa?
ADRIEN
Je suis bien persuadé qu'il ne refusera pas!
Perraud entre par la gauche au fond.
LUCIE
Le voilà, demande-lui I
PERRAUD
Quoi donc? (Allant vers sa femme.) Veux-tu me faire le nœud de ma cravate?
ADRIEN
Tu ne devinerais jamais, père, quelle visite nous venons de recevoir?
PERRAUD
Une visite agréable?
ADRIEN
On ne peut plus agréable, aimable et jolie.
PERRAUD
Dis vite, alors.
LUCIE, haussant les épaules.
Il n'y a pas besoin de faire tant de mystère, il s'agit de mademoiselle Barrai 1
PERRAUD, fait un mouvement brusque et se dégage des mains de sa femme.
Mademoiselle Henriette Barrai?... Son père est donc ici?
MADAME
Tiens-toi !
ADRIEN, inclinant la tête.
Où, comme par le passé, il inculque les mathématiques spéciales aux adolescents de la localité.
PERRAUD, mécontent.
Je savais bien qu'il avait été déplacé, mais je ne m'attendais pas à le retrouver.
Il tend à nouveau le cou à sa femme.
Comme ils demeurent tout près de la préfecture, j'ai pensé que, puisque nous avions trois places de disponibles pour le dîner, on pourrait peut-être les inviter...
PERRAUD, vivement.
Inviter Barrai?
MADAME
Tiens-toi donc tranquille.
ADRIEN
Il ne te serait pas agréable au milieu de tous les masques inconnus que tu héberges, de voir trois bonnes figures amies?
PERRAUD, évasivement.
Nous ne pouvons pas comme cela, à brûle-pourpoint, à la dernière minute, après s'être perdus de vue depuis tant d'années...
ADRIEN
Ils sont bien ti'op nos amis pour se formaliser de cette invitation in-extrcmis!
PERRAUD
D'autres peuvent s'en formaliser I
ADRIEN, vif.
D'autres! un professeur de mathématiques vaut bien des -marchands de> bestiaux enrichis ou des industriels aussi bêtes que leurs marteaux-pilons.