‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 41 sur 104 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

MADAME

Voyons, Adrien.

PERRAUD, agacé.

Eh bien ! je ne veux pas et restons-en 1À. (a sa femme et à sa fiiie.) Voulez- vous aller voir comment la table est dressée. Si Santenay en a fini avec les cartes, envoyez-le moi. (Les rappelant.) Ah ! et puis, dites à François de venir me parler.

LUCIE

Oui, papa!

Elles sortent.

PERRAUD, se promenant de long en large.

Ah ! mon pauvre enfant, tu t'imagines dans la vie que l'on fait tout ce qu'on veut.

ADRIEN

Je vois bien que tu fais ce que d'autres veulent et que le pouvoir que tu crois avoir n'est qu'un leurre puisque tu ne peux même pas recevoir tes amis!

PERRAUD, souriant.

Est-ce curieux que tu ne puisses pas comprendre que, si je suis M. Penaud, je suis aussi le préfet.

ADRIEN

Je le comprends fort bien et je me dis que pour peu que ça continue, il n'y aura bientôt plus de M. Penaud mais seulement un préfet ; et voilà ce qui me peine.

PERRAUD

Console-toi ! Si je suis obligé de taire mes préférences, c'est surtout pour ne pas me laisser circonvenir par des influences, des affections ou des amitiés qui auraient trop d'empire sur moi. Je veux pouvoir faire imperturbablement mon devoir, (n va

sonner à la cheminée.) Les ministres changent, le devoir reste.

Depuis Tonnelle, — paix à sa mémoire, — les ministres ont changé un certain nombre de fois, diminuant de plus en plus le champ des libertés : crois-tu que ton devoir ne se soit pas modifié?

PERRAUD

Si je le croyais, j'aurais démissionné.

ADRIEN

Tu ne t'en es pas aperçu, mais peut-être si tu avais une conversation avec M. Barrai, si vous causiez ensemble de votre ancien programme, verrais-tu la distance parcourue. Barrai est un témoin gênant et... .

PERRAUD, sonne de nouveau et sévère.

En voilà assez sur ce sujet. Tu donnes à cette question insignifiante une importance qu'elle ne peut avoir et emploie pour défendre M. Barrai des arguments tout à fait déplacés.

ADRIEN

Cependant...

PERRAUD, très autoritaire.

Et puis, j'ai des choses plus sérieuses à faire maintenant que d'écouter les observations d'un morveux tel que toi ! Je te prie de te taire, tu m'entends !

ADRIEN, secouant la této.

Ne te fâche pas, voyons, tu me ferais croire que j'ai mis le doigt sur une plaie!

FRANÇOIS, entrant.

Monsieur le préfet m'a appelé?

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