ACTE DEUXIÈME
PERRAUD
Vous mettrez ie tout dans le carton des loisirs, nous lirons quand nous aurons le temps...
ADRIEN, à part.
Et dire que de pauvres diables s'esquintent le tempérament à faire des modèles d'écriture sur du papier ministre pour que...
Il hausse les épaules.
PERRAUD
Nous ferons les présentations à ces dames ici. Veillez à ce que les huissiers ne commettent pas de gaffes. J'ai cru tout à l'heure que nous allions avoir un conflit entre l'armée et la magistrature.
Soyez tranquille, je vais les styler !
II sort.
PERRAUD, à Adrien, après un silence, souriant.
Eh bien ! cette mauvaise humeur est passée ? •
ADRIEN
Moi, de mauvaise humeur, parce que tu sacrifies tes anciens amis à tes nouveaux administrés et que tu préfères un politicien à tout faire comme Rouveyre à l'honnête Barrai ? Non, ça te regarde.
PERRAUD
Ah ! aloi-s, ça continue.
ADRIEN
Je souhaite que tu conquières ainsi la sympathie des habitants de Saône-et-Marne, j'en doute ; la sympathie est une de ces choses que l'autorité malgré tout ne saurait imposer.
PERRAUD
Allons, je vois que tu n'as pas perdu ton temps à
l'école de droit, ainsi que je le craignais; tu es devenu un ergoteur de jolie force.
ADRIEN
Je n'ergote pas, je constate l'éternelle contradiction entre ce que nous devrions être et ce que nous sommes.
Voilà, mon ami, un sujet qui à coup sûr, peut être intéressant à développer dans une parlotte d'étudiants, mais que je t'engage à ne point traiter devant nos convives. Et je profite de ce moment où nous sommes seuls pour te prier de te modérer en présence de nos hôtes.
ADRIEN, avec gravité.
Bien, monsieur le préfet.
PERRAUD, lui touchant l'épaule.
Comprends donc, grand enfant, que puisque tu entres dans l'administration, il faut enfin être sérieux.
ADRIEN
Il n'est pas encore dit que j'y entre.
PERRAUD
Oui, oui, tu as comme tous les autres jeunes gens des idées d'indépendance et de gloire, tu rêves littérature, poésie, théâtre, peut-être même journalisme. Crois-moi, ils en rabattent bien vite et tu serais impardonnable de ne pas suivre la voie que je t'ai tracée.
ADRIEN, allant vers la croisée.
Je me ferai gendarme !
PERRAUD
Plaisante tant que tu voudras, mais réfléchis à ce que je viens de te dire.