ACTE DEUXIÈME
MADAME, entrant.
Mon ami, il y a déjà beaucoup de monde,, on pourrait faire entrer.
François a mes instructions... (A madame en particulier ) Ah ! le maire te parlera de la situation faite à l'industrie locale par les nouveaux tarifs. Tu lui donneras à entendre que je m'intéresse spécialement aux questions économiques, qu'il peut compter sur moi pour appuyer ses revendications et que, mon plus grand désir, est de marcher la main dans la main avec la municipalité. Il faut s'en faire un ami, il va être nommé sénateur.
MADAME
Bien.
PERRAUD
Je te présenterai aussi M. Rouveyre, une espèce de journaliste, président de la Fédération ouvrière : il tient tousdes ouvriers de la région, il a l'oreille des syndicats et organise les grèves. Son passé est un peu louche, mais son influence est considérable : homme à ménager. Mon prédécesseur se demandait tout le temps s'il devait le faire décorer ou arrêter, finalement Rouveyre l'a fait déplacer. Nous aurons aussi...
ADRIEN, à la croisée.
Venez voir la berline de l'émigré ! Non, la voiture du premier président...
PERRAUD, à madame, sans se déranger.
Encore un à. soigner; il a pour bête noire la laïcisation.
FRANÇOIS, entrant.
Je fais entrer, monsieur le Préfet ?
PERRAUD, regardant autour de lui.
Attendez... Lucie, où est-elle?
MADAME, à Adrien, en gagnant sa place.
Cours la chercher dans la salle.
Adrien sort.
PERRAUD, à François.
Prévenez le Secrétaire Général, M. Santenay et les chefs de service, MM. Valin, Meunier et Gaillardat.
(François s'éloigne. — A madame.) Pour le Trésorier,
l'Ingénieur en chef et les autres fonctionnaires, inutile de se gêner, ils m'ont fait une telle ovation que je suis sûr d'eux.
MADAME, avec tristesse, s asseyant dans un fauteuil.
Qu'il me tarde que toutes ces cérémonies officielles soient terminées ; j'aime si peu ces déménagements et ces réceptions.
PERRAUD, lui donnant un baiser au front, s asseoit près d elle et rapidement.
Ne te chagrine pas, ma bonne, Saône-et-Marne sera mon dernier poste, après j'aurai une trésorerie. En attendant, prenons notre mal en patience. Je ne fais pas non plus ce qui me plaît, moi, je sacrifie mes préférences à l'intérêt général, comme dans la question Barrai... Crois-tu que ça m'amuse, ces réceptions et ces discours, non, mais je me dis qu'il faut que le pouvoir ait du prestige et qu'il jette de la poudre aux yeux de ce grand enfant de peuple, qu'il est plus profitable souvent de lui cacher la vérité que de la faire connaître et qu'il obéit mieux quand il ne comprend pas.
MADAME, se prenant la te" te.
Je me perds dans tous ces micmacs, mais ils me font peur ! Que je regrette notre pauvre Montfresr.ois !