ACTE TROISIÈME
Même décor qu à 1 acte précédent, avec cette différence que le salon officiel est devenu le hall d'une maison bourgeoise où l'on se réunit après le repas.
A droite la grande porte ne s ouvre plus qu à un seul battant, contre le mur ; à droite, en avant, une table chargée de livres et de brochures, en arriére, un piano ouvert. A gauche, sur la cheminée, pendule, flambeaux et glace. En avant, à gauche, la porte ouverte du cabinet du Préfet; en arrière, porte des appartements. Au milieu, vaste table en oblique, couverte d'un tapis à ramages, chargée de journaux. Autour, des sièges variés et modernes. A l'extrémité la plus éloignée de la table est disposé un service à café de cinq tasses, des liqueurs, des boîtes de cigares et de cigarettes, allumettes et cendriers.
On est après déjeuner. — ■ Lucie verse le café dans les tasses. Santenay choisit un cigare. Adrien, en avant à droite, feuillette une revue. La porte de droite est ouverte.
SANTENAY, rejetant un cigare ouvre une autre boite.
Détestables! Exécrables!... Dire que depuis plus d'un un que nous y sommes, je n'ai pas pu trouver un cigare fumable dans ce maudit pays !
LUCIE, tout en versant le thé.
Expliquez-moi, monsieur Santenay, comment il se fait que vous ne cessiez d'accabler de vos invectives
ce malheureux pays, quand ses habitants ne tarissent pas d'éloges sur votre compte?
SANTENAY, beau parleur.
Je suis pour eux l'autorité en second un peu comme le contre-poids de l'autre. Je puis, sans que cela m'engage, écouter leurs doléances et leur donner raison, en déplorant avec eux les décisions et arrêtés qu'ils déplorent... J'en suis ému, et ils en sont touchés. Malheureusement, comme je le leur dis ; que voulez-vous que j'y fasse? Je ne suis pas le préfet! — Si j'étais le préfet, je les enverrais promener — mais, ils ne l'entendent pas ainsi, ils me serrent la main avec effusion et s'en vont en chantant mes louanges.
LUCIE
Hum ! Voilà de la haute diplomatie !
ADRIEN, à mi-voix.
Plutôt de la basse muflerie.
SAKTKNAY, qui répond à Lucie.
Non, c'est de l'administration !.. Pour vous donner une idée de l'intelligence des naturels, imaginez que je vois arriver l'autre jour dans mon cabinet deux rustres...
Perraud entre suivi de madame.
PERRAUD, assez rudement à madame.
Non, non et non! Je ne le tolérerai à aucun prix, aucun !
MADAME, suppliant.
Cependant, mon ami...
PERRAUD, même ton.
J'ai dit non ! (Asantenay.) Vous avez reçu la réponse du ministère de l'instruction publique?
Adrien se retourne.