ACTE TROISIÈME
LUCIE; à son père.
Tu connais cette histoire de fou que vient de me raconter M. Santenay?
PERRAUD
Il l'enjolive un peu pour t'amuser. Il est plus méticulêux'et plus perspicace qu'il ne le donne à entendre; c'est une tête organisée, un garçon remarquablement doué pour l'Administration, et je ne suis pas inquiet sur votre avenir à tous deux.
LUCIE
Il sera ministre?
PERRAUD, riant.
Pour ça, tu m'en demandes un peu trop. Il n'y aurait rien d'étonnant.
MADAME, à Lucie.
Ne te mets pas en retard, Lucie. N'oublie pas que tu as rendez-vous à deux heures chez la couturière pour essayer ta robe blanche et tes autres toilettes de noce.
LUCIE
Je vais me préparer.
Elle va pour sortir par la porte des appartements.
Les dames Barrai doivent venir cet après-midi.
MADAME, étonnée,
Ah!
LUCIE
Tant pis pour elles.
Elle sort.
ADRIEN, à sa mère.
Mère, il y a huit jours, je t'ai priée d'adresser une demande à mon père. Lui as-tu parlé ?
MADAME, à mi-voix.
Uni, mon enfant, j'ai fait ta commission.
ADRIEN
Et quelle a été sa réponse?
MADAME
Demande à ton père.
Adrien se tournant vers son père, mais avant qu il lui ait posé une question.
PERRATJD.
Ta mère m'a en effet parlé de certaine fantaisie qui t'avait traversé l'esprit. J'ai pensé que ça n'était pas sérieux et je n'y ai pas attaché d'importance.
ADRIEN
Pourquoi cela?
Parce que j'estime qu'à tous les points de vue, il est un peu prématuré pour toi de songer au mariage. Puisque j'ai dû renoncer à faire de toi mon chef de cabinet, j'attendrai que tu sois décidé à embrasser une carrière honorable, que tu aies une situation assise et une position assurée avant de t'autoriser à te marier à une fille sans dot. Du reste, si tu veux te donner la peine d'y réfléchir froidement cinq minutes, tu reconnaîtras comme moi ..
ADRIEN
Après y avoir réfléchi très froidement, après avoir pesé le pour et le contre, j'ai parlé de mademoiselle Barrai à ma mère et je l'ai chargée de te pressentir parce que ma résolution était formellement prise.
PERRAUD. ramassant ses dossiers.
Tu veux rire?