ACTE TROISIÈME
ADRIEN
Je ne ris pas et toutes les belles raisons que l'on pourra faire valoir ne prévaudront pas contre celle-ci : je l'aime!
PERRAUD, secouant la tète.
Non!
ADRIEN
Comment non ?
PERRAUD, empilant ses dossiers.
Tu passes, mon ami, par une crise de jeunesse. A ton âge, quand, on est désœuvré comme tu l'es, le moindre jupon vous met la tète en ébullition et l'on pense faire sa femme de la première jeune fille qu'on rencontre et qui vous sourit. Travaille, ça se passera. Se créer un foyer est une chose grave qui n'a qu'un rapport très lointain avec les amourettes. A d r t e n .
Mais je ne connais pas d'hier mademoiselle Barrai!
PERRAUD
Justement, on s'abuse toujours sur les amitiés d'enfance !
ADRIEN
Ma mère ou toi avez-vous quelque chose à lui reprocher?
PERRAUD
A vrai dire, je souhaiterais pour toi une femme de situation plus ballante, d'une éducation moins moderne, et vivantdans un milieu moins exalté ; mais, j'admets que mademoiselle Henriette soit parfaite, riche, accomplie sous tous les rapports et que vous vous aimiez, il n'en est pas moins vrai que l'épouser serait pour toi une folie, à laquelle je ne prêterai
jamais la main. Tu n'es pas assez sérieux: tiens-le toi pour dit, et veuille bien ne plus m'en parler.
II se dirige vers son cabinet-
MADAME
Ecoute ton père, Adrien, il a de l'expérience. — Rien ne presse. Attends deux ans., un an si tu veux; tu jugeras mieux.
ADRIEN, haussant les épaules.
Eh I Puis-je attendre! (a son père.) Père, un mot encore.
PERRAUD
Ni un, ni plusieurs. J'ai dit ce que j'avais à te dire. Les affaires du département me donnent en ce moment assez de tracas pour que tu ne viennes pas me rebattre les oreilles de tes fantaisies conjugales.
(François entre par la porte de droite.) Que VOulez-VOUS,
François?
FRANÇOIS
Monsieur le préfet peut-il recevoir M. Rouveyre?
PERRAUD
M. Rouveyre mais, tout de suite, (a Adrien.) Tu vois: Rouveyre, mon rapport, conseil de préfecture, séance de commissions, je ne sais plus où donner de la tête !
Il va pour sortir à droite.
ADRIEN
Alors, père, tu t'opposes à mon mariage ?
PERRAUD
Absolument !
Il sort.
ADRIEN, à sa mère.
Et toi, mère?