‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 52 sur 104 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MADAME

Henriette possède de grandes qualités, elle est charmante, et je comprends que tu en sois épris ; mais, mon enfant, l'amour ne suffit pas dans un ménage. Tu n'as pas une fortune qui te permette de vivre sans rien faire- et tu ne gagnes pas un sou: elle n'a pas de dot et tu ne-peux pas compter sur les leçons de piano qu'elle donne. Gomment ferez- vous pour vivre?

ADRIEN

N'aie pas peur, je travaillerai, j'ai des idées plein la tête ; et ce sera bien le diable, si avec l'activité que je compte déployer je n'arrive pas !

MADAME

J'ai confiance en ton courage et en ta volonté, seulement si tu préfères la vie de lutte à la vie toute faite que nous t'avions préparée, ne crains-tu pas que ta compagne, au lieu d'être une aide ne soit un empêchement? Combien d'hommes de talent dont la carrière a été brisée par une union prématurée !

ADRIEN

Je connais Henriette ; elle me soutiendra, au contraire, m'encouragera, partagera mes efforts comme elle partage déjà mes idées.

MADAME, tristement.

Pourquoi tant vous presser ?

ADRIEN, s'agenouillant près desa mère.

Nous presser ! Il y a des années que nous avions projeté de vivre ensemble, des années que nous avons appris à nous aimer ! Nous n'avons jamais cessé de correspondre, quand nous sommes venus ici, je savais qu'elle y était. Nous avons pu nous voir, causer à loi-

sir, constater que notre amour n'avait fait que s'accroître, et sûre d'elle, comme elle est sûre de moi, nous nous sommes juré d'être l'un à l'autre, envers et contre tout!

MADAME, regardant fixement Adrien.

Il n'y a que cela entre vous?

ADRIEN, étonné.

Que voudrais-tu qu'il y eût?

MADAME, gênée.

Je ne sais pas! Quelquefois on se laisse entraîner, on n'est pas toujours maître de sa passion. Et quand on est libre comme vous l'êtes l'un et l'autre...

ADRIEN, se récriant.

Oh! mère. Quelle supposition!

MADAME

Que veux-tu, en voyant ton insistance, ton impatience, je pouvais craindre... Puisque heureusement, il n'en est rien, tu peux attendre.

ADRIEN, s'asseyant en l'ace de sa mère.

En sorte que, si j'avais abusé de la situation, si j'avais le droit de mépriser sa faiblesse et si elle avait le droit de me reprocher une lâcheté, notre union te paraîtrait plus admissible?

MADAME

Tu me fais dire des choses. Je voulais simplement te montrer que tu n'étais pas aussi engagé que tu le croyais !

ADRIEN

Ma parole et la sienne ne signifient rien?

MADAME

11 est certain, que tu ne pourrais sans déloyauté de ton chef, te dérober; mais, puisque ton père...

Page 1