ACTE TROISIÈME
ser mon rêve ni de détruire mes illusions ; vous n'avez pas le droit de vous mettre en travers de mon bonheur et de tuer ma vie parce que vous m'avez donné le jour 1
MADAME PERRAUD
O Adrien ! me parler ainsi, à moi, tu me fais bien du mal! (Elle s'essuie les yeux.) Ton père et moi ne t'aimons-nous pas plus que tout!
A.DRIEN.
Vous ne m'aimez pus plus que l'autorité à laquelle vous voulez me sacrifier !
MADAME PERRAUD, douloureusement s'asseoit au milieu.
Ne t'imagine pas cela! Il n'y a pas que toi qui soutires! Songe à ta mère qui toute ?a vie a obéi et ne s'est jamais plainte ! Songe que ton père et toi vous êtes les deux êtres qu'elle aime le plus au monde, qu'elle est prise entre vos deux volontés et que vous lui broyez le cœur!... Je sens bien que ce que tu me dis est sincère, je ne peux pas trouver cependant que ton père ait tort... Tu n'aimes donc plus ton père ?
ADRIEN, net.
Je n'accepte pas plus l'esclavage aveugle de l'affection que celui de la force.
MADAME, effrayée.
Mais, malheureux enfant, tu n'y penses plus! c'est de la folie, de la véritable folie ! (pleurant.) Oh ! Adrien !
ADRIEN
Si c'est de la folie, cette folie est ma vie, laissez la moi !
Perraud rentre.
PERRAUD, étonné.
Quoi? (Allant à madame.) Comment tu pleures. (A
Adrien.) Toi, mauvais sujet, tu fais pleurer ta mère? Tu vas avoir affaire à moi.
ADRIEN
Je ne demande pas mieux !
PERRAUD, à sa femme.
Chère amie, ne te tourmente pas; laisse-moi avec lui que je lui parle comme je le dois et comme il le mérite.
Fais attention, je t'en prie ; il est si exalté en ce moment-ci, j'ai peur.
PERRAUD, la poussant par la porte des appartements.
Ne crains rien! (Elle sort. — a Adrien.) A nous deux maintenant, monsieur !
ADRIEN
Je ne suis pus Rouveyre, je suis ton fils, appellemoi donc Adrien, et ne prends pas ces airs de croquemitaine qui ne m'en imposent pas.
PERRAUD
Je ne sais pas si j'ai des airs de croquemitaine ; en tout cas, tu me fais l'effet, toi, d'un fameux garnement. Que lui as-tu raconté à t;i mère? Tu l'as terrorisée, menacée peut-être ?... Ne devrais-tu pas avoir honte de faire pleurer une femme;, si bonne, trop bonne pour toi? Tu n'as donc plus ni affection, ni déférence... ni respect, ni soumission?... J'entends (pue ces scènes ne se renouvellent pas!... Je le répète une dernière fois que le mariage est la consécration d'une situation acquise, non une amusetle, et je ne veux pas que tu te maries : voilà I
ADRIEN'
C'est de l'autocratie.