‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 58 sur 104 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

avancement magnifique : à la Faculté de Rennes!...

MADAME BARRAL

Oui, à la Faculté de Rennes; nous ne pouvions espérer tant!... Pardonnez-moi, je m'attendais si peu à cette nouvelle que. . malgré moi, j'en suis toute troublée... (Elle s'asseoit.) Mon mari n'a jamais été gâté par ses chefs., il est trop modeste et trop franc. Enfin, on rend justice à ses efforts, nous n'y comptions plus. Nos regards s'étaient tournés d'un autre côté, ça vient bien tard !...

MADAME, ^'asseyant près d'elle.

Il n'est jamais trop tard pour recevoir la récompense de ses travaux. On sait bien que le vrai mérite est difficilement apprécié et que pour réaliser les plus légitimes espérances, il faut le temps quelquefois... un hasard... des circonstancesexceptionnelles...

HENRIETTE, amère, assise en arrière.

Et même particulières...

Un silence.

MADAME BARRAE, remise.

Henriette veut dire sans doute que sans la .bienveillance de M. Perraud, jamais son père n'aurait obtenu un aussi beau couronnement pour la fin de sa carrière.

MADAME, gênée.

Je crois, en effet, que mon mari s'en est occupé; mais l'influence d'un préfet est peu de chose ! L'ennuyeux pour vous est ce départ précipité, ce déménagement à la vapeur.

MADAME BARRAJL.

Ce sont là de bien petits désagréments, quand on songe aux relations que l'on rompt et aux affections dont on se sépare.

MADAME» lui pressant les mains.

J'en ressens, moi aussi, croyez-le, le plus vif chagrin. Vous étiez ici mes seules bonnes amies; avec vous je me retrouvais à Montfresnois !... Nos enfants avaient été élevés ensemble... Ils avaient les uns . pour les-autres une grande sympathie!... Que voulez-vous, c'est la vie!...

MADAME BARRAL, soupirant.

Et quoique notre cœur ait à en souffrir, il faut l'accepter sans récriminer ni se plaindre.

MADAME, se lève très émue.

Les mères sont bien malheureuses, bien... malheureuses ! (Elle cache son visage dans son mouchoir ) ExCUsez-moi un instant.

MADAME BARRAL, se levant.

Nous allons nous retirer!

MADAME

Non, non, je vous envoie les enfants.

Elle sort.

HENRIETTE, se jetant dans les bras de sa mère.

0 maman ! maman !

MADAME BARRAL

Henriette, tu n'y songes pas? Pleurer quand ton père atteint au rêve de sa carrière I pleurer ici?

HENRIETTE

Tu ne comprends donc pas, mère, que ce sont eux qui nous éloignent et nous chassent?

MADAME BARRAL, jouant l'étonnement.

Qui, eux?... Pourquoi?

HENRIETTE, douloureusement surprise.

Tu n'as donc rien compris? rien deviné?

Page 1