ACTE PREMIER
avec lui et tu me rends trop débonnaire. Je me reproche tous les jours de n'avoir pas assez de fermeté pour imposer ma volont ï à ce gamin. Monsieur ne s'arvise-t-il pas maintenant de ne plus vouloir l'aire son droit?
MADAME PERRAUD
Puisque le droit lui déplaît.
PERRAUD, allant à droite.
Crois-tu qu'il m'amuse, moi, qui en fais depuis plus de vingt ans?... Si l'on ne prenait dans la vie que les positions qui vous agréent absolument, on n'en prendrait aucune. 11 faut savoir s'ennuyer!
MADAME PERRAUD
Il t'entend si souvent pester contre les arrêtsscan^. daleux et les chinoiseries de procédure, proclamer que tel article du code est absurde, tel autre criminel, que ça ne l'encourage pas beaucoup.
PERRAUD, revenant.
Je dis cela par boutade, pour des choses insignifiantes ; quand il s'agit des principes!... Et puis, je peux le dire, moi, parce que je connais toutes ces questions-là à fond, mais je détends bien à Adrien, qui en ignore le premier mot, de se prononcer. Que l'étude du droit ne lui serve pas plus tard dans l'exercice de sa profession, c'est d-ms les choses possibles, seulement elle aura fait de lui un homme de devoir et aura gravé dans son esprit certaines notions essentielles de soumission et de respect que j'ai le grand regret de ne pas x-encontrer en lui !
Il va à gauche.
MADAME PERRAUD
Tu voudrais qu'il fût grave et posé comme un homme de ton âge. laisse-le donc .être jeune, être
fou. Il a bien le temps de se mettre un masque professionnel sur le visage et de contenir son exubérance ! Tu as été jeune, toi?
PERRAUD, revenant.
Moi, j'avais un père, tu l'as connu du reste, qui résumait en lui toute la présomption et l'austérité de l'ancienne magistrature. On ne discutait pas avec lui. Il ne me dit pas deux foix d'entrer à l'école de droit. La chose, d'ailleurs, me parut toute naturelle, appartenant à une famille dans laquelle la magistrature était pour ainsi dire héréditaire.
MADAME PERRAUD, souriant.
En foi de quoi tu t'es fait avocat.
PERRAUD, très avocat.
Permets, chère amie, j'aurais pu tout comme un autre, être magistrat ou fonctionnaire, je pourrais même l'être encore, lorsqu'on est homme de devoir, il suffit. Si j'ai préféré rester dans notre petite ville de Montfresnois et m 'inscrire à son barreau, c'est qu'il m'a semblé que mes ancêtres, serviteurs de la loi, avaient été annihilés dans cette servitude et réduits à l'impuissance; j'ai secoué le joug. Ils ne voyaient eux que les— intérêts de la société; j'ai vu, moi, ceux de l'humanité, et j'ai cru — peut-être aije eu tort — pouvoir mieux la servir comme défenseur que comme juge.
MADAME PERRAUD
Eh bien! ton fils croit, lui aussi, mieux la servir n'étant ni juge ni défenseur.
PERRAUD, s'assevant à droite.
Alors, quoi?... quo veut-il devenir?... que comptet-il faire?