‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 60 sur 104 · ACTE TROISIEME 1U · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME 1U

HENRIETTE

A moins que...

LUCIE

Un secret : à moins que M. Santenay ne soit nommé sous-préfet. Au ministère, on voudrait qu'il restât encore au moins deux ans secrétaire général ici; vous comprenez que je n'y tiens pas du tout. Il va se rendre à Paris et faire marcher un peu les amis. Ah 1 vous avez de la chance de quitter cet abominable pays!

MADAM'E BARRAL

Dites-le donc bien à Henriette.

HENRIETTE

On n'est pas attaché à une ville, mais à ceux qu'on, y laisse.

ltjCI'e:

Bast! On se refait vite de nouveaux amh. Rennes est une -grande- ville, il y a de nombreux fonctionnaires, de la société I Ah! si on pouvait nous: envoyer à Rennes, nous!... Ici, malgré ton grand talent de musicienne,, tune pourrais: arriver à rien, là-bas au moins, tu seras appréciée; les le.çons afflueront et tu séduiras quelque gentilhomme breton qui te fera châtelaine.

MADAME BARRAL

Elle n'en demande pas tant.

Adrien est entré et va vers madame Barrai et sa fille. ADRIEN, ému.

Mesdames, ma mère vient de se trouver subitement'très souffrante et me prie- de l'excuser; elle est allée se reposer.

MADAME BARRAL, empressée.

Il n'y a rien de grave, au moins ?

LUCIE

Depuis quelques jours, ma mère est assez sujette à ces malaises.

ADRIEN, à Henriette en lui serrant la main.

Permettez-moi de joindre mes félicitations très sincères aux nombreux témoignages d'estime que va recevoir votre père, maintenant qu'il est estimé officiellement. J'espère que pour nous tous, ce sera un événement heureux.

LUCIE, qui met son chapeau dans le fond.

Henriette n'est pas de cet avis, elle regrette d'être séparée de ses amis.

ADRIEN, souriant.

L'éloignement ne rompt que les amitiés fragiles, les affections réelles s'exaltent au contraire quand elles rencontrent des obstacles, et les surmontent.

[HENRIETTE, vivement.

Merci ! vous me rendez courage, et me voilà maintenant pleine de confiance en l'avenir et prête à tout.

LUCIE, moqueuse.

Il n'en faut pas beaucoup pour te consoler.

ADRIEN, à Lucie.

Qui sait, cette confiance implique de la part de mademoiselle Henriette une audace et un courage que tu ne soupçonnes peut-être pas?

HENRIETTE

On l'aura!

LUCIE, haussant les épaules.

Phraseur !

MADAME BARRAL, subitement inquiète des propos échangés.

Henriette, mon enfant, situ veux, nous allons passer au lycée, ton père ne sait peut-être rien et...

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