ACTE TROISIÈME
PERRAUD, à Adrien.
Me diras- tu maintenant quelle comédie vous venez de jouer tous les deux?
Nous ne jouons aucune comédie.
PERRAUD
Tu penses bien que je ne suis pas dupe de la joie de cette jeune fille? Que lui as-tu dit?
ADRIEN
Rien que je ne puisse te répéter. D'ailleurs ma sœur était présente et pourra en témoigner. Je lui ai dit que les affections réelles s'exaltent quand elles rencontrent des obstacles et qu'elles les surmontent.
PERRAUD, souriant.
Bien, dans trois mois, elle n'y pensera plus, ni toi non plus... A présent que cette affaire est terminée, j'espère, mon ami, que tu vas prendre une décision. Tu vis ici, comme en un hôtel meublé, avec nous, mais loin de nous, indifférent à tout ce qui nous intéresse; cette vie ne peut plus durer, que veux-tu faire ?
ADRIEN
Tu m'as conseillé tout à l'heure de faire la noce; je compte donc partir le plus tôt possible pour Paris.
PERRAUD
Que tu t'amuses un peu, je n'y vois pas d'inconvénient, je crois même qu'une diversion t'est nécessaire, en ce moment-ci. Cela n'empêche pas de songer aux choses sérieuses et il est grand temps que tu te décides à entreprendre quelque chose.
Il est grand temps surtout que ma position vis-àvis de toi soit réglée.
PERRAUD
Comment ?
ADRIEN
Depuis que tu es détenteur de l'autorité,, toutes mes aspirations et mes moindres désirs ont été contrecarrés par ta volonté. Au lieu de laisser se développer mes aptitudes naturelles, tu les as combattues à outrance, croyant sans doute que c'était ton dovoir ; tu as voulu faire de moi un être sans initiative, docile aux commandements, honnête contribuable et administrateur parfait.
PERRAUD
Eh bien, ce n'est pas déjà si mal.
ADRIEN
Quoique ma nature se révoltât... j'avais trop d'affection pour ma mère et de respect pour toi. J'ai obéi... Malgré ma répugnance pour cette étude, j'ai fait mon droit et pris mes grades; les liens qui m'attachaient à vous étaient si tendres que je n'osais les rompre : j'obéissais. Tu as voulu faire de moi ton chef de cabinet, j'ai fini par y consentir et toi-même as dû me relever de mes fonctions. Aujourd'hui, j'aime une jeune fille, elle m'aime; tu ne veux pas que je l'épouse; j'obéis encore, je ne l'épouserai pas ; mais j'estime que c'est là la dernière concession que je puisse accorder à ton autorité. A partir de cet instant, je me déclare quitte envers toi de tout ce que tu as pu faire pour moi, j'entends jouir de mes droits d'homme libre et vivre à ma guise I