ACTE TROISIÈME
PERRAUD
Monsieur fait son pronunciamento !
ADRIEN
Monsieur veut pouvoir enfin, lui aussi, agir comme il veut!
PERRAUD
Heureusement les lois sont là pour calmer ceux que la passion emporte au delà de certaines bornes.
ADRIEN
Le monde n'a pas été construit par vos lois, il peut tourner sans elles et je m'en soucie fort peu.
PERRAUD
Puisque vous ne reconnaissez plus ni celle de votre père, ni aucune autre autorité, puisque vous êtes un homme libre!., apprenez que, lui aussi, à partir de cet instant, déclare se désintéresser absolument de votre personne. Allez à Paris ou restez, faites la vie ou ne la faites pas, cela m'est indifférent ; mais je vous certifie, que vous ne vous moquerez pas de moi avec mon argent et que vous aurez, de ma fortune, ce que la loi à ma mort voudra bien vous octroyer.
ADRIEN, attristé.
Eh ! qui te parle d'argent!.. Est-ce que je t'en demande?.. Tiens, plutôt que de recevoir un soude mes parents, j'aimerais mieux, maintenant, casser des cailloux sur les routes... D'ailleurs, je saurai en gagner.
PERRAUD, secouant la tête.
Avec la littérature?.. Quand une carrière toute faite...
ADRIEN
Je veux vivre et non pas végéter !
PERRAUD
Et dire que j'étais entré dans l'Administration pour te frayer la voie !
ADRIEN, triste, puis amer.
Tu es entré dans l'Administration parce que tu avais soif d'exercer ton autorité! On t'offrait la députation, mais tu n'aimes pas discuter, et tu as préféré jouer au despote de province... toujours pour le plusgrandbien de l'humanité !.. Et voilà, on se gorge de pouvoir, on s'en grise... On débite tellement de balivernes à ses administrés que l'on ne sait plus où niche la vérité. On vit dans l'abstraction, l'homme comme le père disparaissent et l'on n'est plus qu'un uniforme brodé !
PERRAUD, furieux.
Je ne tolérerai pas que tu me parles plus longtemps de la sorte! Tu me récites là les articles ignobles de Rouveyre et de son sale journal !.. Sache qu'il n'appartient pas à un gamin de ton espèce de me faire des remontrances, ni de m'apprendre quel est mon devoir !
ADRIEN, violent.
Si je raisonne comme un gamin, au moins je raisonnet
Perraud lève la main sur Adrien.
MADAME, qui est entrée pousse un cri.
Ah!
PERRAUD, s'êloignant d'Adrien.
Tu es un misérable !
MADAME, à Adrien.
Malheureux! qu'oses-tu dire à ton père?
PERRAUD, à voix calme montrant la poite à Adrien.
Qui insulte f.on père n'est pas digne de rester une minute de plus sous son toit.