ACTE QUATRIÈME
n'est que Barrai... Je m'en fiche de Barrai, (a François.) Faites entrer !
SANTENAY.
Je vais téléphoner de mon bureau.
PERRAUD
Oui, et vous irez voir un peu ce qui se passe dehors. (Santenay sort. — Perraud absorbé.) Que diable
peut-il me vouloir?
BARRAL, entre sans que Perraud l'entende.
Monsieur le préfet.
PERRAUD, se retourne.
Ah!
BARRAL
Je comprends que vous soyez surpris de me voir en ce pays et à la préfecture. Gomme j'avais absolument besoin de vous parler, il fallait bien que j'y vienne.
BARRAL, indique un siège.
Parlez, monsieur, mais soyez bref : mes instants sont comptés.
BARRAL, s'asseoit.
Il s'agit d'une question de nature particulièrement délicate, et, avant de l'aborder, je me vois dans la nécessité de rappeler certains incidents aussi douloureux: pour vous que pour moi.
PERRAUD
Allez au fait : notre ville est en ce moment en proie à une agitation violente ; vous voyez, je suis en tenue, et d'un moment à l'autre, ma présence peut être nécessaire.
BARRAL
Voici : le jour où vous avez chassé votre fils de
chez vous, vous savez qu'il est parti pour Paris avec ma fille ?
PERRAUD
Je n'y peux rien : il fallait les faire arrêter.
BARRAL
Je n'ai, ni sur l'autorité paternelle, ni sur l'autorité en général, les idées que vous professez aujourd'hui, et je vous déclare que, bien loin de faire arrêter votre fils, dans les mêmes circonstances, j'en aurais fait autant que lui ; si j'en avais eu le courage.
PERRAUD
Je vois où vous voulez en venir. Je vous préviens donc que si votre démarche a pour but d'excuser ce misérable, d'implorer son pardon, — cequi seraitassez original de votre part, — ou de solliciter quoi que ce soit en sa faveur, vous perdez votre temps. Depuis qu'il a quitté cette maison, j'ai défendu qu'on me parlât de ce monstre, qu'on prononçât son nom : je l'ai oublié. Je n'ai point de fils, entendez-vous, je n'en ai point !
BARRAL
Je ne viens absolument rien solliciter pour la personne dont vous parlez, parce que, d'abord — et je tiens que ceci soit bien établi entre nous — elle ne l'aurait point permis. M. Adrien Perraud met à renier son père une opiniâtreté semblable à celle que vous mettez à renier votre fils, il se fait un point d'honneur de rester sous le coup de votre malédiction, comme vous vous en faites un de le maudire.
PERRAUD, après un temps.
A son aise.
BARRAL
Ma démarche est donc faite à son insu, pour ainsi