‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 74 sur 104 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

dire contre sa volonté et de vous à moi. Ceci posé, je vous dirai que, depuis quelques mois, il est père d'un enfant...

PERRAUD

Cela m'est égal.

BARRAL

Que cela vous soit égal ou non, vous n'en êtes pas moins le grand-père d'un fort gaillard.

PERRAUD

Si vous pensez par l'enfant m'apitoyer sur le père, et me prendre par la voix du sang et ce faible ridicule qu'ont les grands-parents pour leurs petits-enfants, vous vous trompez, je ne...

Je suppose bien qu'un homme comme vous est audessus de ces mièvreries de sentiment.

PERRAUD

Pour moi, c'est un bâtard de plus et voilà tout !

BARRAL

Nous voici précisément au point, sur lequel je voulais attirer votre attention. Je sais bien que la réprobation qui poursuivait jadis les enfants naturels n'existe plus aujourd'hui et que l'union libre aura bientôt raison de ces préjugés. Il n'en est pas moins vrai qu'actuellement, ces enfants sont encore, en naissant, frappés par la loi et placés dans un état d'infériorité réel. Je viens vous demander si vous croyez qu'il soit juste, qu'il soit honnête, de laisser un innocent marqué de cette tare, quand vous pouvez l'en débarrasser? Le père et la mère, je dois l'avouer, protestent énergiquement contre ma manière de voir; ils acceptent pour leur fils cette situation défavora-

ble. « Il fera comme nous ». disent-ils, « il se débrouillera et se tirera d'affaire. »

PERRAUD

Eli bien! Puisqu'il en est ainsi!...

BARRAL

Mais moi, je suis un grand-père, un de ces grandspères ridicules qui croient que leur devoir est de regarder plus loin que leurs enfants, et que le nôtre en cette conjoncture est, non pas de les autoriser, ils n'en ont pas besoin, mais de les engager, de les pousser à régulariser...

Monsieur, je n'ai qu'un mot à répondre: Non! Les lois sont ce qu'elles sont, ce n'est pas moi qui les ai faites, mais tout de même, je suppose qu'elles n'ont pas été édictées par des imbéciles. Il a plu à mon fils de se mettre hors la loi, il lui plaît encore d'y mettre ses enfants, je n'ai rien à y voir.

BARRAL, stupéfait-.

Excusez-moi, je suis tellement étonné de vous entendre parler ainsi, que je me demande si vous êtes bien Perraud, ce Perraud que j'ai connu autrefois? Noire dernière conversation date de Montfresnois... Si vous vous le rappelez, j'étais allé vous proposer d'être candidat aux élections législatives à la place de Tonnelle, le jour même où il était nommé ministre et où vous acceptiez d'être son préfet!

PERRAUD, gêné.

Je me rappelle, sans aucun doute, je me rappelle, ceci n'a rien à voir avec...

BARRAL

Pardon, vous me disiez alors, et j'ai bien retenu

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