‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 75 sur 104 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

vos paroles, puisque je les approuvais... que la meilleure de nos lois ne valait rien, qu'il fallait les trans ■ former, de sociales qu'elles étaient en humanitaires, etc., etc. Ah ! vous les arrangiez bien les lois à cette époque !

PERRAUD

Je n'ai jamais cessé de servir la cause de l'humanité.

BARRAL

Vous l'avez cru et le croyez encore, parce que vous êtes aveuglé par vos fonctions; mais, un préfet, ne sert que des gouvernements. Et, comme il suffit de donner au meilleur des hommes une parcelle d'autorité pour en faire un méchant, vous êtes devenu dur pour vos administrés comme pour vos amis, comme pour votre famille. (Baissant le ton.) Vous avez forcé votre fils à s'éloigner de vous, vous avez ainsi... causé la mort de votre femme, et aujourd'hui vous vous acharnez sur votre petit- 1 1 ls î

PERRAUD, se lève troublé, vivement.

Je ne vous autorise pas à dire de semblables choses ! J'ai toujours été et je suis resté un homme de devoir!

BARRAL, se lève.

Le devoir est dans la bonté, non dans la poigne !

PERRAUD

Le devoir est d'obéir à ses chefs.

BARRAL

Pas quand ils commandent des actes que réprouve notre conscience. Vos chefs ont varié d'opinion; vous leur avez obéi cependant avec la même loyauté, la même fermeté. Ces petites capitulations en amènent fatalement d'autres. On est oblige de mentir à soimême, comme on ment aux autres. On en arrive à ne

plus voir que la lettre des arrêtés et des décrets et à méconnaître les sentiments les plus purs de la nature, tels que l'amour paternel.

PERRAUD

J'aimais mon fils, vous le savez bien. Barrai, je l'aimais, et mon plus grand tort a même été de trop l'aimer!

Vous avez aimé l'enfant, il fallait aimer aussi l'homme qui, je vous assure, n'était pas indigne de votre affection.

PERRAUD, se rasseoit.

Enfin, puisque vous me dites qu'ils se sont tirés d'affaire, je vois que notre séparation ne lui a pas été trop préjudiciable.

BARRAL, se rasseoit.

Tirés d'affaire, tirés d'affaire... c'est-à-dire qu'ils n'en sont plus à mourir de faim comme avant. 11 est correcteur dans une bonne imprimerie et elle fait de la broderie.

PERRAUD, étonné.

Votre fille fait de la broderie! Pourquoi me reprocher alors, d'abandonner mon fils, quand vous agissez de même pour votre fille?

BARRAL

Je n'agis pas du tout de même. Je n'ai pas adressé une seule remontrance à ma fille et nous n'avons jamais cessé de la voir et de l'aimer. C'est elle qui a toujours énergiquement refusé notre aide, et depuis la venue de l'enfant seulement, nous avons pu lui faire accepter quelques petites cboses.

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