ACTE QUATRIÈME
PERRAUD, intéressé.
Comment vivent-ils?... Vous les avez vus récemment?
BARRAL
J'étais à Paris avec ma femme, qui ne peut se séparer de son petit-fils, et comme nous causions d'avenir, j'ai eu l'idée de venir vous exposer la situation.
PERRAUD
En sorte que vous supposez, mon cher Barrai...
On frappe à la porte du fond et Santenay entre presque
immédiatement.
SANTENAY.
Je vous demande pardon.
PERRAUD, à Banal.
Une minute... (Se lève et va à Santenay, à mi-voix.)
Quoi de nouveau?
SANTENAY.
Le commissaire central vous avertit que la sortie de la réunion du Divin Bacchns se fait dans le plus grand tumulte. Les agents sont débordés. Les grévistes formés en colonne compacte, se dirigent vers le Cours de la Liberté en hurlant : « C'est Rouveyre qu'il nous faut! » et en proférant des cris séditieux.
PERRAUD
Un va leur en donner, du Rouveyre!
SANTENAY.
Le bureau de la réunion et les délégués des syndicats se rendent à la Mairie où les attendent les conseillers socialistes qui doivent vous les présenter.
PERRAUD
On les recevra !
SANTENAY.
Le commissaire central ajoute qu'il n'est pas sans inquiétude; la nouvelle de l'arrestation de Rouveyre a augmenté l'agitation des faubourgs ; les meneurs en ont profité pour exciter les masses ; l'affaire prendrait^ d'après lui, une tournure des plus graves.
PERRAUD
Encore un qui veut se faire valoir ! Qu'il fasse évacuer la place, barrer les rues par de forts cordons d'infanterie et nous verrons bien ! Restez en permanence en bas et tenez-moi au courant, n'est-ce pas?
SANTENAY.
Oui, oui, bien entendu !
Il sort.
PERRAUD, comme à lui-mêmo.
La cavalerie ne leur fait plus peur, mais les baïonnettes...
Il s'arrête, voyant Barrai auquel il ne songeait plus. BARRAL, souriant.
Votre autorité est donc contestable, qu'elle a besoin de fusils pour se faire obéir?
PERRAUD
Si vous connaissez un autre moyen pour mettre les énergumènes à la raison, je veux bien l'employer.
On entend des rumeurs lointaines.
BARRAL
Ces énergumènes n'ont peut-être pas tout à fait tort dans leurs protestations et leurs revendications!
Ces choses-là, mon cher ami, sont de la discussion. Le capital a-t-il tort, le travailleur a-t-il raison, je n'en veux rien connaître et je suis persuadé que ceux