‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 90 sur 104 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

BARRA L

Et, il n'est pas trop triste... pas trop aigri... pas trop de mauvaise humeur?

FRANÇOIS, étonné.

Monsieur ? Jamais il n'a été aussi gai, aussi content; on se croirait revenu au temps d'autrefois.

BARRAL

Et il ne s'ennuie pas?

FRANÇOIS, de plus en plus étonné.

Jamais monsieur n'a autant travaillé! C'est toute la journée ici une procession de jeunes gens, qui viennent exposer des projets, causer et discuter avec lui...

PERRAUD, ouvrant la porte et allant à Barrai les mains

tendues.

Barrai!

BARRAL, ému, avance vers Perraud.

Monsieur Perraud! (Ils se serrent les mains. — A Lucie

qui s'est avancée.) Bonjour, madame., votre santé est bonne ?

LUCIE

Très bonne, monsieur, merci; et celle de madame Barrai?

François retourne à la serre.

BARRAL

Excellente!

PERRAUD, lui reprend les mains, très ému.

Ali! mon vieil ami. . mon bon ami! Vous ne pouvez vous douter combien je suis heureux de vous voir. J'avais bien reçu votre petit mot m'annonçant que vous preniez votre retraite, mais je ne vous attendais pas si tôt.

l08 LÀ POIGNE

BARRAL

Ma femme ne tenait plus en place à Rennes, et nous avons profité du voyage des enfants...

Vous vous fixez définitivement ici?

BARRAL, souriant.

Oui, madame. J'avais laissé à Montfresnois de bons amis et de bons souvenirs et je suis heureux de pouvoir vivre au milieu d'eux les jours qui me restent... (Regardant autour de lui.) Ça n'a pas changé non plus, chez vous. La maison avec sa petite entrée vitrée et ses rosiers, la serre aux carreaux blanchis, le bosquet, le fameux bosquet où nous avons si souvent fait et défait les ministères?...

PERRAUD, gaîment.

Ah! ne parlons plus de politique!

BARRAL

Les arbres, par exemple, ont fait comme nous ; ils ont vieilli. (Revenant à Perraud.) Ah! mon cher monsieur Perraud, combien il m'aurait été pénible, revenant à Montfresnois, de penser que je ne rentrerais pas dans cette maison. Votre réponse m'assurant que plus que jamais je serais le bienvenu .. et l'accueil que vous me faites, me comblent.

PERRAUD, bonhomme.

Malgré les événements, mon cher, mes sentiments pour vous n'ont pas varié. .. mais, vous restez debout. Venez donc vous asseoir, que nous causions.

BARRAL

Vous êtes ma première visite et j'en ai beaucoup d'autres...

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