‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 91 sur 104 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

PERRAUDj jovial, le retenant par le bras.

Vous avez bien le temps, puisque vous ne repartez plus !

LUCIE

Père, si pourtant M. Barrai est pressé, il ne faudrait pas abuser...

PERRAUD, à Lucie.

Mon enfant, fais vite apporter du madère, il ne peut pas refuser.

BARRAL, riant et cédant.

Pour une première visite,, en effet. — Je ne peux pas. ..

Lucie va à la cuisine.

PERRAUD, désignant un siège près du bosquet. Asseyez-VOUS là ! (il s'assied et secouant la tête.) Ah !

oui! il s'en est passé des événements depuis que nous ne nous sommes assis sous ce bosquet !

BARRAL, vivement.

Mon cher Perraud, précisément en prévision de ce rappel des événements, je vous avais écrit afin que nous nous entendissions pour en faire, si vous voulez bien, abstraction complète, et pour reprendre notre intimité où elle en était il y a quinze ans!

PERRAUD, gai.

Je ne demande pas mieux, rajeunissons-nous de quinze ans.

BARRAL

J'estime que la façon héroïque dont vous avez quitté l'administration en jetant votre démission au nez du ministre efface tout. J'étais déjà loin lorsque j'en ai eu connaissance, mais je vous ai envoyé mes

félicitations de Rennes, et, je vous les renouvelle aujourd'hui.

PERRAUD, souriant.

Savez-vous ce qu'il a dit de cet héroïsme? le ministre! Il l'a qualifié de lâcheté, de désertion devant l'ennemi et il m'a révoqué! Ah! mon ami, il n'y a rien de tel qu'une révocation pour vous ouvrir les yeux. Quand on tourne avec tous les autres rouages, on ne s'aperçoit de rien; dès qu'on est immobilisé en dehors du mouvement et qu'on voit, qu'on observe, on revient de bien des choses.

BARRAL, souriant.

Je me fais la même réflexion depuis que je suis à la retraite.

PERRAUD, heureux.

Dans le calme de notre petite ville, je me suis ressaisi; il m'a semblé que je revenais à la santé après une longue et terrible maladie ; qu'après avoir été pendant plusieurs années hypnotisé, je renaissais à la vie réelle, à la vie nature. Et maintenant que vous voici ici, mon cher Barrai, je crois avoir rêvé tous ces mauvais jours.

BARRAL, riant dans sa barbe.

Nous arrivons à l'âge de la sagesse.

PERRAUD, souriant avec complaisance.

Ce serait bien prétentieux, à moi de me qualifier de sage; mais depuis que j'ai des loisirs, j'ai travaillé à l'élaboration de toute... une organisation sociale ; qui ne me semble pas trop mauvaise ; vous verrez. (Apercevant Lucie qui revient avec un plateau. ) Pour le moment,

nous avons mieux à faire, (a Lucie.) Il ne fallait pas te donner la peine... Rose aurait bien pu...

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