‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 92 sur 104 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

LUCIE

Elle est très en retard, (souriant.) elle sait pourtant que mon mari aime déjeuner à l'heure.

BARRAI

M. Santenay est à Montfresnois ?

PERRAUD

Mes enfants sont venus me surprendre hier soir!

LUCIE, à Perraud.

Tiens, père, débouche la bouteille, je n'ai pu y parvenir.

Perraud prend la bouteille et se lève. BARRAL, à Perraud.

Alors, c'est un conseil de famille ?

PERRAUD

Pas le moins du monde.

Il s'écarte pour tirer le bouchon plus à son aise. LUCIE, bas à Barrai en lui faisant signe de ne pas insister.

Je vous raconterai plus tard ce qui se passe.

BARRAL, approuvant.

Bien!

PERRAUD, emplissant les verres.

Mon gendre vient aujourd'hui tout simplemnt pour que nous réglions ensemble quelques petites questions d'intérêt. Il faut vous dire que, sans que vous vous en doutiez, j'ai en ce moment-ci, pas mal d'affaires en train et beaucoup en projet.

LUCIE, maussade.

Beaucoup trop... Tu n'es pas raisonnable!

PERRAUD, souriant d'un air entendu à Barrai.

Cela se rattache au système social dont je vous parlais, car je ne me borne pas à la théorie... (cho-

quant son verre.) A votre bienvenue et à votre bonne santé ! A celle de madame Barrai.

BARRAL

Je vous adresse le même souhait de tout cœur... (s'inciinant devant Lucie.) ainsi qu'à madame et à toute votre famille.

Lucie s est inclinée et se dirige vers la serre. PERRAUD.

Je vous disais donc que je travaille beaucoup; je ne veux pas que les années que j'ai passées dans l'administration soient totalement perdues et...

BARRAL, ironique.

Vous avez mis de côté des petits papiers?...

PERRAUD, riant.

Non, je veux faire profiter le plus de gens possible de la bonne leçon que j'ai reçue. Ne me parlez plus ni de gouvernement, ni d'initiative officielle; pour faire quelque chose, il faut être libre, et c'est l'initiative individuelle qu'on doit encourager I

BARRAL, surpris.

Peut-être; je n'ai point suffisamment étudié la question.

PERRAUD

Voici donc ce que j'ai imaginé... Quand j'apprends, autour de moi, qu'un jeune homme actif, intelligent, ayant des idées, se destine à l'Administration, je l'avertis et mets à sa disposition, — sans intérêt, ni espoir de gain, — les fonds qu'il demande pour développer son activité en dehors des pouvoirs publics... Que pensez-vous de mon idée?

BARRAL, embarrassé.

Ma foi, je vous le déclare, elle me surprend beaucoup... en sorte que...

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