ACTE CINQUIÈME
PERRA.DD, souriant, à Lucie et Santenay.
Vous le voyez, mes enfants, nous ne vous retenons plus.
Le juge s assied.
SANTENAY.
Nous nous retirons.
Ils rentrent dans la maison.
LE JUGE
Vous vous occupez beaucoup en ce moment-ci de travaux de sociologie ?
PKRRAUD, riant, s'assied de l'autre côté de la table.
Le gouvernement en prendrait-il ombrage?
LE JUGE
Pas du tout; seulement des personnes qui s'intéressent à vous, craignent que votre zèle philanthropique ne vous emporte trop loin, et qu'à force de faire largesse à tout venant, vous ne vous trouviez bientôt aussi dépourvu que vos obligés.
PERRAUD
Ahl c'est pour l'argent!... Croyez, monsieur, que je ne fais qu'un choix très judicieux pour les sommes que je distribue, en tout cas, cet argent est bien le mien; j'ai le droit d'en faire l'usage qui me plaît...
LE JUGE
Sans doute. Laissez-moi vous dire cependant, que votre excessive générosité peut paraître étrange et prêter à des insinuations désobligeantes.
PERRAUD
Quelles insinuations?
LE JUGE
On peut dire, par exemple, que vous êtes un prodigue et que ces prodigalités qu'on pourrait expliquer
si vous étiez seul au monde, ne se comprennent plus quand on sait que vous avez des enfants.
PERRAUD, se redresse.
Ah ! très bien ! très bien ! Je commence à comprendre, monsieur, de quelle mission vous êtes chargé... Vous venez vous assurer de mon état mental et savoir s'il faut me donner un conseil judiciaire ow me faire interdire ?
LE JUGE
Ah! monsieur Perraud, bien loin de moi semblable pensée.
PERRAUD, se levant.
Si vous ne l'avez pas, le tribunal peut l'avoir; et, je tiens, à ce que vous entendiez tout de suite mes témoins.
Il va vers la maison.
LE JUGE
M. le Président avait justement convoqué pour aujourd'hui votre gendre et votre fils.
PERRAUD, stupéfait, s'arrête.
Mon fils ! (a part.) Ah ! voilà pourquoi Barrai parlait de conseil de famille I (au juge.) En attendant que ce monsieur dépose contre moi, permettez-moi de vous faire entendre ma fille et mon gendre.
LE JUGE
J'allais vous en prier.
PERRAUD, ouvre la porte de la maison et aperçoit Lucie et Santenay.
Vous êtes là? Venez donc, vous allez en apprendre de belles, (a Lucie.) Voilà, monsieur, qui, à la requête de ton frère, sans aucun doute, prétend que je suis fou et veut me faire enfermer !