ACTE CINQUIÈME
LE JUGE, se récriant.
Mais monsieur Perraud, il n'est pas du tout question de ça!
PERRAUD, s'animant.
Enfin, vous prétendez que je dilapide ma fortune? Eh! bien, ce n'est pas exact, si je dépense de l'argent, je le faisen parfaite connaissance de cause, (un temps.) Gomme le législateur n'a pas laissé les pères libres de déshériter leurs mauvais fils, j'entends dépenser, de mon vivant, en dons utiles, aux gens qui me sont sympathiques, jusqu'à mon dernier sou ; afin que, moi mort, il ne revienne pas un centime à un fils indigne... Ma fille a eu sa dot, mon gendre est dans une position superbe...
SANTENAY.
Mais vous, monsieur Perraud, vous ne pouvez pas vous mettre sur la paille pour satisfaire une rancune, légitime, je le reconnais ; vous seriez le premier puni?
PERRAUD
Il m'en faut si peu pour vivre !
LE JUGE
Si vous voulez, monsieur Perraud, pour tranquilliser M. le préfet et pour vous laisser toute liberté, on pourrait nommer un administrateur.
PERRAUD, indigné.
Vous en revenez au conseil judiciaire. Il faut qu'on ait pesé rudement sur l'esprit du tribunal, pour que vous vouliez ainsi, à toute force, m'enlever la gérance de ma fortune ?
LE JUGE, grave.
La loi seule, monsieur, pèse sur l'esprit du tribunal.
PERRAUD, furieux.
La loi n'autorise pas le tribunal à prêter l'oreille à de semblables réclamations, et il faut tout le respect que je professe pour les institutions de mon pays pour ne pas vous prier... de sortir!
SANTENAY, l'arrêtant.
Monsieur Perraud !
PERRAUD, calme, à Santenay.
Vous avez raison, (au juge.) En somme, vous vouliez savoir quels étaient les mobiles qui me poussaient à faire largesse de mon argent, maintenant, vous les connaissez. Dites à M. le Président, que si l'on veut un procès., je le ferai, et avec le plus grand luxe de procédure. C'est encore une façon de dépenser sa fortune. Quant à mon état mental, ma fille et mon gendre peuvent en témoigner.
LUCIE, stupéfaite, apercevant Adrien derrière la serre.
Adrien!
Le juge est en avant entre Perraud et Santenay. Tous trois se retournent. — Adrien paraît suivi de François.
PERRAUD, a un soubresaut en arrière.
Ah ! par exemple !
ADRIEN, nettement.
J'ai reçu une convocation, et quoique M. Barrai m'ait déconseillé de venir, me voici.
PERRAUD, au comble de l'indignation, au juge.
. Puisqu'il plaît à M. le Président de convoquer les gens chez moi, vous ne trouverez pas mauvais, monsieur, qu'en présence de cette façon illégale et étrange de procéder, je me retire.
LE JUGE, à Perraud.
Il me semble, au contraire, indispensable, dans