‹ La police parisienne: le service de la suretéChapitre 15 sur 53 · L..., 20 ans, arrêté dix-septfois, six condamnations · texte numérisé non relu

L..., 20 ans, arrêté dix-septfois, six condamnations

M..., arrêté dix fois, quatorze condamnations.

Depuis la rentrée des amnistiés de l'insurrection de 1871, un en moyenne, par jour, se trouve arrêté pour délits de droit commun.

L'année 1880 a été, plus que les précédentes, féconde en assassinats, meurtres et tentatives. On compte 28 homicides et 27 tentatives, soit un total de 55 crimes, presque le double des années 1877, 1878 et 1879, qui en ont eu chacune 33 seulement. Pour ces 55 crimes, on a arrêté 59 individus, auteurs directs ou complices ; trois des assassins se sont suicidés ; un seul est resté inconnu.

Plusieurs des crimes précités sont le résultat de rixes nocturnes qui se produisent généralement à la fermeture des débits de boissons, c'est-à-dire vers deux heures du matin.

Ceci m'amène naturellement à parler des attaques nocturnes dont retentit souvent Técho de la presse.

J'ai fait, cette année, contrôler chacun des faits de cette nature parvenus à ma connaissance, soit par la voie administrative, soit par les faits divers des journaux. Neuf fois sur dix j'ai pu constater que ces prétendues attaques n'étaient que des rixes entre rôdeurs, dans les-

quelles les plaignants étaient souvent les agresseurs. J'ai su aussi que certaines agressions étaient inventées par des individus embarrassés pour expliquer des pertes d'argent soit vis-à-vis de leurs femmes, soit près de leurs patrons, argent qu'ils avaient dépensé avec des femmes de débauche.

Je dois dire aussi quelques mots des fausses nouvelles.

Le récit d'une agression nocturne, d'un meurtre ou de tout autre crime publié par un journal du soir est invariablement reproduit le lendemain, sans contrôle, par toute la presse du matin. Or, il arrive souvent que la nouvelle en question a simplement germé dans l'imagination d'un reporter à court de copie.

Récemment les feuilles publiques étaient i emplies de récits navrants, par des rubriques à sensation : « Attaques de tramways », — « les Etrang leurs »^ — a Paris Coupe- Gorge », etc. — Or, la plupart de ces récits lamentables étaient fantaisistes.

Le 14 décembre courant un reporter nommé C... âgé de 17 ans, qui courait les bureaux de journaux avec des nouvelles de cette nature, a été condamné pour co fait à deux mois de prison.

En 1879, il a été établi au Service de Sûreté 31.171 fiches concernant tous les individus arrêtés dans le département de la Seine pour crimes et délits de droit commun, déduction faite des filles soumises et insoumises arrêtées par mesure administralive.

Le nombre des arrestations de même nature a été cette année de 39.327, soit une augmentation de 8.166.

Cette augmentation dans le nombre des malfaiteurs arrêtés s'est produite sans variation bien sensible dans l'âge et le sexe des inculpés, ainsi que dans la nature des crimes et délits.

Je remarque cependant que les jeunes gens de 15 à 20 ans ont été, proportionnellement, plus nombreux celte année. 11 y a là une question grave à résoudre. C'est dans cette partie de la jeunesse que se recrutent

actuellement la plupart des auteurs d'assassinats, vols qualifiés et autres crimes.

Je transcris ci-dessous un état numérique, par âge et par sexe, des personnes écrouées au Dépôt au cours de Tannée 1880 :

De 14 ans et au-dessous 1.547 garç. 224 filles 1.771 enfants.

1 5 à 20 ans 10.783 h^cs 899 f^e» i \ .682 des deux sexes

81 ans et au-dessus 23 12 35 —

Soit 34.147 h«nes 5 180 fmes 39.307 des deux sexes

Sur ce nombre, figurent :

23.704 personnes nées en province, 12.724 nées à Paris, 2.899 nées à l'étranger.

Le vagabondage est l'inculpation dominante, principalement de 15 à 20 ans pour les hommes, et de 21 à 30 ans pour les femmes.

Viennent ensuite : le vol, de 15 à 20 ans pour les hommes; de 21 à 30 ans pour las femmes.

La mendicité, de 50 à 60 ans pour les deux sexes.

Les frais occasionnés par la multiplicité des opérations dont est chargé le service, soit par ordre de M. le Préfet de Police, soit par le Parquet, se montent à la somme totale de 66.998 fr. 90 c.

Ce sont les dépenses portées sur un bordereau dit Grand Etat de Bons,

Tous les acquits de ces sommes sont déposés aux archives de la Police municipale.

En ce qui concerne le Petit Etat :

Il a été alloué et payé, sur acquits, 3.065 fr. aux gendarmes et gardiens de prison pour arrestations sur flagrant délit et reconnaissance d'individus détenus sous faux noms.

Les dépenses, également sur acquits, occasionnées par les affaires criminelles nécessitant de longues et labo-

rieuses investigations se sont élevées à 5.629 fr. 40 c. Les sommes allouées aux indicateurs libres et détenus, ainsi qu'aux correspondants habitant l'Angleterre, la Belgique ou la Suisse, se chiffrant par 7.400 fr. Aucune pièce comptable ne peut être officiellement établie au sujet du paiement de cette dernière somme.

Malgré les résultats obtenus, j'estime que le Service de Sûreté, en raison de l'organisation qui lui a été donnée, laisse encore beaucoup à désirer.

Il y a là une étude à laquelle je me livre et dont je soumettrai ultérieurement les résultats à M. le Préfet de Police.

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