CHAPITRE IX
Question budgétaire relative au Service de Sûreté. — Primes
de capture.
Paris, le 7 juillet 1881.
Il existe au Service de Sûreté une caisse dans laquelle sont versées les primes d'arrestation de déserteurs et le montant des captures opérées en vertu de pièces judiciaires, ainsi que les sommes payées par les diverses administrations publiques qui ont des agents en permanence à leur disposition,
Le montant de cette masse générale est réparti trimestriellement entre tous les employés du service (le chef excepté) dans les proportions suivantes :
Le commis et les inspecteurs principaux ... 3 parts.
Les brigadiers 2
Les sous-brigadiers 1 1/2
Les inspecteurs 1
Quoique déjà très-ancien, ce mode de répartition a toujours soulevé des récriminations de la part des agents, qui le considèrent, non sans raison, comme une flagrante injustice, et il faut convenir que cet état de choses n'est pas précisément de nature à stimuler leur zèle dans la recherche et la capture des malfaiteurs.
Les agents ne voient souvent dans ce genre d'affaires que le côté positif de la question, et ils constatent qu'une capture leur coûte généralement, en soins, démarches et dépenses, beaucoup plus qu'elle ne leur rapporte en
profits. De là découle le peu (Inactivité dont quelques-uns font preuve en matière d'arrestation de malfaiteurs.
Mais ce n'est pas là le seul inconvénient du système actuel de répartition des primes.
La jalousie qui existe parmi les inspecteurs envers leurs supérieurs est alimentée et envenimée par cette question pécuniaire, irritante au premier chef.
Ce sont généralement les inspecteurs seuls qui opèrent les captures, et il est juste, selon moi, que seuls aussi ils soient appelés à bénéficier du montant des primes d'arrestation.
Dans un intérêt d'ordre moral et matériel, il y a donc là une réforme très-importante à opérer, ci elle n'est possible que par l'exclusion absolue des membres du cadre dans le partage des services payés.
L'adoption de cette mesure radicale produira certainement une excellente impression parmi le personnel et fera disparaître une des grandes causes de l'hostilité que la plupart des inspecteurs témoignent aux gradés.
Dans l'état actuel et en raison de la fusion de l'ancienne brigade des Mœurs, la portion de chaque agent se trouve réduite d'un tiers environ, ce qui porte préjudice aux intérêts de tous et plus particulièrement à ceux des nombreux pères de famille chez qui une diminution de bénéfices, si minime qu'elle soit, fait perdre l'équilibre au budget de la famille.
Les anciens agents de la Sûreté, voyant leur part diminuée parle fait de ladite annexion, se montrent hostiles à leurs collègues de l'ancienne brigade des Mœurs, et ceux-ci leur rendent la réciproque.
Cet état de choses est très-fâcheux pour le service en général, quia besoin d'une entente commune, et il est de toute nécessité d'y mettre uii terme.
La suppression des parts du cadre (70 environ) compenserait approximativement la diminution causée parla centralisation des deux services, ferait disparaître l'antagonisme actuel et supprimerait un des principaux griefs que les agents allèguent indistinctement contre tous les
gradés, auxquels ils attribuent lé rôle du lion de la fable
En proposant cette réforme, je n'ai nullement l'intention de priver les membres du cadre d'une partie de leurs bénéfices actuels, qu'ils ont acquis péniblement par un travail opiniâtre de plusieurs années et souvent au détriment de leur santé.
Comme leurs subordonnés, les gi'adés ont droit à toute la sollicitude et la bienveillance de l'Administration ; ils sont dignes du plus grand intérêt, et il serait souverainement injuste de les exclure du partage des primes sans leur donner une indemnité équivalente.
Il convient donc de rechercher par quels moyens et sur quels fonds il est possible de les indemniser.
Lors de la fusion du Service des Mœurs, le personnel de cette attribution touchait par trimestre une somme de 3.000 fr. comme indemnité des primes d'arrestation des filles, primes qui ont été supprimées par décision administrative.
Le Service des Mœurs ayant passé à la Sûreté, il est de toute justice que cette allocation le suive dans sa nouvelle attribution.
C'est à l'aide de cette somme que Ton pourrait accorder aux gradés une allocation proportionnelle aux pertes que leur ferait encourir leur exclusion de la participation aux services payés.
L'ancien cadre des Mœurs touchait trimestriellement les sommes suivantes :
L'inspecteur principal 100 fr.
Les brigadiers 90
Les sous-brigadiers 85
Le taux de cette répartition me paraît être le seul qui réponde aux exigences nouvelles de la situation et aux intérêts de tous. Néanmoins, en raison de leur nombre, et pour limiter le plus possible la dépense, je suis d'avis de réduire à 80 fr. l'allocation des sous-brigadiers.
Dans ces conditions, avec le cadre actuel de la Sûreté,
il s'en suivrait une dépense trimestrielle do 3.090 fr., ainsi répartie :
5 inspecteurs principaux et 1 commis à 100 fr. 600 fr.
9 brigadiers à 90 fr 810
21 sous-brigadiers à 80 fr... 1.680
Total 3.090 fr.
J'appelle avec instance toute l'attention et la bienveillante sollicitude de M. le Gbef de la Police municipale sur cette question, qui intéresse au plus haut point tant de modestes et dévoués serviteurs.