‹ La police parisienne: le service de la suretéChapitre 17 sur 53 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Du mode d'avancement pour les inspecteurs de Police et les gardiens

de la paix.

Paris, le 1" août 1881.

L'avancement des classes d'agents en bourgeois et gardiens de la paix est soumise à un roulement général, sans aucune distinction de service et de mérite.

Inspecteurs de la Sûreté, brigades de Recherches et gardiens de la paix sont pesés dans la môme balance administrative, bien que leurs attributions n'exigent pas précisément la même aptitude ni la même intelligence.

Aux mois de décembre et de juin de chaque année, les chefs de service sont invités par la Police municipale à dresser et fournir un état des employés entrés à l'Administration de telle date à telle autre, et c'est ainsi, en raison de l'ancienneté, que les augmentations ont lieu.

Ce mode de procéder pourrait être appelé « l'avancecomment par tranches ».

Je ne m'appesantirai pas sur les brigades de Recherches ni sur les gardiens de la paix, je ne m'occuperai que du Service de la Sûreté, qui, sur ce point, a subi la loi commune.

Pour moi, je considère l'avancement par tranches comme un vieux moule administratif dont l'usage présente plus d'inconvénients qu'on ne pourrait le supposer à première vue.

Son suprême titre de gloire est d'être injuste au premier chef, par cela même qu'aucune distinction n'est éta-

blie entre les employés intelligents, capables, valides et ceux qui ne le sont point.

Il serait très-logique qu'un inspecteur qui rend en un an plus de services qu'un de ses collègues en deux et même trois soit Tobjet d'une distinction, et soit promu à la classe supérieure avant ce même collègue.

Un homme qui sait ce qu'il vaut, et qui ne reçoit pas la juste récompense de son mérite, ne tarde pas à se décourager.

Journellement, j'ai l'occasion d'en faire l'expérience.

Les employés intelligents, capables et aptes à remplir les missions, quelquefois très-délicates, qui leur sont confiées font preuve de beaucoup de zèle pendant les premières années ; puis, voyant qu'ils ne sont pas mieux récompensés que ceux qui ne travaillent pas ou travaillent mal, ils se relâchent petit à petit, se découragent et parfois deviennent, de mauvais employés, grincheux, raisonneurs, indisciplinés, et même, à l'occasion, disposés à tourner contre l'Administration les facultés qu'ils pourraient bien employer à la servir si justice leur était rendue.

En décembre 1878, janvier et février 1879, un souffle de délation et d'indiscipline agitait le Service de Sûreté. Certes, les principaux meneurs d'une si honteuse campagne étaient des employés peu dignes d'intérêt; mais j'ai pu constater avec regret que parmi eux se trouvaient des employés de premier choix, que l'impossibilité de percer avait jetés dans le camp ennemi.

Que l'on ne s'y trompe point : nul ne travaille que pour la gloire, et chacun éprouve un sentiment de dépit quand la récompense ne couronne pas ses efforts.

Aux dernières promotions, des nullités absolues, ou des hommes n'ayant encore rendu aucun service à la Sûreté, ont été augmentés de traitement, tandis que d'autres très-méritants n'ont eu, malgré mon avis favorable, aucun avancement.

Un inspecteur passé de première classe est venu des gardiens de la paix le 16 mai 1880. Médiocre au point de

vue de l'intelligence, il ne connaît en outre absolument rien au Service de la Sûreté ; mais cela ne Ta pas empêché de prendre la place d'un de ses collègues ayant débuté à la Sûreté et y comptant de bons services.

Un autre, également ancien gardien de la paix, venu à la Sûreté le 1" juillet 1880, demeurant — contrairement au règlement — hors Paris, au Grand-Montrouge, est passé, seul, de 1.500 à 1.600 fr.

Les agents de valeur, témoins d'une pareille justice distributive, se découragent, et, quand ils en trouvent l'occasion, quittent avec empressement le Service, certains de pouvoir utiliser plus fructueusement leurs aptitudes dans le commerce et l'industrie.

C'est au système d'avancement par ancienneté que le service doit quelques gradés aussi incapables de commander que d'obéir.

Les malfaiteurs perfectionnent leurs procédés d'opération avec beaucoup de succès : l'Administration doit au moins faire son possible pour avoir un personnel capable de lutter avec eux.

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