ET DU DEMI-MONDE
Il est incontesta'ble que, comme dans les classes inférieures, les souteneurs pullulent dans la haute société, la bourgeoisie et le demi-monde.
Bon nombre de gens posés, titrés et mariés, dont (souvent par Tinconduite du mari) les ressources pécuniaires ne sont plus ep proportion avec les besoins et les habitudes de luxe de la famille, n'hésitent pas à avoir recours à la prostitution vénale.
La femme y est amenée insensiblement par ses goûts de coquetterie, qu'elle ne peut plus satisfaire à sa guise, et le mari, certain d'y trouver soh compte, ferme les yeux ou feint d'ignorer ce qui se passe.
Au fond, tous deux sont d'accord ; à demi-mots ils se sont compris, et jamais un nuage ne s'élève entre eux à ce sujet.
Quelquefois, le mari pousse la complaisance jusqu'à choisir lui-même et présenter à sa femme, comme des amis, les gens riches et amateurs d'aventures qu'il espère faire tomber dans les filets de sa peu chaste moitié.
Les présentations faites, il sait se retirer en temps opportun, sous le premier prétexte venu, et sa femme se charge du reste.
Au point de vue moral et de famille, il y a là certainement un fait honteux et révoltant; niais comme il est matériellement impossible de réprimer cet état de choses, qui, en réalité, ne porte aucun préjudice matériel à la société en général, nous n'insisterons pas sur cette catégorie de souteneurs, dont nous ne parlons ici que pour mémoire.
Ce qui se passe pour le grand monde et la bourgeoisie se produit avec plus d'intensité et de cynisme dans le demi-monde, principalement parmi les gens de théâtre.
Qui ne connaît la spéculation éhontée à laquelle se livre sur sa femme un nommé X..., mari d'une actrice en renom. Il aime pourtant sa femme, dit-on; mais il aime et adore par dessus tout l'or et les billets de la Banque de France.
On n'a pas oublié non plus la mésaventure de M^^® Y..., artiste dramatique, à qui un nommé Z... a escroqué, à l'aide de faux, une somme de 200.000 fr., laquelle somme il a dissipée en partie avec elle. Plus tard, M^^® Y... a été fort étonnée d'apprendre qu'elle avait aidé à gaspiller ses propres éconnomies.
Toutes les femmes galantes en renom ont leurs souteneurs ; ceux-ci sont quelquefois des hommes du monde ou déjeunes débauchés, viveurs et joueurs effrénés, qui, après avoir gaspillé leur patrimoine avec les femmes de débauche, se font les cornacs de celles-ci, leurs pourvoyeurs et protecteurs en titre, afin de vivre à leurs dépens.
C'est parmi les souteneurs de ce genre que se recrute la multitude de grecs qui sont la terreur des tripots et des cercles, oîi viennent se faire « plumer » les naïfs et les étrangers peu au courant des agissements de ce monde interlope.
La plupart des souteneurs de cette catégorie sont des fruits secs dont les premiers exploits ont commencé dans les brasseries du quartier Latin.
Comme le reste de Paris, le quartier Latin est, aujourd'hui, infecté par les souteneurs, généralement d'anciens étudiants qui, n'ayant pu obtenir leurs diplômes, restent dans ces parages et y vivent aux dépens des filles.
Enhardis par l'impunité dont ils jouissent, ils ont pris un tel empire dans le quartier qu'on les a vus, il y a quelques mois, envahir le bal Bullier et chercher d'en chasser, par la force, les étudiants qui viennent s'y distraire. Il est bon d'ajouter que ceux-ci se sont fait justice eux-mêmes sans beaucoup de formalités.