‹ La police parisienne: le service de la suretéChapitre 3 sur 53 · A MONSIEUR ENGELHARD · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ENGELHARD

» Avocat à la Cour y docteur en Droit j ancien Bâtonnier de Vordre des Avocats, à Strasbourg.

» Monsieur,

» Je viens de lire à l'instant, dans les journaux auxquels vous l'avez envoyé, le Mémoire que vous adressez à M. le Président de la République, au sujet de l'extradition d'Hartmann.

» C'est avec une grande surprise que j'y ai trouvé des faits qui me sont attribués et contre lesquels il est de mon devoir de protester énergiquement.

» Vous avez été indignement trompé par votre client, qui, comme le font. chaque jour les accusés, inventent les calomnies les plus odieuses et souvent les plus absurdes dans l'intérêt de leur défense.

» Je n'ai exercé aucune pression sur Hartmann pour en obtenir des déclarations ou des aveux.

» Je ne lui ait fait aucune promesse ; c'eût été de ma part un acte honteux et indigne d'un honufete liomm^.

» J'ai recueilli ses réponses avec l'exactitude la plus scrupuleuse.

» L'interrogatoire quej'ai reçu l'ordre de lui faire subir s'est passé en présence de mon secrétaire et d'un interprète, par l'intermédiaire duquel j'ai toujours communiqué avec Hartmann. Ces messieurs seront fort étonnés lorsqu'ils liront l'accusation portée contre moi.

» J'ai toujours rempli mes délicates fonctions avec une loyauté qui, je l'espère, ne sera contestée par personne, si ce n'est par ceux qui ont intérêt à le faire.

» Je sais à quelles calomnies mes difficiles fonctions m'exposent. Je fais mon devoir et je le ferai toujours, sans me préoccuper plus qu'il ne convient des indignités qu'on peut essayer contre moi.

» Recevez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération,

» Le Commissaire de Police, Chef du Seroice de Sûreté,

)} G. Macé.

» Paru. — Imp. Balitouf, Questroy et C*> 7> rue Baillif. »

C'est à dessein que je mentionne le nom et l'adresse de l'imprimeur, et voici pourquoi :

Dans sa séance du d3 mars 1880, la majorité du Conseil municipal — toujours aimable pour les fonctionnaires de la Préfecture de Police — adoptait, sur la proposition de deux dé ses membres, MM. Delabrousse et Roche, une proposition supprimant une gratification de 600 fr, qui m'était due depuis trois mois.

Je ne dirai rien de M. Roche, qui n'a fait que s'associer à son collègue pour présenter l'amendement en question ; mais, pour vouloir être agréable à M. Engelhard, son ancien préfet de Maine-et-Loire (où lui-même était

secrétaire général à la suite du 4 septembre), M. Delabrousse a fait preuve, dans cette séance, d'une grande ignorance administrative !

« M. Delabrousse. — Dans le courant de Tannée 1879, » j'ai déposé un amendement qui a été discuté par la » commission du budget, mais n'a pas été entièrement » examiné, parce que le budget de la Préfecture de Police » est venu tout à la fin de Tannée. J'insiste aujourd'hui » avec M. Georges Martin pour qiie l'administration » étudie avec la commission l'établissement de gratifica- » tions fixes, car il est fâcheux que nous ayons à statuer » tous les trois mois sur des demandes de crédit faites » indistinctement en faveur de petits et de hauts i) employés. »

Rien de mal jusque-là; mais lisez le reste et vous serez édifiés. C'est toujours M. Delabrousse qui parle :

« Je passe à un autre ordre d'idées. La demande de » crédit pour les agents supérieurs de la police munici- » pale est plus élevée ce trimestre-ci que les trimestres » précédents et atteint 31.600 francs. Je dépose un » amendement pour que cette somme soit réduite de » 600 (!). Cet amendement vise un des employés de la ». Préfecture de Police, celui auquel on a reproché der- » nièrement une violation de domicile (toujours Taffairc » Hartmann). J'insiste pour que la gratification lui soit » refusée, car il a adressé à un de nos collègues une » lettre discourtoise publiée dans les journaux et de plus » -répandue dans Paris sous forme de feuilles volantes. — » Je ne sais pas sur quels fonds a été payée l'impression » de cette lettre »

Ce qui, dans la pensée de l'orateur, signifiait : « Elle a » dû être payée par les fonds secrets de la Préfecture de » Police, »

M. Delabrousse, qui se délecte toujours quand il parle de la Préfecture de Police, n'aurait pas dû ignorer que, depuis t^SiS, la gratification au Chef de la Sûreté est un supplément de traitement inhérent à l'emploi, et par conséquent un droit acquis.

Il aurait dû savoir également qu'agissant, dans Taffairo Hartmann en vertu d'un mandat régulier, je n'avais commis aucune violation de domicile.

Il a qualifié de discourtoise ma lettre à son ancien chef, M. Engelhard: elle aurait pu l'être, après l'imputation calomnieuse dont j'avais été l'objet; mais, ma situation m' empêchant de donner libre cours à mon indignation, je me suis servi de termes qui n'avaient rien de « discourtois », comme vous avez pu en juger.

Quant aux fonds qui ont servi à en payer l'impression, on peut être édifié sur leur provenance en s'adressant à l'imprimerie Balitout, Questroy et C% rue Baillif, 7.

On saura là que la déclaration d'impression a été faite régulièrement au ministère de l'intérieur à mon nom; que le tirage a été de 1.000 exemplaires et que le paiement... Mais je tiens à en laisser la surprise aux curieux, et particulièrement à M. Delabrousse, s'il veut se renseigner.

Tristes délégués du peuple ceux qui , par passion aveugle, par ambition coupable, par amour de la popularité, se livrent sans relâche à de basses et injustes attaques, avec l'espoir de flatter ainsi leurs électeurs. Œuvre misérable et quelquefois dangereuse, même pour son auteur. On en a vu récemment l'exemple : l'un des plus actifs, des plus acharnés, le moins scrupuleux des- détracteurs de la Préfecture de Police a subi un bien piteux échec électoral, lorsqu'il se croyait, plus que jamais, le favori du suffrage universel.

Après la mémorable séance du Conseil municipal dans

laquelle M. Delabrousse a brillé... par «on ignorance, j*ai reçu de la population parisienne de nombreux témoignages de confiance et de sympathie.

Plusieurs commerçants, indignés de la conduite du Conseil municipal à mon égard, m'écrivaient qu'ils étaient tout disposés à mettre à ma disposition, non pas la misérable somme de 600 fr. qui m'était supprimée, bien que légalement due, mais tous les fonds nécessaires au fonctionnement de mon service.

Ah ! messieurs Delabrousse, Roche et tutti quanti^ vous n'auriez pas été flattés si vous aviez pu lire les appréciations peu bienveillantes de ces honnêtes industriels, outrés de vos procédés ?

J'étais autorisé à publier leurs lettres : je n'ai pas cru devoir le faire, comme je ne crois pas devoir dire tout ce que je sais, malgré mes moments de révolte et l'envie que j'en ai.

J'aurai cependant quelque chose à dire à M. Yves Guyot, mais sa place n'est pas ici.

J'ai également contracté une dette envers M. Benjamin Raspail. Aussi ignorant que quelques-uns de ses collègues, ne s'écriait-il pas, dans un de ses rares mouvements oratoires, à la séance du Conseil général, le 25 novembre 1879:

« M. Macé est une créature de l'Empire I »

Et un de ses collègues ripostait :

« C'est un bonapartiste dangereux ! »

Et un troisième d'ajouter :

« Dites bonapartiste clérical!! »

Peu m'importait, au fond, l'opinion que pouvait m'attribuer ce trio ; mais, pour des raisons particulières, je crus devoir protester contre les assertions de M. Benjamin Raspail, et je soumis à M. Andrieux la lettre suivante :

18 LA l'OLICE PARISIENNE

« Paris, le 26 novembre 1879.

» A Monsieur Benjamin RaspaiL

» Monsieur le Conseiller général,

» Dans Tintérêt de la vérité, il me paraît nécessaire de vous faire connaître que je ne suis pas, comme vous l'avez prétendu hier à la séance du Conseil général, une créature de tEmpii^e. Indépendant j'ai été, indépendant je suis, indépendant je resterai.

» Pour le passé, vous n'avez qu'à prendre connaissance du n° 9 de la brochure la LanteimCy rédigée en entier par M. Rochefort, et vous y trouverez, aux pages 10 et 11, la phrase suivante :

« J'ajouterai que le rapport de M. Macé étant l'œuvre d'un magistrat impartial, honnête et droit, j'éprouve des craintes sérieuses pour son avancement. »

« Il s'agissait alors d'une affaire d'étudiant qui eut un certain retentissement (juin 1868).

» Si vous prenez la peine de lire la Gazette des Tribunaux de l'époque, vous y trouverez le procès de l'étudiant Budin, défendu par M® Durier, qui a prononcé à l'audience les paroles suivantes :

» Enûn, il s'est trouvé un honorable Commissaire de » Police qui n*a pas craint de dire la vérité.

» Veuillez agréer, etc. »

Je ne sais quel usage M. Andrieux fit de cette lettre.

Ma conduite dans l'affaire Budin avait failli m*occasionner, en effet, des désagréments sérieux près de l'Administration.

Le 25 juillet 1868, M. Pietri, alors Préfet de Police, me fit mander d'urgence à son cabinet, et il me mit sous les

yeux le numéro 9 de la Lanterne; puis, à la page 8, il lut ceci:

« Vous n'êtes pas sans avoir entendu parler du jeune » étudiant nommé Budin qui, ayant été assommé par » plusieurs sergents-de-ville, qui l'ont couché pendant » huit jours sur un lit d^hôpital, va passer en police cor- » rectionnelle.

» Si les sergents-de-ville Tavaient tué tout à fait, il )) passait probablement en Cour d'assises.

» Des renseignements sur la conduite du délinquant » ont été demandés au Commissaire de Police du quar- » tier, et voici la réponse qu'un hasard a fait tomber » entre mes mains et que je me hâte de publier, afin » que la France sache définitivement à quoi s'en tenir » sur les déplorables antécédents du coupable que la » justice poursuit en ce moment :

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