‹ La police sous Louis XIVChapitre 21 sur 51 · D'ARGENSON AUX AFFAIRES · texte numérisé non relu

D'ARGENSON AUX AFFAIRES

fut successivement soldat, conseiller au parlement de Paris, intendant d’armée et administrateur de la Catalogne, un moment française. Devenu veuf, il avait embrassé l’état ecclésiastique, quand, en 1651 , le cardinal Mazarin réclama de nouveau ses services et le nomma ambassadeur extraordinaire à Venise. D’.\rgenson accepta à deux conditions : il ne serait ambassadeur que pendant un an, et, à l’expiration de ce temps, son fils le remplacerait. La mort l’ayant frappé avant cette époque, il eut en effet pour successeur, comme on le lui avait promis, son fils, alors âgé de vingt-sept ans. Misanthrope par nature, déclamant sans cesse contre les vices des grands, doué des qualités qui conviennent le moins à un ambassadeur, celui-ci trouva le moyen d’indisposer contre lui Mazarin, Colbert, Louis XIV, et, après cinq ans de services, il fut remercié. 11 se retira dans ses terres au fond du Poitou, essaya, par une sage économie, de rétablir sa fortune lort compromise, et composa un nombre prodigieux d’ouvrages de dévotion, tant en prose qu’en vers. Il lui était né, le i novembre 1652, pendant son ambassade à Venise, un fils qui eut pour parrain le prince de Soubise, et pour marraine la Sérénissime République. C’est ce fils, créé gracieusement chevalier de Saint- Marc, le jour môme de son baptême, qui fut destiné à faire souche de ministres et à donner au nom de sa famille un relief particulier.

Il n’y avait pourtant guère d’apparence, après la disgrâce de son père, que le jeune Marc-René d’Argenson occuperait un jour les premiers postes de l’État. Élevé à Paris, mais forcé par des convenances de famille d’entrer dans la magistrature, au lieu de suivre la carrière des armes, comme il en aurait eu le désir.

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U était rentré dans sa province et y avait acheté, en 1679, la charge de lieutenant général au bailliage d’Angoulêiue. (l’est tout ce que sa famille avait pu faire pour lui, grâce même aux ressources réunies de plusieurs parents; et comme la position était d’ailleurs honorable, l’ambition du nouveau magistrat s’était sans doute bornée lâ. On sait le rôle que jouaient, sous l’ancienne monarchie, les tribunaux chargés de tenir ce que l’on avait, par une métaphore significative, appelé les Grands Jours. Des conseillers d’État, des magistrats d’un ordre supérieur, parcouraient les provinces, et, dans des assises aussi impatiemment attendues des uns (jue redoutées des autres, présidaient, au-dessus des haines, des rancunes et surtout des faiblesses locales, au jugement des affaires qui leur étaient déférées ou qu’ils croyaient devoir évoquer. Les Grands Jours d’Auvergne en 1663 sont devenus célèbres. Il y en eut aussi en 1692 à Poitiers, et d’Argenson y figura. Un conseiller d’État très-estimé, M. de Caumartiu, celui dont l’abbé Fléchier, à qui nous devons une si piquante relation des Grands Jours de Clermont, avait dirigé l'éducation, faisait partie du tribunal extraordinaire. Il fut frappé du talent de d’Argenson et le pressa d'aller tenter fortune à Paris. Celuici , qui se sentai t bien à l’étroit au bailliage d’ .Vngoulême, et qui avait eu déjà quelques difficultés avec sa compagnie, parce qu’il accordait volontiers les procès pour épargner les épices aux plaideurs, se défit de sa charge et prit la route de la capitale. Il y retrouva, dans les mêmes dispo.sitions bienveillantes, M. de Caumartin, dont bientôt après il épousti la sœur, et qui était luimême allié à Pontchartrain, alors contrôleur général des finances. C’étaient des appuis tout naturels, et il

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en prolita. Les charges de maître des requêtes étaient, comme au début de La Reynie, le marchepied indispensable de tous les grands emplois. D’.Argenson obtint d’abord la permission très-recherchée d'en acheter une. Puis, trois ans après, en 1697, quand La Reynie se retira, l’ancien lieutenant général au bailliage d’Angoulême fut, grâce à son mérite et sans doute aussi au crédit de ses protecteurs, jugé digne de lui succéder.

Le duc de Saint-Simon, qui l’a beaucoup comni, et qui, sous la régence, a été aux affaires avec lui, l’a peint en pied de sa main la plus habile et avec ses plus vives couleurs. On dirait un de ces portraits qui, vus dans le demi-jour des longues galeries, fascinent celui qui les regarde, le suivent des yeux et semblent en quelque sorte vouloir sortir de leur cadre. « .Avec une figure effrayante, dit-il, qui retraçait celle des trois juges des enfers, il s’égayait de tout avec supériorité d’esprit, et avait mis un tel ordre dans cette innombrable multitude de Paris, qu’il n’y avait nul habitant dont, jour par jour, il ne sût la conduite et les habitudes, avec un discernement exquis pour appesantir ou alléger sa main à chaque affaire qui se présentait, penchant toujours aux partis les plus doux, avec l’art de faire trembler les plus innocents devant lui. Courageux, haidi, audacieux dans les émeutes, et par là maître du peuple...» Nous contrôlerons tout à l’heure ce portrait parla correspondance de d’Argenson ; mais il importait de noter en commençant le prestige qu’il exerça sur ses contemporains. Dans un éloge que lit de lui Fontenelle,son confrère à l'Académie des sciences, le tableau suivant des obligations du lieutenant général de la police parisienne fut jus-

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