D ARGENSON AUX AFFAIRES
transporter leur industrie à l’étranger. Suivant sur ce point les errements de Colbert, Pontchartrain ordonna à d’Argenson de faire mettre à la Bastille un marchand de Paris qui se proposait d’aller établir une manufacture de chapeaux à Turin. L’esprit de réglementation, cette grande erreur des gouvernements despotiques, s’était de tout temps obstiné à la répression du luxe. Sans cesse renouvelées, toujours transgressées, inexécutables au fond, les ordonnances qui avaient pour objet de régler la dépense des vêtements, de la table, des meubles et des carrosses, d’après la condition des personnes, figuraient dans les attributions du lieutenant général de police, et ce n’était pas celles qui lui causaient le moins d’embarras. En 1703, deux financiers, les sieui-s Crozat et Thévenin, commirent la faute grave, à ce qu’il paraît, de faire dorer leurs carrosses et les galeries de leurs hôtels. A qui cela pouvait-il nuire? Quoi qu’il en soit, Louis XIV l’ayant su, le chancelier eut l’ordre d’écrire à d’Argenson pour l’inviter formellement à réprimer par toute sorte de moyens les excès du luxe chez les particuliers. Se rendant mieux compte que le ministre de la difficulté de faire exécuter ces absurdes règlements, d’Argenson crut devoir représenter timidement qu’il serait peutêtre dangereux de poursuivre les traitants qui auraient fait dorer quelques salons de leurs maisons de ville ou de campagne, parce que cela pourrolt porter atteinte à leur crédit; mais le chancelier répondit que cette considération ne lui paraissait pas fondée ; qu’on pourrait d’ailleurs poursuivre les ouvriers doreurs euxmêmes, et qu’en définitive, un traitant qui serait condamné à trois cents livres d’amende et à faire effacer sa dorure, ne serait pas discrédité pour cela. « Au