‹ La police sous Louis XIVChapitre 28 sur 51 · LA FIN UU KKC.NE · texte numérisé non relu

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dit dev ant tout le monde, avec intention : u Pour vous, je sais que vous m’aimez ; je prie monsieur votre fils de m'aimer aussi'.» Quoi qu’il en soit, d’Argenson prit possession de ses nouvelles fonctions. Doué d’une activité dévorante et d’une rare facilité, habitué aux grandes affaires, et, bien loin d’avoir jamais laissé amoindrir ses attributions , ayant, au contraire , de tout temps empiété sur les ministres, il lui fut difficile de se résigner à n’être , coinine le régent et Law l’avaient espéré, qu’un semblant de président du conseil des finances, un prête-nom. Il prit donc son rôle très au sérieux. Il veillait des nuits entières , dictait, disait-on, à quatre secrétaires à la fuis, et il lui arrivait souvent de lire des dépêches et même de travailler dans son carrosse, le soir, à la lumière, ce dont le public ne manqua pas de se moquer. Par malheur , d’.\rgeiisüii ne s’était jamais occupé de questions de finances. Transplanté sur un terrain si nouveau, il n’eut sans doute ni assez de confiance en lui-même, ni l’autorité nécessaire |)our démasquer les prestidigitations de Law. Il provoqua, en outre , ou pour le moins laissa rendre , vers la fin du mois de mai 1718, un arrêt de refonte des monnaies qui, tout en paraissant favorable au public, était, en réalité, des plus désastreux. Cet arrêt malencontreux, qui excita les plaintes les plus vives et donna lieu à de justes remontrances de la part des parlements, a été attribué tour à tour à Law et à d’Argenson. Quel qu’en soit l’auteur, il est constaté, par un des fils de d’.Argenson, que celui-ci écrivit à ce propos des lettres circulaires aux intendants, et ne s’en rapporta, pour

‘ Journal historique, etc., u I, p. I3.

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le secret des préparatifs, qu’à ses deux fils, à l’exclusion absolue de ses commis

P’Argenson finit cependant par s’apercevoir que le système financier de Law menait aux abîmes. A partir de ce moment, il n’eut plus d’autre pensée que d’atténuer les suites de la folle expérience que l’aventureux Écossais était venu tenter en France , et à laquelle le régent s’était prêté plus follement encore. Sur ces entrefaites, d’autres préoccupations vinrent absorber le gouvernement. Les dangers que le duc de Saint-Simon avait, dit-il, fait pressentir à d’Argenson à l’époque de son entrée au ministère, étaient sur le point d’éclater. Fondées en principe, les remontrances du parlement au sujet de la refonte des monnaies échauffaient les esprits. Il avait sollicité la chambre des comptes et la cour des aides de faire cause commune avec lui ; elles refusèrent, mais tout en protestant isolément. Le 20 juin 1718, il prescrivit le renouvellement des remontrances, et suspendit, jusqu’à ce qu’il eût plu au roi d’y faire droit, l’exécution de l’édit de refonte. Usurpant , avec une audace que la situation semblait justifier, le rôle du gouvernement, il rendit, le 12 août suivant, un arrêt qui réduisait la banque à sa première institution, défendait aux directeurs et employés de garder aucuns deniers royaux , d’en faire aucun usage pour le compte de la banque, et de les convertir en billets. Le vertige était devenu général. « Après ce coup d’essai , dit Saint-Simon , il n’y avoit plus qu’un pas à faire pour que le parlement devint en effet, comme de prétention folle, le tuteur du roi et le maître du royaume , et le régent plus en

' Journal el mémdires du marquis (TArgenson, 1. 1, |>. Tl.

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sa tutelle que le roi , et peut-être aussi exposé que le roi Charles l'f d’Angleterre. Messieurs du parlement ne s’y prenoient pas plus foiblenient que le parlement d’Angleterre fit au commencement ; et, quoique simple cour de justice, bornée dans un ressort, comme les autres cours du royaume, à juger les procès entre particuliers , à force de vent et de jouer sur le mot de parlement , ils ne se croyoient pas moins que le parlement d’Angleterre, qui est l’assemblée législative et représentante de toute la nation. »

Il faut , pour juger la portée de ces actes, se reporter à l’époque où ils se passaient, et se rappeler les dangers qui menaçaient le régent. Un des fils de d’Argenson a caractérisé la situation avec des couleurs un peu sombres peut-être, pour rehausser les services de son père, mais en s’appuyant sur des faits incontestés. Suivant lui, une révolution était imminente. Le régent était trahi par ses propres ministres, et le cardinal Alberoni avait dit, dans une letü e interceptée, qu’il n’y avait plus qu’à mettre le feu aux mines. L’opiniâtreté des parlements, l’agitation des protestants du Poitou, les troubles de Bretagne, la conspiration de Cellamare dans laquelle étaient impliquées nombre de personnes de Paris , et dont les fils étaient ourdis à l’hôtel du Maine , les querelles entre les princes du sang et les légitimés, entre la noblesse et les ducs et pairs, entre les jansénistes et les molinistes, toutes ces causes de discorde fomentées par l’argent de l’Espagne rendaient la situation des plus périlleuses, « N’est-ce rien, ajoute le marquis d’Argenson , que d’avoir sauvé au royaume cet affreux tumulte et les guerres civiles qu’il eût fallu certainement essuyer avec un prince

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du courage de M. le duc d’Orléans, avant de le terrasser'? »

Le fameux lit de justice qui fut tenu aux Tuileries dans la matinée du 26 août 1718, dissipa heureusement , sans crise ni violence , tous ces dangers. Plein de hardiesse et d’énergie dans les situations bien engagées et quand il n’était plus possible de reculer, le régent avait hésité longtemps à prendre ce parti extrême. Le duc de Bourbon, l’abbé Dubois, Law, d’Argenson et Saint-Simon le décidèrent. Il faut voir, dans les Mémoires de ce dernier, les détails de cette niatitinée célèbre et le rôle qu’y joua d’Argenson , sur qui pesait, en sa qualité de garde des sceaux, la principale responsabilité, et qui avait contre lui les princes légitimés, les maréchaux de Villars, de Villeroy, de Tallard, de Besons, d’Uxelles, d’Estrées, les ducs de Noailles, d’Antin, de Guiche, Effiat, Torcy et tant d’autres. « Le garde des sceaux , dit Saint-Simon dans la description des préliminaires de la séance, étoit grave, pensif, paroissant avoir trop de choses dans la tête ; aussi en avoit-il beaucoup à faire pour un coup d’essai. Néanmoins il se déploya, avec son sac, en homme bien net, bien ferme, bien décidé. »

Le lit de justice avait un double but : retirer aux bâtards légitimés le rang de princes du sang que, par un excès de pouvoir inouï et une violation injustifiable de la plus respectable des lois sociales, Louis XIV leur avait assigné ; faire casser, par le roi en personne, les remontrances et arrêts du parlement concernant la refonte des monnaies et les finances, et lui intimer l’ordre d’exécuter tous les édits du royaume huit jours

< Journal et niémoiret du marquis (TArgenson, 1. 1, p. 39.

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après que les remontrances auraient été faites , si le roi n’avait pas jugé à propos d’y obtempérer. Sur le premier point, tous les membres du conseil de régence furent successivement appelés à donner leur avis. U Le garde des sceaux , ^t Saint-Simon , parla peu , dignement , en bons termes , mais comme un chien qui court sur de la braise , et conclut à l’enregistrement. » 11 consacra à l’autre question deux discours. Le premier président de Mesmes voulut répondre par une nouvelle remontrance; « mais, ajoute le plus vaniteux de tous les ducs avec une extravagance comique, le scélérat trembloit en la prononçant. Sa voix entrecoupée, la contrainte de ses yeux , le saisissement et le trouble visibles de toute sa personne démentoient le reste de venin dont il ne put refuser la libation à lui-même et à sa compagnie. Ce fut là où je savourai , avec toutes les délices qu’on ne peut exprimer, le spectacle de ces fiers légistes (qui osent nous refuser le salut) prosternés à genoux et rendant à nos pieds un hommage au trône, nous, étant assis et couverts sur les hauts sièges et aux côtés mêmes du trône. Ces situations et ces postures, si grandement disproportionnées, plaident seules, avec tout le perçant de l’évidence, la cause de ceux qui , véritablement et d’effet, sont latérales regis contre ce vas electum du tiers état. Mes yeux , fichés , collés sur ces bourgeois superbes, parcouroient tout ce grand banc à genoux ou debout, et les amples replis de ces fourrures ondoyantes à chaque génuflexion longue et redoublée, qui ne iinissoit que sur le commandement du roi , par la bouche du garde des sceaux , vil petit-gris qui voudroit contrefaire l’ hermine en peinture, et ces têtes découvertes et humiliées à la hauteur de nos pieds. »

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