‹ La police sous Louis XIVChapitre 29 sur 51 · I.A FIN DU Rf;üNE · texte numérisé non relu

I.A FIN DU Rf;üNE

Les remontrances du premier président terminées, le garde des sceaux prit les ordres de Louis XV (alors âgé de sept ans) , revint à sa place, et prononça ces paroles : Le roi veut être obéi et obéi sur-le-champ. Là-dessus, on enregistra les édits. « Pendant l’enregistrement, continue Saint-Simon, je promenois mes yeux doucement de toutes parts, et si je les contraignis avec constance, je ne pus résister à la tentation de m’en dédommager sur le premier président : je l’accablai donc à cent reprises, dans la séance, de mes regards assénés et prolongés avec persévérance. L’insulte, le mépris, le dédain, le triomphe, lui furent lancés de mes yeux jusqu’en ses moelles ; souvent il baissoit la vue quand il atlrapoit mes regards. Une fois ou deux, il fixa les siens sur moi, et je me plus à l’outrager par des sourires dérobés, mais noirs, qui achevèrent de le confondre, .le me baignois dans sa rage, et je me délectois à le lui faire sentir. »

Ainsi, la comédie se mêlait par un coin, comme cela arrive souvent dans les choses humaines, aux affaires les plus sérieuses, et celui qui a peint les hommes de son temps dans une galerie de portraits admirables où circule le sang, où la vie palpite, a tracé de lui-même, sans le .savoir, à l’occasion du lit de justice du 26 août 1718 et du juste abaissement des légitimés, une image expre.ssive, parlante, et il faut bien le dire aussi, d’un ridicule achevé.

Le succès de ce lit de justice, la manière facile et secrète, expéditive et victorieuse, dont l’affaire avait été conduite , l’absence complète de résistance , enfin, le calme qui suivit, donnèrent à d’Argenson une grande importance. Fatigué de n’être que le prêtenom de Tjaw. il résolut de le renverser, soit pour

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avoir l’honneur d’administrer les finances en chef, soit dans le but louable d’épargner à la France les catastrophes qu’il entrevoyait dans l’avenir, si le système était poussé à ses dernières conséquences. Les frères Paris, déjà riches et célèbres, proposèrent à d’Argenson un plan qui était la contre-partie de celui de Law, et qui, relativement à l’imperfection des méthodes financières du temps, présentait de grands avantages sur celui de leur concurrent. Il s’agissait d’affermer à une compagnie constituée sur un capital de 100 millions payables en billets d’État, l’exploitation de la plus grande partie des revenus publics, de ceux qu’on a nommés depuis revenus indirects. Cette combinaison, qui présentait un double avantage, en raison de ce quelle diminuait de 100 millions la dette exigible de l’État et procurait une augmentation de revenus de 12 millions, fut approuvée, grâce au crédit de d’Argenson, et reçut même un commencement d’exécution. Mais Law, dont elle contrecarrait les projets, ne voulut pas souffrir autel contre autel. « Il tenoit, comme dit Saint-Simon, par son papier, un robinet de finances qu’il laissoit couler à propos sur qui le pouvoit soutenir. M. le duc, madame la duchesse, Lassay, madame de Verrue, y avoient puisé force millions, et en tiroient encore. L’abbé Dubois y en prenoit à discrétion. C’étoient de grands appuis, outre le goût de M. le duc d’Orléans qui ne s’en pouvoit déprendre. En outre, les audiences du garde des sceaux, plus de nuit que de jour, désespéroient ceux qui travailloient sous lui, et ceux qui y avoient affaire. » .Avec son coup d'œil ordinaire, d’.Argenson comprit bientôt qu’il n’était pas en position de se maintenir contre le courant qui l’entraînait. Pour sauver

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les sceaux, auxquels était attaché un traitement de 200,000 livres , il proposa de se démettre de ses fonctions de président du conseil des finances. On lui en sut d’autant plus de gré qu’il épargnait l’ennui de l’y contraindre un peu plus tard. Le régent donna huit jours à Law pour se convertir à la religion catholique, puis il le nomma contrôleur général.

Au point de vue de l’habileté et du profit matériel, la résignation de d’Argenson avait été un coup de maître. Les contemporains remarquèrent, en effet, qu’il ne quitta pas la présidence du conseil des finances sans compensation. Déjà, il avait fait un de ses frères archevêque de Bordeaux. De ses deux fils, l’alné, âgé de vingt-quatre ans, fut nommé conseiller d’État, chancelier de l’ordre de Saint-Louis et intendant à Valenciennes, où, un peu plus tard, il arrêta Law vingt -quatre heures, alors qu’il fuyait Paris et la France sous le coup de l’indignation universelle. Le second fut fait lieutenant général de police de Paris, avec promesse de la première place vacante au conseil d’État. « On n’avoit jamais ouï parler, dit Saint-Simon, à l’occasion de ces nominations, d’un conseiller d’État et intendant de Hainaut de vingtquatre ans et d’un lieutenant de police encore plus jeune. » Cependant le sacrifice qu’avait fait d’Argenson en se démettant de la présidence des finances ne fut pas longtemps jugé suffisant. A mesure que les résultats du système se montraient sous un jour plus douteux, le gouvernement éprouvait le besoin de se concilier l’opinion, d’autant plus susceptible quelle prévoyait une crise où la plupart des fortunes du royaume pouvaient se trouver engagées. Un homme entre tous jouissait alors d’une popularité que la po.s-

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térité a consacrée ; c'était l’ancien chancelier d’Aguesseau, celui-là même que d’Argenson avait, en entrant dans le ministère, remplacé comme garde des sceaux. On l’avsdt disgracié parce qu’on ne comptait pas assez sur lui pour le lit de justice. ,\u mois de juin, il fut rappelé pour calmer, dans l’occasion, par l'autorité de son nom et de son caractère, les orages qui se formaient à l’horizon, et c’est Law qui se rendit à Fresnes pour le ramener à Paris.

Le gouvernement, il importe de le rappeler, avait rendu, le 21 mai précédent, un édit qui, tout en ramenant de 100 livres à 30 la valeur du marc d’argent, réduisait de près de moitié la valeur des actions de la compagnie et des billets de la banque. Cet arrêt avait jeté l’épouvante dans Paris et les provinces, et à tort ou à raison (ce point n’a jamais été éclairci), on l’attribua à d’Argenson. Il avait été décrété en outre qu’on ne rembourserait en espèces, pendant quelque temps, que des billets de 10 livres, et depuis ce moment, la foule encombrait les avenues de la banque où de graves désordres avaient lieu fréquemment. Il fallait une victime aux capitalistes, aux spéculateurs, c’est-à-dire à la France entière. Comme le régent conservait ses illusions et croyait encore à l’alchimie sociale de Law, d’Argenson fut sacrifié. Suivant l’avocat Barbier, « tout le monde se réjouit fort de cette nouvelle, à cause de l’arrêt de réduction qu’on attribuoit à M. d’Argenson, lequel étoit généralement haï, même du peuple. » Barbier ajoute que le régent avait fait redemander les sceaux à d’Argenson; mais un témoin mieux informé sans doute, le maréchal de Villars, raconte les faits autrement : « Le régent, ditil, envoya dire par l’abbé Dubois au garde des sceaux

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qu’il rappeloit le chancelier, mais qu’il vouloit absolument que lui, d’Argensen, gardât les sceaux. D’Argenson, malgré cette instance, les rapporta le jour même, et ne put jamais être ébranlé de la ferme résolution qu’il avoit prise de se retirer*. » Enfin, pour témoigner que d’Argenson n’avait pas démérité, le régent le nomma ministre d'État, inspecteur général de la police du royaume.

Il s’était d’abord retiré chez les jésuites de la rue Saint-Antoine, puis chez les bénédictines réformées de la Madeleine delVaisnel, au faubourg Saint-Antoine, où il occupait, depuis longtemps, un appartement contigu au couvent même. Saint-Simon prétend qu’il avait procuré beaucoup de bien à cette maison, ii cause de la supérieure, madame de Veny, femme d’esprit, fort attrayante, qu’il disait .sa parente. Écoutons, sur ce point délicat, le maréchal de Villars. « 11 alla s’enfermer dans le couvent de la Madeleine. Il avoit une amitié des plus fortes pour madame de Vilmont (de Veny) qui en étoit prieure, et, quoiqu’il fût un peu contre la bienséance qu’un gaide des .sceaux allât s’enfermer deux jours de la semaine dans un couvent de filles, sa passion l’avoit emporté sur toutes les considérations. Peut-être qu’il n’y avoit aucun commerce de galanterie ; mais enfin la prieure avoit été très-belle ; elle l’étoit encore et avoit beaucoup d’esprit. Quoi (juil en .soit, ils .s’étoient mis tous deux au-dessus des raisonnemens du public, assurés l’un et l’autre que, quelque chose qu’on pût en penser, ils n’en scroient pas j)lus mal avec le régent. » Le fils aîné de d’Argenson a lui -même confirmé ce scan-

’ Mi‘moire.1 du maréchal de Villars, colicclion Petitot, t. LXX,

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(laie dans le passage suivant de ses Mémoires : « Je suis obligé de convenir que les mœurs secrètes de mon père n’étoient pas parfaitement pures, et je l’ai vu de trop près pour croire qu’il ait été dévot; mais il faisoit respecter la décence et la religion, et en donnoit l’exemple en même temps qu’il en prescrivoit la loi. » Le remplacement précipité de d’Argenson priva la France de quehjues lois excellentes, déjà préparées, et qui n’attendaient plus que la sanction du régent. L’une d’elles aurait fait défense aux ordres religieux des deux sexes de recevoir des vœux avant l’âge de vingt-cinq ans accomplis. L’autre avait pour but de priver l’Kglise de tous droits féodaux et de la réduire à l’état de simple propriétaire. L’édit aurait même enjoint aux vassaux de l’Eglise de rembourser, suivant une juste estimation, tous droits de vasselage, mouvances, censives, etc. — «Monseigneur, avait dit d’Argenson au régent en l’entretenant de ces projets d’édits, soyons justes, mais soyons fermes. Nous allons nous faire des ennemis ; sachons les braver. » Habitué depuis vingt-cinq tsns à un torrent d’affaires, qui, dans les dernières années, était allé sans cesse grossissant, «il s’ennuya cruelleuient, » nous apprend Saint- Simon, et mourut le 8 mai 1721, à l’âge de soixantedix ans '. — «Samedi, 10 mai, dit l’avocat Barbier

* Maro>Rcnc d'Argenson laissa en mourant, outre une fille mariée à un maréchal de camp, ÜU d’un riche négociant de Rouen nommé Legendre, CCS deux fils dont il vient d’étre qiicslinn, qu’il avait poussés dVmblce aux premiers emplois, cl qui furent tous deux ministres sous Louis XV. « L’un, dit Saint-Simon, plein d’esprit et d’amhilion, et, de plus, fort galant(il devint plus lard ministre de la guerre), et un aîné qui éloil cl qui fut toujours un balourd. • C’est à ce balourd^ qui fut un instant ministre des araires étrangères, qu’on «luit, entre autres ouvrage», des Mémoires très-originaux, tres-sioguliers, édités avec beaucoup de soin

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dans son Journal, on a porté le corps de M. d’Ârgenson à Saint-Nicolas-du-Chardonnet où il a sa sépulture, avec un cortège convenable à sa dignité. Le peuple accoinpagnoit la pompe en maudissant le défunt. Les femmes se jetoient sur les chevaux en criant : « Ah! voilà le fripon, le chien qui nous a fait tant de mal! » Le peuple lui a attribué, sans sujet, la suite du système. Tout le mal s’est fait depuis qu’il n’étoit plus en place. On ne peut lui reprocher que le lit de justice. »

L’exaspération du peuple, imputant faussement les funestes résultats du système à d’Argenson, fut telle que ses deux fils se virent obligés, pour échapper à ce triste spectacle, de quitter le cortège et de le devancer à l’église. Aveugles rancunes, dans lesquelles on ne peut pas même trouver une leçon ! Trente-huit ans auparavant, les mêmes insultes poursuivaient le corps de Colbert, et, plus récemment, la lie du peuple n’avait pas mieux respecté les dépouilles mortelles de Louis XIV, de ce roi qui, engagé, par sa faute il est vrai, dans des guerres fatales, avait néanmoins défendu avec une fermeté héroïque la nationalité française, un moment menacée. Un autre avocat au parlement, Mathieu Marais, confirme dans ces termes le récit que fait Baibier des funérailles de d’Argenson : « Quand on l’a voulu enterrer à Saint-Nicolas, sa paroisse, les haiengères ont voulu avoir son corps, et ont dit mille injures contre lui. On a apaisé avec beaucoup de peine cette populace furieuse qui n’avoit

par un savant bibliophilr, M. Ralhcry, cl un Traité de la démocratie dans un État monarchique, imprime pour la première tuis en 1764, BOUS ce titre : Consid&ations sur le gouvernement ancien et présent de la France, et qui eut quatre éditions en peu de temps.

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jamais osé le regarder en face pendant sa vie, et qui vouloit arracher la barbe au lion mort..., »

On a pu, par le récit de la vie publique de d’Argenson et par quelques aperçus furtifs de sa vie privée, se faire une idée de son caractère, de ses qualités, de ses défauts, et du rôle considérable qu’il joua sous les deux règnes, si curieux à tant de titres et si divers, pendant lesquels il figura sur la scène politique. De tels personnages sont rarement bien jugés par leurs contemporains. « On ne peut lui reprocher que le lit de justice, » dit l’avocat Barbier; et il ajoute :

« Ç’a été le plus grand génie et le plus grand politique du siècle, comparable au cardinal de Richelieu... Il a fait des .coups étonnans pour la politique depuis la régence ; aussi est-il généralement haï de tout le monde. » A coup sûr, d’Argenson n’est pas, en politique, de l’école de Richelieu. Pendant tout le temps qu’il a été lieutenant général de police, il a rendu au gouvernement des services éminents , mais de second ordre, si on le compare à l’illustre cardinal. Une seule fois, sous la régence, il eut le génie de la situation. Celui de ses fils qui a été ministre des affaires étrangères , et , avant tout le monde en France, ministre philosophe, a dit avec vérité que le cardinal de Richelieu n’eût point désavoué le lit de justice des Tuileries. Dans une autre circonstance, où il aurait pu prévenir une immense catastrophe, d’Argenson manqua de décision. Le maréchal de Villars et le duc de Saint-Simon racontent qu’un jour Law avait été, sur l’ordre du régent luimême, arrêté et emprisonné. Si le fait est vrai, d’Argenson, alors garde des sceaux, pouvait immédiate ment renverser le système par un coup d’éclat; la

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situation se renouvelait forcément, et il en devenait le maître. Au lieu de cela, il hésita, dit Saint-Simon, donna au régent le temps de retomber dans son engouement, laissa passer l’occasion qu’il avait eue d’être véritablement un grand ministre, et, du même coup, il se perdit.

Certes, tout n’est pas à louer dans la vie de d’Argenson. 11 y a, nousles avons notées en passant, des capitulations de conscience qu’on voudrait pouvoiren retrancher, une disposition malheureuse à se mêler de trop de choses, un fâcheux mépris des arrêts de la justice, et des actes de persécution contre Fénelon, Vauban, Port-Royal, qu’on serait heureux de ne pas y trouver. Mais il y a là aussi toute une carrière d’administrateur habile, dévoué, intègre, de travailleur incessant, qui, dans un moment de crise, voit le danger, l’aborde sans bravade, l’écarte avec fermeté, et en quelque sorte sans effort. On se souvient de sa décision et de son courage, dans les disettes, les incendies. En un mot, on trouve en lui, pour continuer la métaphore de Mathieu Marais, la griffe, c’est-à-dire ce je ne sais quoi par où l’homme, quelle que soit la scène où il déploie l’intelligence et l’activité dont Dieu l’a doué, y occupe le prein'.er rang. « C’étoit enfin , au jugement de son fils, un esprit nerveux, le cceur presque aussi courageux (jue l’esprit, une justesse infinie avec de l’étendue ; ne connoissant pas tout ce qu’il avoit de génie et d’élévation. » Lettré d’ailleurs, on a pu en juger par ses dépêches , et protecteur des lettres , comme l’ont été les plus grands ministres de la France ; Suger, Sully, Richelieu, Colbert, Turgot. «Mon père, dit à ce sujet le marquis d’.Vrgcnson, eut de tout temps l’amour du travail ; j’en possède des preuves multi-

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pliées : remarques sur les lettres, dissertations sur la politique, extraits historiques, études du droit public et particulier ; j’en ai des volumes. » On ne sait, et c’est grand dommage, ce que ces volumes sont devenus ; mais la correspondance officielle existe, dont on ferait un curieux recueil. Qu’on joigne à cela tout le charme, toute la grâce de l’homme du monde le plus accompli, malgré « sa figure de Rhadamante ', » suivant la pittoresque expression de Saint-Simon. « Quand il n’étoit question que de plaisir, remarque Fontenelle, dans le charmant éloge qu’il en a fait, on eût dit qu'il n’avoit étudié toute sa vie que l’art si difficile, quoique frivole, des agrémens du badinage. »

Ainsi traversa la scène de Vhistoire et du monde, ce d’Argenson qui fut successivement lieutenant général de police, contrôleur général des finances, garde des sceaux. Si, par un coup d’État digne de Richelieu, il tira le régent d’un mauvais pas dans le lit de justice du 26 août 1718, plus habile que le terrible ministre de Louis XIII, il le fit du moins sans verser une goutte de sang. On a vu ses qualités et ses défauts comme lieutenant de police. Esprit plus délié, plus ouvert que La Reynie, il n’avait pas ses scrupules honorables, aimait trop à régler, discipliner, prévenir, et, dans ce but, faisait bon marché de la liberté des citoyens. L’un et l’autre, au surplus, ont justement marqué à leur manière dans l’administration difficile dont ils avaient à poser les bases, et l’on peut dire que nul après eux, tant ils avaient tracé profondément leur sillon, n’y a laissé le souvenir d’une

' « Il oloit laid, avec une physionomie d'esprit, et fort bien bit, > dit encore le véridique marquis d'Argenson.

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personnalité aussi considérable et de tant de services rendus.

Tels furent les deux hommes que Louis XIV associa à son œuvre et auxquels la grande agglomération parisienne dut une sécurité jusqu’alors Inconnue. On a, pour la première fois, pu juger sur pièces les actes principaux de la police politique et privée de la France pendant plus d’un demi-siècle. Si, emporté par des préventions passionnées, on n’y veut voir que la pression royale dans le procès de Fouquet, les violences religieuses, les dénis de justice, la centralisation et le goût des règlements poussés à l’excès, les répressions à outrance, les fausses mesures aux jours de disette et les lettres de cachet usurpant le rôle des tribunaux, l’appréciation de cette époque sera sévère. Mais que l’on songe aussi à l’épuisement où Mazarin avait laissé le royaume, à l’effroyable gaspillage des finances, aux brutalités de la nobles.se des provinces, à la faiblesse et à la connivence des juges, aux mœurs grossières du clergé constatées par les intendants, et l’on sera forcé de reconnaître que ce demi-siècle, trop loué jadis, trop décrié aujourd’hui, a été, sous bien des rapports, et malgré les misères que nous n’avons pas dissimulées, en progrès manifeste sur l’époque antérieure. Au mois de décembre 1750, Voltaire écrivait à la sœur du grand Frédéric : « .le travaille au Siècle de Louis XIV; je fais un grand tableau de la révolution de l’esprit humain dans ce siècle où Ton a commencé à penser ‘. n C’est cet heureux mouvement des intelligences qui est le plus grand honneur du règne. Là, au moins, il n’y a pas d’ombres au ta-

* Revue française du 1*^ novembre 1866^ ietircs inédite» de Voltaire.

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bleau. L’anarchie féodale, définitivement vaincue, cédait enfin la place à la civilisation moderne. Grâce aux principes de justice introduits par Colbert dans l’administration, tout, jusqu’aux excès du despotisme, allait désormais précipiter la victoire des idées nouvelles. La voie des grandes réformes était ouverte; il n’y avait plus qu’à y marcher. L’égalité devant la loi et devant l’impôt, l’abolition des privilèges, des lettres de cachet, des jurandes et des corvées, étaient fatalement au bout du chemin et pouvaient déjà s’apercevoir aux profondeurs de l’horizon.

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