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RAPPORTS DE POLICE

LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE

n° 1. — L* BEYRIE AO CHAKCELIEB 8ÉODIEB *.

Paris, 24 juin I66T.

J'ai été mandé ces jours passés au parlement et j’ai rendu compte à la Grand'Chambre de plusieurs choses dont on y avoit désiré prendre quelque counoissance, et comme elles se sont trouvées heureusement faites de la manière que MM. du parlement le pouvaient souhaiter pour le service de Sa Klajesté et pour le bien du public, ils en ont témoigné beaucoup de satis- Letion.

M. le premier président et M. le procureur général avoient cru en voyant l’état où est la ville pour le nettoiement qu’il pouvoit être nécessaire pour le maintenir de recommencer certaines assemblées de plusieurs personnes qui se fuisoient autrefois chez M. le premier président ; mais leur ayant dit des raisons qui pouvoient instamment leur faire craindre quelque interruption au hon ordre qui s’y trouve heureusement établi, comme ils ne cherchent autre chose que ce qui peut être bon et avantageux au public, ils ont changé de sentiment et ils sont convenus de réduire ces assemblées a quelques conférences dans la maison de M. le premier président, tous les quinze jours, entre lui, M. le procureur général et moi.

Nous faisons tous les jours. Monseigneur, quelque progrès dans les matières de police, et le bien qui peut eu réussir est d’autant plus considérable qu’il se fait sans bruit et qu’il donne lieu à tous les habitans de cette ville d’espérer un fruit consi-

' Toutes les lettres de La Rcynic que nous reproduisons sont autographes. Parmi celles de d’Argenson, quelques-unes sont également aulograpbesi un certain nonibre sont seulement signées de lui.

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dérable de la bonté que le roi a eue de vouloir établir l’ordre et la règle dans Paris.

Je suis présentement attaché à l’exécution d’une ordonnance que j’ai fait publier touchant le port d'armes et que j'ai fondée sur la dernière déclaration du roi. J’ai cru. Monseigneur, qu'il étoit à propos d’essayer par cette voie de faire sortir de Paris ceux qui pouvoient servir Sa Majesté dans ses armées, de purger cette ville d’une infinité de vagabonds et faire quitter l’épée aux valets de chambre et autres personnes de cette étoffe, qui sont capables de faire du désordre -, mais parce qu’avec la sûreté qu’on cherche à établir, il est nécessaire de veiller avec le même soin à maintenir la tranquillité publique, j’ai estimé qu'il falloit éviter ce qui s’étoit fait autrefois en pareille rencontre et chercher à faire plus de fruit et moins d’éclat que par le passé. Les méprises où l’on s’est trouvé souvent en prenant des épées dans les rues, le danger de faire du bruit par la résistance de ceux qui les portent et la friponnerie des archers qu’on employoit dans ces occasions m’ont obligé de prendre une conduite tout opposée, me servant du seul ministère des commissaires, et de les faire passer dans toutes les auberges et maisons garnies pour reconnottrc ceux qui portent l’épée et pour leur faire entendre plus précisément les défenses qui sont faites à cet égard. J’ai sur toutes choses défendu, sous ce prétexte, d'arrêter personne dans les rues; j’ai chargé les commissaires d’en dresser des procès-verbaux ou de faire leur rapport contre ceux qui contreviendront, afin de pouvoir décréter en forme et de s’empêcher de méprendre. On a commencé dans chacun des quartiers par ceux qui sont notoirement vagabonds pour donner quelques exemples dans le public, et, s'ils ne suffisent pas, oncontinuera l’exécution du règlementpar les valets de chambre, en gardant le même ordre et avec la persévérance qu’il faut en telle matière. J’espère, Monseigneur, que le roi aura sur ce fait toute la satisfaction qu'il peut désirer.

J’ai dressé un projet d'arrêt du conseil sur le fait de l’imprimerie et librairie que j’ai estimé très-nécessaire de vous proposer pour des raisons que j'ai pris la liberté de marquer à la marge. J’en enverrai autant au premier jour à M. Colbert, afin que, s'il a quelque pensée particulière sur cette matière, je puisse me donner l’honneur de vous en rendre compte. J’ai recouvré depuis que j’ai dressé ce projet un

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livre intitulé : Hetponses chrétiennes , du eieur de Vernant, fait contre les évêques et qui se vend présentement en cette ville chez les carmes des Billettes. Ce nouvel abus m'a confirmé dans l'opinion où j'étois sur l’article qui porte des défenses à toutes personnes autres qu'aux libraires de vendre ou de débiter des livres.

Je vous envoie, Monseigneur, une copie d'un nouveau placard imprimé à Bruxelles. J’ai vu encore un autre imprimé le plus séditieux du monde, qui contient sept ou huit pages et qu'on envoie à la cour, mais que je n’ai pu retenir assez longtemps pour en prendre une copie. Selon toutes les apparences, quelque mauvais François y a travaillé, et j'ai bien moins de peine à le soupçonner que de trouver la voie par laquelle cet imprimé a été porté à Paris. Les courriers qui dévoient cette semaine venir de Flandre ont été arrêtés, et il faut de toute nécessité qu’il y ait en cela quelque chose de particulier et d’extraordinaire.

Quelques archers du lieutenant criminel de robe courte ' ont eu aujourd'hui à démêler avec les gardes de la porte du Louvre; il y a eu quelques coups donnes dans la place qui est audevant de la porte des cuisines et un des gardes y a été tué. On a aussi arrêté à l’heure même celui qui a fait le coup. Ceux qui prendront connoissance du crime feront sans doute la procédure nécessaire; quant à moi, je me suis seulement appliqué à prendre garde que cela n’attirêt aucun désordre dans la maison du roi.

J'ai vérifié et j'ai des preuves certaines que l’imprimé dont j'ai eu l’honneur de vous rendre compte a été imprimé à Bruxelles, et qu’il a été envoyé de ce lieu en cette ville.

(Bibl. inip.. Mu. S. G. F. 709, vol. XLIII, fol. 51.)

N° 3. — LA BEVRIE A COLBBBT.

Paris, 23 avril 1670.

J’ai levé le scellé qui avoit été mis sur les papiers des écrivains qui furent arrêtés la nuit de vendredi dernier, et il s’est

* Lieutenant du prévOt de Paris ; plutOt homme d’épée que magistrat. Il avait pourtant une juridiction qui se confondait trop souvent avec celle du lieutenant criminel.

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trouvé particulièrement dans ceux des nommés Tubeuf el Pigeon un très-grand nombre de pièces manuscrites, et, en général, tout ce qui a été fait, sans exception, d'infâme et de méchant depuis quelques années. 11 seroitdifBcile déjuger présentement s'ils en sont les auteurs ou non, ou de quelque partie; mais, comme ils ont de l'esprit et quelque élude, et qu’entre leurs manuscrits il y en a qui ressemblent extrêmement à des minutes originales, et qu’avec cela ces malheureux demeurent d’accord d’en avoir vendu plusieurs copies, le soupçon qu’on peut aussi avoir à cet égard contre eux n'est pas sans fondement. Quoi qu’il en soit, ce sont des gens d’un grand commerce, car outre le temps qu’il y a qu’ils y sont engages, quelques-uns d’entre eux se trouvent avoir à la fois quatre chambres en divers quartiers de la ville et être connus en chacun de ces lieux sous des noms différées. Parmi ces écrivains, il y a quelques gazetiers remarquables par le nombre de leurs correspondances et par l’insolence avec laquelle ils ont encore écrit les dernières gazettes qui sont entre nos mains'...

(Bibl. imp., Hss. Mélanges de Clairambault, vol.

CCCCLXIY ; Papiers de Colbert, 1663-1670, fol. 359.)

' De nombreuses lettres de La Reynie sont relatives aux pamphlets et libelles imprimés clandestinement en France ou apportés de l'étranger. Le 14 décembre 167 U, il écrivit à lAjIbert que le procureur général (c'e- Uit alors Denis Talon) « croyoil qu’il scroil d’une trcs-fâclieuse conséquence de traduire les écrivains pernicieux , du premier tribunal au supérieur, el d’exposer à la vue de plusieurs et d’un grand nombre de juge* de pareils libelles, qu’on ne saurait tenir trop secrets ni trop tOt supprimer. » — Dans l’opinion du procureur général, un arrêt de 1666, donnant droit aux officiers ordinaires de juger en dernier ressort ceux qui écrivent des nouvelles et des gazettes, suffîsait,

La Reynie ajoutait: t Avec cela, M. le premier président juge nécessaire qu’il vous plaise d’en vouloir faire dire un mut à M. Talon, et qu’il sache en termes généraux de quelle importance vous jugez qu’il est, pour le service du roi cl pour le bien de l'Etal, de réprimer par les voies les plus rigoureuses la licence que l’on continue de se donner de semer dans le royaume el d’envoyer dans les pays étrangers des libelles manuscrits, et de lui faire marquer que la pensée el les motifs qu’il a eus pour faire rendre l’arrêt de 1666 vous paroissenl bien plus raisonnables et assez propre* pour étendre le pouvoir des officier* ordinaires et leur donner celui de juger sur cela en dernier ressort, comme on a fait à l’égard de ceux qui débitent et qui envoient des gazettes A la main. Comme c’est

N* 3. — LA BKYHtB A COLBEBT.

31 loan I6TI.

Je reçus, il y a quelques jours, un billet de M. le grand prévnl', par lequel il me faisoit savoir que le roi lui avoit ordonné de conférer avec moi pour essayer de trouver quelque moyen d’empécher les tromperies qui se font au jeu ; et s’étant donné la peine de venir lui-méme depuis me demander ce que je pensais et m’ayant aussi chargé de lui envoyer mon sentiment par écrit à Saint-Germain, j’ai fait le mémoire ci-joint sur lequel je vous supplie, très- humblement, de me faire l’honneur de me donner vos ordres, après que vous aurez eu agréable de le voir.

J’ai reçu avec M. Belein le projet des lettres patentes qu’il a adressées pour la création du métier et pour l’établissement du corps et communautés des maîtres travaillant à la manufacture des bas de soie, et il m’a semblé en tout parfaitement bien disposé. Il se pourra faire néanmoins que la manière différente dont les associés au privilège se conduiront, obligera peutêtre, par leur consentement ou par leur refus, de changer ou d’ajouter quelque chose. Mais cela dépend précisément de ce qu'il vous plaira de régler à leur égard. Quant aux articles des statuts, il sera aisé de les dresser avec quelque ouvrier entendu au détail de cette manufacture.

(aSaoiM JOIHT A LA UTTKK DU 31 MAAB 1671.)

Cartes àjox^er.

La piperie des cartes diversement coupées ou marquées est trop grossière pour la pouvoir craindre à présent. Le nombre des joueurs qui connoissent cet avantage est si grand qu’il y en

M. Talon qui doit porter la parole, M. le procureur général m’a dit qu’il atlendroit de conférer avec lui jusqu’à ce que je lui ferois savoir ce qu’il vous auroit plu de faiie à cet égard, pour ensuite convenir d'un jour et pour en parler une matinée, de bonne heure, à la Grand' Qiambre , avant toute autre affaire. • (Depping, t. Il, p. 188.)

< Le grand prévét, ou prévôt de l'hôtel, avait juridiction sur toute la maison du roi.

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a peu qui osent s'en servir. Il peut être nécessaire néanmoins de défendre la fabrication et l'usage de cette sorte de cartes, à peine de punition exemplaire.

Un des moyens les plus subtils, outre ceux des tours de main et du signal, est celui de faire ranger les cartes par séquences et de les disposer en les pliant chez le cartier dans une certaine suite, dont on convient avec ceux qui trompent, et sur laquelle ils prennent leurs mesures. Mais on pourrait obliger les cartiers de les mettre et de les disposer par couleurs et leur faire des défenses de les plier autremeut sous telles peines, etc.

Cette précaution ferait au moins ce bon effet que les joueurs seroient obligés de mêler les cartes avant de Jouer, et que celles qui se trouveroient dans une autre suite et dans une autre disposition seroient estimées fausses et pipées.

On peut encore défendre aux cartiers d'employer plusieurs sortes de papier dans un même jeu de cartes; car on peut avec un papier un peu plus blanc ou plus fin l'un que l'autre, marquer à ceux qui en savent le secret, la différence des grandes ou des petites cartes d'une couleur ou de l'autre.

Les obliger de mettre le papier d'un même sens; car encore que ce fût le même papier étant mis à divers sens, en long ou de travers, il pourrait servir à marquer la différence des cartes.

Il y a des cartiers qui travaillent dans des hôtels et dans quelques autres lieux privilégiés; c’est un abus considérable et il sera bien à propos de les obliger de se retirer dans leurs maisons et dans leurs boutiques, et de leur défendre de travailler ailleurs, etc.

Jeu, de» dés.

Le jeu des dés est pour le moins aussi dangereux et le remède beaucoup plus difQcile. Les dés ne peuvent avoir la marque de celui qui les a faits, et la moindre chose dans la coupe y fait une grande différence et les rend haut ou bas.

On peut néanmoins défendre aux faiseurs de dés de faire aucuns dés chargés ou faux, et leur enjoindre de retenir ou de déférer ceux qui leur en dcmanderoient de cette qualité.

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Jeu, du hoca'.

Le jeu du hoca est recouuu généralement de tout le monde pour le plus dangereux de tous. Les Italiens, capables déjuger des rafOnemens des jeux de hasard, ont reconnu en celui-ci tant de moyens dilTérens de tromper, qu'ils ont été contraints de le bannir de leur pays. Deux papes de suite, après avoir connu les friponneries qui s’étoient faites à ce jeu dans Rome, l'ont défendu sous des peines rigoureuses, et ils ont même obligé quelques ambassadeurs de chasser de leurs maisons des teneurs de hoca qui s'y étaient retirés.

Ce jeu ne parut presque qu'un moment avec quelque approbation à Paris il y a quelques années, y fit tant de désordres et causa des pertes si considérables en peu de temps que le parlement, les magistrats et les six corps des marchands s'élevèrent contre un établissement si pernicieux au public, et on fit dès lors tout ce qu'on put pour abolir ce jeu. On a vécu depuis dans le même esprit, et plusieurs personnes qui ont osé y faire jouer ont été emprisonnées et condamnées à payer de grosses amendes.

Mais si le hoca devient un jeu de la cour, il est certain qu'il s'introduira aussitôt après parmi les bourgeois, les marchands et les artisans de Paris, et qu'il fera plus de désordre que jamais. Le seul bruit qui a couru qu’il alloit être à la mode a fait faire déjà une infinité de ces jeux.

La preuve des tromperies qui se font en ce jeu est si difficile, et il y a si peu d’exemples contre ceux qui ont trompé, que la crainte de la peine n’a retenu personne jusques ici.

Ce n'est pas qu’il y ait des occasions fréquentes de faire des exemples et qu'en quelque chose les ordonnances n’y aient pourvu; mais il semble qu’un plus grand remède étoit réservé à ce règne et à la bonté du roi, et que ses sujets dévoient encore ressentir cet effet de son incomparable sagesse^.

(Bibl. imp., Mst. Mélanges Colbert, année 1671.)

■ Jea de hasard inlenlit en France par le cardinal Mazarin. D se jouait avec une table à compartiments numérotés, sur lesquels les joueurs plaçaient leur argent. On tirait d'un sac un des trente numéros. Le banquier payait vingt-huit fois l’argent du compartiment gagnant, et gardait le reste. (Voir page SI, note.)

* Le vœu de La Reynie ne se réalisa pas. On peut voir, dans le Jour-

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N® 4. — LA BBYNIE A COLBEBT.

Paris, 18 novembre 1611.

Le livre qui vient d'étre imprimé en Hollande et qui ne fait que sortir de sous la presse est de bien plus méchant aloi et plus dangereux que le dernier que j’ai eu l'honneur de remettre entre vos mains. Vous pourrez voir par le mémoire ci-joint , quel en est le sujet et quelles ont pu être les vues de l’auteur, au moins selon que je suis capable d'en juger.

Vous m’avez permis d’avoir l’Iionneur de vous parler et de vous écrire de la pension du sieur Vitré, et vous m’avez encore ordonné depuis peu de vous en faire souvenir. C’est le seul de la profession qui s’est trouvé capable de donner de bons avis, et ce n’a été qu’avec lui seul aussi qu’on a pu raisonnablement travailler pour l’exécution de vos ordres et pour le rétablissement de l'imprimerie eu France, auquel j’ose présentement vous assurer qu'on a fait quelque progrès. Sa longue expérience et la connoissauce particulière qu’il a des causes qui ont maintenu et détruit l'imprimerie dans le roj'aume, selon la diversité des temps, ne nous a pas été d’un médiocre secours; mais avec cela, je lui dois ce témoignage qu’il nous l’a toujours donné dans la pensée de concourir, autant qu’il étoit en lui, au bien général que vous vous êtes proposé, et dans la vue de vous être agréable. Sa pension est médiocre; mais si vous jugez que le rétablissement en soit juste, vous lui ferez du bien de plus d’une façon.

Vous avez aussi jugé que le sieur Thiery, imprimeur, qui est présentement syndic de sa communauté, niéritoit quelque gratification du roi, à cause de la belle impression des livres que j’ai eu l’honneur de vous présenter et qu’il a fait très-correctement avec quelque dépense et beaucoup de soin. J'ose aussi vous assurer que cette gratification fera un tres-bon effet et qu’elle causera infailliblement de l'émulation parmi les gens de cette profession. Il y a encore un imprimeur, nommé Petit, qui a fait depuis peu de belles impressions, mais je penscrois qu’il n’y auroit pas d’inconvénient quand il se trouveroit quel-

nal (le Dangeau, que le hoca ctail joue à la cour avec une aorte de fureur.

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que intervalle entre cette première gratiScation et une seconde, si vous jugiez aussi qu'elle fût raisonnable.

Il y a deux ans que Desgrez ' n’a rien reçu, et je puis vous répondre qu'il n’a pas laissé de bien servir et avec toute l'application possible.

La garde de nuit de cette ville demande aussi quelque augmentation de dépense, et il est extrêmement à craindre que, dans ces longues nuits de la saison, on ne vienne à découvrir qu'il n'y a que bien peu de gens sur pied et qu'on peut entreprendre presque sans danger contre la sûreté publique. Personne ne peut savoir aussi bien que vous de quelle conséquence il est pour le service du roi et pour la satisfaction des liabitans de Paris, de maintenir la tranquillité et la douceur dans laquelle ils vivent depuis quelque temps, et il est bien plus aisé de la conserver présentement qu’il ne serait facile de la rétablir, si elle étoit une fois troublée.

(Bibl. Mélanges de Clairambaull, vol. 461;

Papiers de Colbert, fol. 133.)

(staOlKB JOINT À U LITTRE DD 19 NOTmill 1611.)

Mémoire sur le livre intitulé te Tombeau des controverses,

ou te Royal Accord de la paix avec ta pieté. Amsterdam, 1649

L’auteur de ce petit traité prétend insinuer que le roi veut réunir les deux religions;

Qu’il est de son intérêt de n’en souffrir qu'une et qu'il a autorité et droit de le faire.

Et, pour prouver l’intérêt et le droit du roi, il se sert de plusieurs autorités et de plusieurs exemples considérables, d'où il tire des conséquences extaordinairement fortes qu’il scroit dangereux d'autoriser et qu'il n'est peut-être pas aussi à propos de condamner, à cause de quelques vérités qu'elles enferment, qui sont importantes au roi et au royaume.

Ces conséquences aboutissent à ce point d’établir que le roi

' Exempt de police. C’est lui qui arrêta à Liège la marquise de Brinvilliers.

* Un sait que la date et le lieu d’impression de beaucoup de livres imprimés clandcstiucmenl étaient souvent inexacts, à dessein.

peut et doit juger et ordonner des matières qui touchent la religion ; qu’il est mieux pour lui-même et pour son royaume qu’il le fasse que si un prince étrauger le faisoit, c’est-à-dire, le pape ; et que, par ce seul moyen, Sa Majesté peut aisément réunir tous ses sujets.

L’auteur dit du roi ce que tout le monde pense de sa sagesse, de sa Justice, de ses lumières et de sa pénétration; et il prétend aussi que ce n’est que sous un tel prince que l’on peut concevoir et exécuter un tel dessein.

Cet écrivain paroit être François et habile ; sans la dernière partie de son ouvrage, qui montre clairement qu'il est protestant et que c’est en faveur de ceux de sa religion qu'il a écrit, on l’auroit pu soupçonner de quelque autre chose et d’avoir voulu donner en même temps de l'ombrage aux catholiques et aux huguenots, en leur insinuant que c’est une pensée que l’on a présentement et que l'on veut faire réussir. Mais peut-être que cet ouvrage tel qu’il est et quoique imprimé en Hollande, paroissant être d'un auteur français, ne laissera pas d’exciter quelque plainte de la cour de Rome, qui s’y trouvera maltraitée au dernier point.

(Bibl. imp., Mu. Baluze, Arm., vul. CCCXXXVI, fol. 83.)

N° 6. — LA REYNIB A COLBERT.

Parii, 3 mars 1672.

Le père Bouhours, Jésuite, fit imprimer l’année dernière un livre intitulé ; « let Entretiens d’Âriste et d'Eugène, » dans lequel il a traité indifféremment diverses matières. Un autre auteur néanmoins s'est avisé de donner au public, sous le litre : « des Senftmens de Cléanthe sur les Entretiens d’. -triste et d’Eugène, » un livre de critique contre celui du père Bouhours, et ce second en a produit un troisième pour la défense du père Bouhours, intitulé : « t/e fo Délicatesse, • dans lequel on s’est servi de cette ancienne manière de soutenir les intérêts des partis que le roi a si heureusement conciliés. Ce troisième écrivain, sans faire un grand honneur à celui dont il avoit entrepris la défense, s'est donné la liberté de dire beaucoup de cho-

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ses contre tout ce que l’on peut entendre, sous ce terme de Port-Royal. A quoi, l’auteur du premier livre de critique s’étant cru aussi engagé de répondre, il l’a fait par une seconde partie : « des Sentiments de Cléanthe, » mais avec la même imprudence et en s’expliquant d'une manière injurieuse au père Bouhours, à son caractère, à sa profession de religieux et à toute la société des jésuites.

Ces commencemens, si capables de troubler la paix que le roi a établie, l’empressement qu’une infinité de personnes ont témoigné pour ces livres, la joie que d’autres ont fait parottre, voyant ainsi renaître les semences d’une nouvelle guerre et la peine que les gens raisonnables en ont eue, m’ont obligé de faire arrêter ces trois livres de critique entre les mains des libraires qui en ont obtenu le privilège et de leur défendre d’en faire aucun débit jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à ce que je me fusse donné l’honneur de vous en rendre compte.

Cette précaution étoit absolument nécessaire, car dans peu de jours toute l’impression de ce dernier livre eût été autrement débitée; et j’ai cru qu'il est aussi à propos d’en user de même à l’égard des deux autres livres, afin qu’il parût que ce sont les choses qui sont mauvaises que l’on improuve parellesmêmes, et non parce qu’elles s’appliquent à un parti plutôt qu’à un autre.

(Bibl. imp., Hss. Mélanges Clairambaull ; vol. DXLVI , fol. 85. )

N° 6. —LA BEYNIB A COLBEBX'.

16 octobre 1674.

L’affaire de la Bastille, comme procès, grossit, ce semble, plus qu'il ne faut. On apprend et on apprendra tous les jours quelque chose de nouveau, et si l’on se met en peine de suivre tout ce qu’on pourra découvrir, il est à craindre qu’on ne s'égare dans cette longue poursuite. On voit clairement le gros de l’affaire. Ce qu'on entrevoit au delà, et même ce qu’on n'aperçoit pas encore, s’éclaircira sans doute quand on y procé-

' Il a'agit dans cette lettre, et dans les dix qui suivent, du procès du chevalier de Rohan. (Voir chapitre VI, pages 150 et suiv.)

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dera d’une manière moins étendue. Avec cela, je ne sais s’il est bien à propos de faire le procès à tant de gens à la fois, de remplir ainsi les prisons, et si, au lieu de la justice que tout le monde attend de ceux qui se trouveront véritablement coupables et de la terreur qu’elle doit imprimer, on ne trouvera point quelque chose d'affreux dans cette multitude d'accusés et de criminels, et s’ils ne deviendront pas au public moins criminels par le nombre. Je n’en ai rien témoigné de deçà et l'intérét du service du roi qui m'engage à vous donner cet avis, demande de ma part que je me serve de cette voie et que j’use de cette précaution.

(Bibl. imp., H*s. F. F., 7, «29.)

N® 7. — LA BBYME A COLBBBT.

28 octobre 1674.

La comuiission qu’il plaira au roi de faire expédier, pourétablir un tribunal et des juges, pour la visite et jugement du procès criminel instruit à la Bastille par les commissaires nommés par Sa Majesté, ,î la requête du procureur général, qu’il lui a plu aussi de commettre, doit ce semble faire mention des trois autres commissions qni ont été déjà expédiées pour les commissaires, pour le procureur général et le greflicr de la commission. Est-il nécessaire qu’il y soit aussi fait mention que le roi est informé que cette instruction est entièrement achevée, parce que Sa Majesté s’csl réservé , par la première de ces commissions, de pourvoir en ce temps à ce qu’elle estimeroit juste pour le jugement du procès?

Celui qu’il plaira au roi de choisir pour y présider doit être désigné par la commission avec les autres juges. Les rapporteurs y doivent être aussi nommés ensemble, ie procureur général et le greffier. Et il est encore nécessaire que le lieu de la séance y soit aussi marqué.

Quant au président, il paroU, par un grand nombre d’exemples, qu’aux affaires criminelles et d'État qui ont été considérables par elles-mêmes ou par la qualité des personnes qui s’y sont trouvées impliquées, les chanceliers ou gardes des sceaux

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de France ont presque toujours présidé aux jugemens. Mais sans les rechercher plus loin, ce qui a été pratiqué dans les derniers temps en fournit quatre exemples de suite :

En 1626, M. le garde des sceaux de Marillac a présidé au procès de Chalais;

En 1632, M. de Châteauneuf au procès du maréchal de Marillac ;

En la même année, le même M. de Cliâteauneuf au procès de M. de Montmorency;

En 1643, M. le chancelier Séguier préside au procès de M. de Cinq-Mars.

Et ces exemples semblent être autant de préjugés à l’égard de cette forme pour l'affaire particulière dont il s’agit, soit qu’on la considère par le titre de l’accusation, par le grand éclat qu’elle a fait, ou par la qualité du principal accusé. A quoi on pourrait encore ajouter que In dignité et l’autorité de la charge d’un chancelier servent extrêmement en ces occasions à résoudre des difficultés ou régler des incidensqui ne se terminent pas d’ordinaire aisément entre plusieurs personnes d'un même rang et d'une égale autorité.

A l’égard du nombre des juge.-, on peut observer qu’un petit nombre de commissaires et de juges extraordinaires a été toujours suspect, qu’aux derniers procès dont les exemples sont ici rapportés, il n'y en a jamais eu moins de quinze ; et qu’à celui de M. de Marillac, qui pouvoit être le plus difficile de tous, il y avoit vingt-deux juges. Ce n’est pas qu’il n’y ait des inconveniens de ce côté; mais, outre qu'ils sont beaucoup moins dangereux que les autres et qu’il pourrait y en avoir à se réduire au nombre précis qu’il faut pour juger, à cause des récusations et des maladies qui peuvent survenir, il ne me semble pas inutile que le caractère de la justice et de l’extrême bonté du roi paroissent jusque dans le nombre et la qualité des juges qu’il lui plaira de choisir en cette occasion.

Sa Majesté ayant jugé qu'il n’y avoit aucun inconvénient, comme en effet il n'y en a point, à ce que MM. les commissaires qui out fait l'instruction soient les rapporteurs du procès, il ne reste à cet égard, si ce n'est qu’il lui plaise, que de nommer celui des deux qu’elle aura agréable, qui soit chargé d’en faire le rapport, ou de les en laisser convenir entre eux.

il semble très- nécessaire que le greffier qui sera commis

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soit homme d'expérience; les vues diiïérentes que les juges peuvent avoir dans le temps de la visite et jugement de ce procès , et même les suites, demandent quelques précautions pour ce choix. Mais s’il étoit possible qu’il fût fait avant même que la commission parût, on commenceroit dès à présent à lui donner les connoissances de l’affaire qui peuvent être de son partage, et il aideroit à disposer le procès et à le mettre en ordre.

Le roi ayant choisi l'Arsenal pour le lieu de la séance, on ne voit rien présentement qui mérite, après cela, d’être observé sur le fait de la commission.

(Bilil. iiiip., Mss. F. F. 7, 6V>9, fol. 79.)

N» 8. — LX BEYNIB A COLBEBT.

mardi, à raidi, 6 novembre 1674.

L’enregistrement des lettres patentes dn dernier jonr d’octobre vient d'être fait, ce matin, à l’Arsenal. M. le chancelier s'est rendu au lieu de la séance, avec MM. les commissaires, et la lecture de la commission ayant été faite, l’enregistrement en a été requis et ordonné en la manière ordinaire; mais M. de Thuizi ayant proposé la parenté de madame sa femme, qui s’est trouvée du quatrième au cinquième degré avec M. de Rohan, il n’y a pas opiné. On a jugé ensuite qu’aux termes de l'ordonnance, il ne pouvoit être juge; et l’arrêt, suivant l’usage, lui en a été prononcé sur-le-champ. J’ai été chargé d’en rendre compte, afln qu'il plaise au roi de faire savoir sa volonté sur ce sujet; et afin que, si Sa Majesté désire de commettre un autre juge, à la place deM.de Thuizi, la commission puisse être ici dès ce soir ou demain matin de bonne heure, avant que le rapport du procès soit commencé. Il reste seize juges; mais comme le nombre impair est plus favorable aux accusés, cette raison a fait souhaiter à tous que le roi fût informé, en diligence, de la récusation de M. de Thuizi.

J’ai été à la Bastille pour conférer avec M. de Besmaux sur les ordres du roi qui peuvent être nécessaires pour conduire les prisonniers à l’Arsenal, lorsque les juges le trouveront néces-

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Mire , et sur toutes les précautions qu’il sera aussi à propos de prendre sur ce sujet; mais dans le même temps que j’étois à la Bastille, M. de Besmaux étoit passé à l’Arsenal, et je n’ai pu le rencontrer. Cependant c’est une chose à laquelle il semble qu’il est, dès cette heure, nécessaire de penser , mais dont la r^olution précise ne presse pas encore de trois ou quatre jours.

(Bibl, imp., M». Mélangu Colbert, 169, Toi. 335.)

N“ 9. — LA BSYHIE A COLBEBT.

13 norembre 1674.

La garnison qui est établie dans la maison de la demoiselle de Villers lui est à charge sans doute, et la grâce que le roi lui feroit de l’ôter d’autant plus considérable que cette demoiselle est peu en état de supporter une dépense extraordinaire. Cependant j’estimerois, attendu la qualité de l’affaire où elle se trouve impliquée et l’état du procès, qu’il y auroit lieu de différer encore la levée de cette garnison. Ce n’est pas que je croie qu'il y ait rien dans la maison de la demoiselle de Villers d'où l’on puisse espérer de nouveaux éclaircissemens ; mais étaut certain comme il est que M. de Rohan a eu un commerce fort particulier avec elle, même avec une assez grande confiance, à son dernier voyage de Normandie, et, en partant de Versailles, est allé coucher à cette maison', peut-être ne seroit-il pas raisonnable de rien changer à cet égard, à la veille du jugement du procès, alors que les accusés sont prêts d’être entendus devant leurs juges et qu’il peut survenir quelque nouvelle charge contre cette demoiselle, qui d'ailleurs est prisonnière et par sa condition présente au nombre et au rang des complices. Enfin, c’est assez, ce semble, dans une affaire de la qualité de celle-ci, qu’il ne soit pas absolument impossible dans la suite de découvrir quelque chose de nouveau pour ne rien hasarder sur une matière de cette importance; mais comme apparemment le roi voudra encore en cela prendre le parti le plus favorable, je ne

' Nous avons publié, dans le récit même du procès (page 162, note), une très-belle lettre de mademoiselle Renée de Villers au chevalier de Rohan.

LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE

sais si réduire la garnison au lieu de l'ôter ne seroit point un expédient qui pût être proposé.

(Bibl. imp., Hu. F. F., 7 , 629, fol. 94.)

N° 10. — LA HEYNIE A COLBEBT.

23 noTembre 1674.

Je viens de recevoir la lettre de ce jour 23' que vous m’avez fait l'honneur de m’écrire; et, puisque le roi me commande, suivant l’ordre que vous m’en donnez, d’expliquer mon sentiment sur la déclaration faite à l'Arsenal par Van den Enden, à l'égard de M. le duc, j’estime que pour mettre toutes choses dans quelque convenance raisonnable, je pourrais, demain à l'entrée, demander qu’avant de lever la séance, et après néanmoins que tout ce qu’il y aurait à faire touchant le procès criminel seroit achevé, j’aurois à informer la chambre de quelques ordres du roi que j’aurois aussi reçus. Et lorsque je serois après cela mandé, je pourroisdireque Sa Majesté ayant su ce qui s’étoit passé les 21' 6122' de ce mois et que Vau den Enden et le chevalier de Préaux, sur des faits qui sont inutiles à la justification de tous les accusés et qui ne sont aussi aucune charge contre eux, avaient fait mention dans leurs réponses sur la sellette de quelques récits fabuleux touchant M. le duc et madame de Bavière, Sa Majesté avoit été satisfaite de ce que la chambre avoit faitsur les réponses du chevalier de Préaux, et qu’elle étoit aussi bien persuadée que la chambre auroit usé de la même circonspection à l’égard de ce que Van deu Enden avoit dit, s'il n’y avoit quelque raison qui l'en eût empêchée; mais que l’intention du roi étoit et que Sa Majesté m’avoit commandé de la faire savoir à la chambre qu’aussitôt que le procès criminel seroit jugé, l’interrogatoire de Van den Enden sur la sellette fût transcrit et que le nom de M. le duc et ce qui a été dit de lui en fût ôté et la première minute supprimée, sans que néanmoins il fût fait aucun registre de l’ordre du roi ni aucune mention de la remontrance.

C’est, suivant le peu d’étendue de mon esprit, tout ce que je suis capable de voir présentement et de penser sur ce sujet. Les raisons que j’aurois pour cela sont : premièrement, qu’il

in

est important, ce semble, que le roi ordonne dès à présent ce que je propose, encore que naturellement cela puisse être fait, dans la suite, sans être ordonné.

En second lieu, et à l'égard du temps, il parottroit, en prenant celui que Je marque, que l'ordre aurait été donné plus tôt, mais que S. M. ne voulant pas iuterrompre celui de la Justice dans une affaire criminelle et de la qualité de celle-ci, auroit ordonné d'attendre d'en parler.

Il semble aussi nécessaire qu’il paroisse que S. M. approuve ce qui a été fait à l'égard de madame de Bavière et de passer le reste doucement, sans l’approuver plus qu’il ne faut, sans blesser aussi les Juges. Il est même bien (la chose n'étant pas faite) qu’il paroisse qu’elle ne le peut être avant le Jugement du procès, et rien ne convient davantage à la Justice, ce semble, que d'avoir différé à l’ordonner Jusques à ce moment.

Il seroit inutile d'expliquer ma pensée à l’égard du registre, parce qu’il est aisé de voir que s’il eu étoit fait un, il seroit pire que la chose même qui est à supprimer.

Jecroirois aussi qu'il seroit nécessaire que Je susse demain de bonne heure ce qu’il plaira au roi d’ordonner sur ce sujet, aOn d’en informer M. le chancelier avant qu'il entre à la chambre.

J’ai appris plusieurs choses touchant quelques écrits qu’on prépare encore ; mais J'estime qu’il est important que Je me donue l’honneur de vous eu rendre compte, avant de rien engager '. Vous verrez par une très-petite préface d'icelui, qu'on est près de voir recommencer la guerre ; et par la dernière page, vous verrez aussi que ce qu’on y a mis n’est peut-être pas sans dessein dans la conjoncture présente.

(Bibl. imp.,Hss. F. K., 7, 629, fol. 105.)

N” U.— LA BEYRIB A SBIGNELAY.

26 novembre 1674, à 3 heures cl demie apres midi.

La chambre de l’Arsenal vient de Juger le procès criminel pour lequel le roi l'a établie, et par son arrêt, suivant ses con-

' Trois jours après, un agent du parquet, le sieur Blondot, signalait à Colbert un nouveau libelle intitule l'Éveiqtie dt Tours, ajoutant que ni lui ni La Rejnie n’avaient pu encore en découvrir les distributeurs.

LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE

clusions, M. de Rohan, le chevalier de Préaux et la dame de Villars sont condamnés d'avoir la télé tranchée, Van den Enden à être pendu au même lieu, lui et le chevalier de Préaux, préalablement appliqués à la question ordinaire et extraordinaire pour la révélation des complices, tous leurs biens acquis et confisqués au roi. A l’égard de tous les autres accusés, ils sont réservés à juger après l'exécution de ceux qui sont condamnés; on a même réservé à prononcer sur rélargissement des domestiques de M. de Rohan. Il y a eu plusieurs avis à donner la question à M. de Rohan, d’autres à l’y présenter seulement, et il a passé au contraire.

On avoit marqué pour l’exécution le lieu de la Grève, et néanmoins on a ordonné qu’elle seroit faite au devant de la Bastille, sur ce qu’un de MM. les rapporteurs a dit et sur ce qu’on a cru qu’il avoit des ordres secrets pour cela; et comme il reste peu de temps, qu’il est aussi important et nécessaire de faire plusieurs interrogatoires et apparemment de nouvelles confrontations aux accusés dont le jugement est sursis, que ceux qui sont jugés doivent être disposés, et qu’il y a beaucoup d’autres choses qui ne peuvent présentement être faites pour l’exécution de l'arrêt en tous ses chefs, la chambre a résolu d’en différer la prononciation jusquesà demain matin pour être ensuite exécuté dans le jour même. Les derniers exemples des personnes de qualité exécutées à mort sont de MM. de Biron, de Marillac, de Montmorenci et de Cinq-Mars.

Le maréchal de Biron fut, par l'arrêt du parlement, condamné à avoir la tête tranchée en la place de Grevé, et par lettres patentes d’Henri IV, expédiées à Saint-Germain-en- Laye, depuis la condamnation, le lieu de l’execution fut changé, et elle fut faite dans l'enclos de la Bastille.

Le maréchal de Marillac fut depuis exécuté en Grève ; M. de Montmorenci dans l’enclos de l’hôtel de ville de Toulouse, et M. de Cinq-Mars dans la place publique de Lyon.

L’arrêt qu'on vient de rendre m’oblige de vous marquer les exemples de ces différentes exécutions, dont il y en a eu deux qui ont été faites dans des lieux particuliers et deux autres en public. Presque tous les juges auroient cru que ce qui a été jugé aujourd'hui, en se dispensant eu cela de ce qui se fait d’ordinaire, ne devoit pas venir d'eux, mais de la grâce du roi; cependant il n'a pas été possible de s'y remettre après que j’ai

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été appelé et après qu’on y a fait quelque réflexion, parce que deux des juges, qui étoient indisposés, ont été forcés de se retirer. Cela n'empéchera pas néanmoins que l’exécution à mort de quatre personnes en même temps et en même lieu, avec la différence dans le genre des supplices et ce qu'il faut d'appareil pour cela, ne fasse un spectacle qui sera non-seulement terrible, car il le doit être, mais encore assez nouveau par le nombre et par toutes ces circonstances.

Je vous envoie deux lettres d'Henri IV ci-jointes et que j’ay trouvées dans les registres du parlement : l’une pour la prononciation de l’arrêt au château de la Bastille, et l'autre depuis la condainuation et avant l'exécution de M. de Biron. Le premier ordre qui fut donne pour la prouonciation de l'arrêt de M. de Biron, étoit absolument nécessaire, parce qu'étant jugé par le parlemeut, il auroit dd être laissé a la conciergerie du palais. Peut-être qu'on s'en peut passer pour l’arrêt d’aujourd'hui, étant rendu par des commissaires extraordinaires qui n’ont pas de prisons. Cependant, comme il y a peu d’exemples de semblables choses, j’avoue que je devois vous marquer celui-ci, et j’estime que, dans le doute, cette précaution pourroit être d’autant plus raisonnable qu’en tous les actes princip.'iux de justice qui sont faits dans la Bastille, il e.'^t toujours dit qu’ils out été faits avec la permission du roi, et il est non-seulement de nécessité en cette occasion qu’on y prononce l'arrêt, mais on ne peut éviter de donner la question dans le même lieu à ceux que l’arrêt a condamnes à cette peine. A l’égard des interrogatoires, ils seront faits à la question, avant et après, par les deux rapporteurs.

Quant au lieu de l’exécution de M. de Biron, vous verrez que ce changement fut fait par des lettres patentes du même jour. Les motifs sont employés dans les lettres mêmes, mais l’histoire particulière de ce procès marque que ce fut sur les instances du maréchal de la force et des autres parens du maréchal de Biron, et je ne dois pas omettre qu’elles furent enregistrées au parlement avant l’exécution et sur les conclusions du procureur général.

M. de Saint-Sandoux est arrivé à une heure après minuit, et après avoir conféré avec lui suivant l’ordre du roi, nous sommes convenus qu’il se tiendroit toute la matinée eu état de recevoir les avis qu'il serait nécessaire qu'il eût, qu’il ne feroit

LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE

rien en attendant qui pût avoir la moindre application à l'affaire de l'Arsenal, et qu’a la sortie de la chambre il auroit agréable de se rendre chez moi, où je viens de le trouver. Il va dans ce moment donner les ordres dont il a accoutumé de se servir pour avertir les compagnies de se mettre en état, et demain, dès les dix heures du matin, il occupera tous les postes qu'il jugera nécessaire de prendre auv environs de la Bastille.

Je vous supplie de me faire savoir s’il y a quelque choix particulier à faire d’un confesseur pour M. de Rohaii ; le père Bourdaloue u'en étoit pas encore satisfait à midi.

(Bibl. imp., Mss. F, F., 7, 629.)

N° 12. — LA BEYRIE A

Ce mardi 27 novembre 1674, à 7 heures du matin.

Faites-moi savoir exactement par le sieur Desgrez tout ce qui se passera à la prononciation de l’arrêt, particulièrement ù l’égard de M. de Kohan, et s'il y a quelque chose de particulier et d'important, écrivez-moi sur-le-champ sur un morceau de papier, et inettez-lc entre les mains du sieur Desgrez qui est homme sûr et que je ferai tenir a la Bastille pour cela.

Il y a ici un courrier de Saint-Germain qui attend ce que je vous demande et que je ferai partir sur-le-champ. Ainsi, ne manquez pas, s’il vous plaît, avant de commencer autre chose, d'ecrire un mot sur cela; mais ne vous expliquez à personne de ce que je vous écris.

Quant aux questions, prenez la peine, dès que vos procèsverbaux seront achevés, de passer ici à l’heure même, parce qu'il faudra dépêcher encore au même instant, s'il y a quelque chose de nouveau, ctquandmême il n’y aura rien.

Parlez au doeteur destiné pour madame de Villarset dites-lui, s’il vous plaît, qu'il l'exhorte à déclarer ce qu’elle sait. La qualité du crime, l'intérêt du roi et celui de l'Etat demaudeut qu'il prenne ce soin et qu’il fasse tout ce qui dépend de lui pour l'obliger de donner tous les éclaircissemcns possibles.

Je suis persuadé que vous avez fait avertir le maître des

LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE. 421

œuvres pour disposer les choses npce>isaires. Je suis tout à vous.

Du 27 novembre, à 1 1 heures.

J’ai reçu ordre de laisser emporter le corps de M. de Rohan après l'exécution, et j’ai écrit à M. de Bcsniaux aQn iju’il donne ceux qui peuvent être nécessaires, aOu qu'il pdt être retiré dans la Bastille. Il faut, s'il vous plaît, prendre vos précautions pour cela avec l'exécuteur, lui dire de ne le point fouiller ni prendre ses habits, et qu’on lui en fera raison.

(Arch. de l'Empire; section judiciaire. Procès du chevalier de Rohan.)

N” 13. — LA BEYME AU HABQUIS DE SEIGNELAY.

27 novembre 1674, à 10 heures du matin.

(I étoit bien trois heures après midi lorsque l’arrêt fut conclu et avant qu'il fdt signe. Après ce moment, j’eus plusieurs choses à faire qui étoient du service et qu’il fut impossible de quitter. Je crus même qu'il seroit irés-iuutile de rendre compte de ce qui s’étoit passé, avant que les choses fussent dans un état ferme ; et d’autant plus que j’étois bien assuré que je ne pouvais donner le premier avis, et que j’estimois aussi qu’il étoit important avec cela de vous informer un peu plus particulièrement de tout ce qui avoit été fait et de ce queje pouvais prévoir, dans cet instant, pour la suite.

M. de Forbin prit la peine, dès hier au soir, de passer chez moi, après avoir attendu toute la matinée à la Bastille.

Il fut ensuite trouver M. de Saiut-Sandous qui l’avoit cherché; et ils me firent savoir depuis qu’ils avoient résolu de se trouver dès sept heures aux postes qu’ils ont cru à propos de mettre dans le quartier et environs de la Bastille.

J’ai fait tendre ce matin les chaînes des principales rues de la grande rue Saint-Antoine.

Je vous envoie une copie des dispositions de l’arrêt et des conclusions. J'ajouterai à ce que j’ai eu déjà l’honneur de vous en écrire, que les seize juges ont été d'un même avis pour

LKrrRKS KT RAPPORTS ÜK POLICE,

la peine de mort des quatre contre lesquels elle a été prononcée.

M. de Besmaux me fit hier remettre entre les mains un mémoire de Van den Enden que je vous envoie, après en avoir tiré ce que j’ai cru nécessaire pour les interrogatoires. Il m'envoya aussi la lettre ci-jointe de mademoiselle de Villers pour M. de Rohan'. Mais je ne saurais dire de quel temps précisément sont ces écritures.

J'ai écrit au père Bourdaloue pour lui marquer combien il est nécessaire qu’il emploie son ministère à disposer M. de Rohan à déclarer les choses importantes au service du roi et au bien de son l-.tat, que la qualité de l'afTaire l’oblige à ce soin, d'autant plus que telle déclaration qui puisse être faite ne sauroit augmenter la peine de celui qui est déjà condamné.

En écrivant cette lettre, j’apprends que Desgrez, que j’ai fait tenir à la Bastille, [vient d'Japprendre dans ce moment, à dix heures précises du matin, que l’arrêt vient d’être prononcé à M. de Rohan dans la chapelle de la Bastille et qu’il l’a entendu avec une constance merveilleuse. II a demandé premièrement s’il devoit se mettre à genoux, et il s’y est mis dés qu’on lui a dit qu’il le falloit. Il a dit que, puisque c’étoit la volonté de Dieu et celle du roi , il n’avoit rien à dire. Il a regardé ensuite l’exécuteur et lui a dit ces mots : Je crois que c’est vous. Et l’exécuteur lui ayant répondu, M. de Rohan a dit qu’il faisait ce qu’il devoit faire. Après cela, l’exécuteur a proposé à M. de Rohan de détacher lui-même un ruban de son habit, pour être lié, et .M. de Rohan n’en a rien voulu faire, disant que Jésus-Christ avoit été attaché avec des cordes, et qu’il n’y avoit pas d’inconvénient qu’il le fût. Et dans ce moment, il a mis lui-même ses mains en croix, et il s’est fait attacher, gardant en tout une grande modération. Le père Bourdaloue étoit présent. On a prononcé l’arrêt à madame de Villars en même temps. J’ajoute encore que dès hier au soirM. de Rohan parut être dans de grands sentimens du côté de Dieu -, et dans un certain moment qu’on lui ôta un couteau, il dit que cette précaution étoit inutile et que s’il avoit été capable de quelques folies par le passé, il ne vouloit pas se perdre pour l’éternité.

Mes commissaires font presentcnieut préparer la question pour ceux qui la doivent avoir.

■ Nous l'avons publiée, page 162, noie.

LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE

On a prononcé I arrêt à madame de Villarsetà M. de Rohan en même temps.

J’oubliois de tous dire que M. de Rohan s'est confessé cette nuit et qu'il a communié avec de grands sentimens de piété.

(Bibl. imp., MS0 F. F. 7,6Î9, fol. JIO.)

N° 14. — LA BEYNIB AU HABQLTS DE SEIGRELAV.

27 novembre 1674, à 2 beurea aprèa-midi.

Apres que le greffier a eu prononcé l'arrêt à M. de Rohan et à madame de Villars, il est allé trouver !MM. les commissaires qui l'ont conduit dans un autre lieu de la Bastille; et à l'instant le chevalier de Préaux a été appliqué à la question et ensuite Van den Knden.

Le premier n'a rien dit que ce qu’il avoit dit dans ses interrogatoires; l’autre aseulement ajouté qu’il aentendudireàM. de Rohan : t Si nous pouvions avoir le roi ! • et, quand on auroit Quillebcuf, on pousseroit jusques à Versailles pour enlever le roi s’il y étuit; que .M. de Rohan lui avoit dit cela dans sa galerie à Saint-.Mandé, et une autre fois dans son carrosse; que I.atréaumont lui avoit montre sur la carte le Pont-del'Arclie pour y avoir des correspondances, et lui disoit eu avoir encore d'autres.

(Bibl. imp., Mss. F. F. 7,629, fol. 118.)

M" IS.— LA BEYNIE AU PBBE BODRDALOUE

Ce mardi, 27* jour de novembre 1674, à deux heures après-midi.

Mon révérend père, j'apprends que ceux qui ont été jugés a mort par l'arrêt qui a condamné M. de Rohan à la même

' Note lie la main de La Hcynie : « Celle lettre m’a été rapportée par Besnard, que j’avois envoyé, et il m'a dit qu'il n'a pas jugé a propos de la rendre, ayant trouvé M. de Ruban déjà hors de la Bastille, près d'arriver au beu de l'exéeution. »

LETTHES ET «APPORTS DE POUCE

peine, déclarent des choses qui sont de la dernière conséquence et qui touchent la sûreté de la personne du roi; et comme vous savez trop bien à quoi votre ministère vous oblige en cette occasion, je croirois, après vous en avoir donné avis, me pouvoir dispenser de vous prier d'employer tous vos soins pour faire connoltre à M. de Rohan les raisons que vous savez, et qui l'obligent nécessairement de donner sur ce point tous les éclaircissemens qui dépendent de lui. Mais comme mon devoir et mon ministère particulier ne me permettent pas de rien omettre à cet égard, je vous supplie d'employer tout ce que vos lumières et votre profession vous peuvent iuspirer dans une conjoncture si importante, et d'autant plus que la peine à laquelle M. de Rohan est condamné ne sauroit être augmentée, quelque chose qu'il pût présentement déclarer.

Je rends compte au roi de ce que j'ai l'honneur de vous écrire, et je ne doute point qu'il n'attende de votre prudente conduite tout ce qui peut être à désirer en cette occasion pour le bien de son service, pour la sûreté de sa personne et pour l'intérêt de son État.

Je suis, mon révérend père, votre très-humble et obéissant serviteur.

— Si M. de Rohan veut déclarer quelque chose et le dire à MM. les commissaires, ils seront auprès de lui au moment que j'en serai averti.

(Bibl. imp. Hss. F. F. 7,629.)

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