IS° 16. —LA BBYNIB AU MARQUIS DE SEIGNELAY
‘11 novembre I67t, à 7 heure» do soir.
La dame de Villars n’a été exécutée que la troisième. Celui qui me l'a'voit rapporté s'étoit brouillé dans son récit, et il m’a fait mécompter en cela de quatre heures.
M. de Rohan est mort, selon qu'il a paru, avec des sentimens dignes d'un chrétien véritablement touché, et sa fermeté n’a rien eu qui n’ait semblé modeste. Il n’a voulu rien dire néanmoins, encore que le greffier l’en ait ' fait souvenir plusieurs fois; il a eu de la peine à supporter la vue de Van den
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Ënden, bien qu’après l’avertissement que le père Bourdaloue lui en a fait dans la r.hapelle, il Tût disposé à le souffrir; on n’a pas laissé de mettre ce misérable étranger dans un lieu séparé.
dame de Villars a témoigné une constance extraordinaire , jusque dans le dernier moment de sa vie. Elle a chargé un peu plus le nommé Daigremont qu’il ne l’étoit dans ses interrogatoires qui sont au procès. Et après avoir donné tous les ordres nécessaires aux affaires de sa famille, aveu une grande tranquillité d’esprit^ elle a dit au greffier, en allant au lieu du supplice, qu'elle ne croyoit pas que ses juges eussent trouvé au procès assez de preuves contre elle, mais qu’elle le chargeoitde leur dire qu’ils avoient bien jugé, qu’elle étoit coupable, qu’elle étoit entrée dans l'affaire de la révolte de Normandie et qu’elle avoit agi pour ce dessein. Elle a voulu, après cela, nommer plusieurs personnes à qui elle avoit parlé en Normandie; mais aussitôt après elle a dit qu’elle ne le devoit pas faire, parce que ceux qu’elle avoit voulu engager ne s’étoient point engagés en effet et ne l’avoient pas même écoutée et qu’ainsi elle leur feroit tort, sans qu’il fût nécessaire; et elle en est demeurée là.
Le chevalier de Préaux a subi sa peine aussi sans murmurer et avec une assez grande fermeté. Il a dit à la question, parlant des personnes de qualité qu’il avoit ci-devant nommées dans ses interrogatoires, que Latréaumont lui avoit dit qu’ils pourvoient entrer daus l’affaire ; et c'est un autre sens que le premier, parce qu'il avoit dit à la dame de Villars qu’ils en étoient; et bien qu’en cette dernière façon le fait ne semble d’aucune considération, celui-là même qui l'a établi a dit au greffier avant de mourir qu’il craignoii que ce ne fût la force des tourmens qui le lui eût fait dire et qu’il en avoit un trèsgrand scrupule.
Vau den Enden a paru un peu plus faible que les autres; mais son ôge et la rigueur des mêmes tourmens peuvent bien aussi lui avoir causé cet abattement. Il n’a presque dit à la question que ce que j’ai marqué dans ma lettre d’aujourd'hui, écrite à 2 heures ; et c’est encore à peu près dans le même sens qu’il s'étoit expliqué par ses interrogatoires. Il a dit aussi qu’il savoit de Latréaumont qu’il y avoit des gentilshommes en Guienne qui dévoient monter à cheval, et que le même disoit que le roi avoit fait précisément ce que lui, Latréaumont, vou-
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loit faire, ea faisant monter à cheval la noblesse de Normandie, parce qu’il y en avoit beaucoup.
L’exécutiou entière de tous a été faite sans tumulte, quoiqu'il y eût grand concours de monde. Les soins des officiers des mousquetaires et des gardes du corps du roi ont produit en tout un si bon ordre qu'on a remarqué dans ce grand spectacle même silence qu'ou auroit dû attendre dans un lieu particulier. EuOn, on peut dire, après ce qu'on a vu en ce jour, que puisque Dieu avoil permis que ceux qu'on y a vu périr fussent entrés dans des desseins aussi pernicieux que ceux qu'ils avoient faits, c’est sans doute que la justice du roi a fait un exemple terrible sur des personnes qui pouvoient être, chacune en sa manière, capables de penser et d’agir dans le mal avec force et avec résolution.
M. le chancelier et tous les commissaires arrêtèrent hier, avant de se séparer, qu’ils se trouveroient demain à l’Arsenal à l'heure ordinaire, afin de juger le reste des accusés et des prisonniers de la Bastille. Nous sommes tous persuadés que c’est l’intention du roi, et je crois être obligé de vous demander les ordres qu'il plaira à Sa Majesté de donner à l’égard de ce tribunal qui ne pourroit être occupé avec bienséance des restes d’une malheureuse affaire et qui consistent seulemeut en deux décrets, l’un contre le chevalier de Préaux, et l’autre contre le comte de Fiers, contre lesquels même il n’est venu aucune charge nouvelle.
(Bibl. inip. Mss. F. F. 7,629, fol. 121.)
N° 17. — LA BEYNIE A COLBBBT.
Paris, 2 août I6''6.
Le procès des prisonniers qui avoient été arrêtés à la Bastille par ordre du roi, à cause des derniers libelles qui ont paru, a été jugé ce matin au nouveau Chêtelet, après avoir demeuré sur le bureau depuis lundi dernier. Vous verrez par le mémoire que je me donne l'honneur de vous envoyer, ce qui a été jugé et à quoi chacun des accusés a été condamné. J’aurois cru, si les deux misérables qui doivent faire amende honorable avoient été condamnés aux galères, que le
roi, en leur faisant grâce et en leur areordant des lettres de commutation ou de rappel, s’il lui eût plu ainsi et sur les instances et à la supplication de M. l’archevêque, que cette grâce auroit pu faire en toutes manières un assez bon effet; mais le jugement, tel qu'il est, eu égard à la qualité du crime et à la nécessité de faire quelque exemple, ne peut être, ce semble, adouci en rien, du moins quant à présent.
M. le premier président de Rouen m'a écrit qu'il attendoit pour le jugement des prisonniers ' qui sont à Rouen, de savoir ce qui seroit fait ici et que je lui en donne avis, si vous l’avez agréable...
M. Desmarets* m’a écrit par votre ordre, que vous êtes informé de ce qu'on a dit d’un misérable rubanier du faubourg Saint-Marcel qui a tué ou blessé quatre de ses enfans, et de quelques attroupemeus de veudeurs d’eau-de-vie. Sur quoi je dois avoir l'honneur de vous dire que plusieurs personnes mal affectionnées ont essayé d’insinuer qu'une signification qu’on prétendoit avoir été faite d'une taxe, à ce pauvre artisan, l’auroit mis au désespoir et l'auroit porté à cette extrémité de vouloir tuer sa femme et d’égorger ses enfans, et qu’il y avoit un grand concours de personnes dans le lieu où cet accident est arrivé.
Cependant, suivant ce que vous avez estimé a propos, il n'a été signifié aucune taxe ù aucun artisan de Paris. J'ai même pris soin, suivant vos ordres, de faire entendre, et il y a longtemps, à cette communauté de rubaniers, qui est très-nombreuse et très-pauvre, qu’elle n’avoit qu’à continuer de vivre comme clic avoit accoutumé ; et ainsi il est bien certain qu’il n’y a rien eu de ce côté et que ce malheur est seulement la suite et le pur effet de la démence où parolt être manifestement ce pauvre homme depuis qu'il a été arrêté. Jjt concours de monde en sa maison n’est pas plus véritable, et il n’y a eu en cela que ce qui arrive en ces occasions où l’on voit quelque chose d’extraordinaire. Le commissaire du quartiers vu tous les jours ce qui s’y est passé, et il m’en a informé ; et vous jugez bien que s’il se fût passé, à cet égard quelque chose de plus, je u’aurois pas manqué de vous en rendre compte.
' Impliqués dam l'affaire du chevalier de Rohan.
* Celait un neveu et commis de Colbert. Disgracié à sa mort, il devint eu 1709 contrôleur général des finances .
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Le peuple qui a accoutumé de relever cette sorte d’accidens extraordinaires eu a fait une histoire eu vers du Pont-^ieuf, et en chanson ; j’ai fait enlever tout ce qu’on en a trouvé, encore que ces imprimés ne parloient d’autre chose que de ce qu’il y a de tragique dans la cruauté d’un père qui tue ses enfaus'...
Je dois encore avoir l'honneur de vous iuformer de l’emportement epouvantahleoù l’on vit il y a deux Jours dans un Jeu de paume de cette ville, un nommé Chevalier, qu’on dit être d'Orléans et engagé dans l’une des sous-fermes des fermes générales. Cet homme, après un coup qui le mit hors de lui, proféra publiquement et hautement des blasphèmes si exécrables et si nouveaux que tout le monde en fut épouvanté; et comme il sut que le commissaire du quartier, qui est sage et homme de probité, l’avoit entendu aussi bien que plusieurs autres personnes et que J’en étois averti, il envoya sur-le-champ plusieurs de ses amis pour l’excuser, à qui Je dis que Je vous en rendrais compte. En effet. Je dois encore une fois avoir l’honneur de vous dire que l’emportement de ce misérable fut si terrible et les blasphèmes si exécrables qu’ils feroient horreur aux démons mêmes. Et comme je sais qu’entre tous les crimes il n’en est pas qui puisse être plus insupportable au roi et plus digne de la Justice, Je eroiroisque ce détestable Masphémateur devrait être puni et qu’il le pourroil être sans le remettre entre les maius des ofQciers de Justice, soit à cause de la difficulté qu'il po rroit y avoir à trouver des témoins et recounoître ceux qui devraient être entendus, soit parce (pi'tl n'est peut-être pas toujours expédient que les grands crimes, inêiue eu les punissant, viennent à la conuoissauce du public. IVut-être aussi, une longue prison, par ordre de Sa Majesté, pourra obliger ce coupable de rcconnoître sa faute et lui donner lieu de s’en repentir.
(Bibl. imp. Mss. SOO Colbert. Lellres adressées à Colbert ; à sa date.)
I Voir, sur cette même aftaire, une lettre de madame de Sévigne du 31 Juillet 1615, lUcntioDnée a la page 311.
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N“ 18. — LA BBYNIB A COLBBBT.
Ce 16 janvier 1677.
Bien que le dégel ait élé extrêmement doux, la rivière ayant gros.'<i, elle a fait beaucoup de désordre, cette nuit, à Paris, parles glaces qu'elle a entraînées. Presque tous les bateaux qui se sont trouvés dans les ports ont été fraeassés. Le Pont-Rouge a été emporté ce matin, à six heures, par la seule glace qui étoit entre ce pont-lb et le Pont-Neuf. Et il y a encore présentement un très-grand sujet de craindre pour tous les autres ponts de Paris et surtout pour les ponts de la Tournelle et Petit-Pont, pour le Pont-Marie et pour le Pont-au-Change, parce qu’il s'y est arrêté des montagnes de glace que ces ponts auront peine à soutenir longtemps; et ils seront infailliblement emportés, s’il survient un surcroît d’eau capable de pousser avec quelque impétuosité les glaces qui sont entassées à la tête et au milieu de la rivière d'une manière tellement extraordinaire que le peuple y accourt de tous côtés pour voir ces amas de glace, dont l'épaisseur et la quantité a quelque chose de prodigieux. C'est sur les deux heures après minuit que le plus grand désordre est arrivé, et le bruit a été si grand que tous ceux qui logent sur les ponts et sur les bords de la rivière ont été sur pied et en crainte tout le reste de la nuit. On a appréhendé que la Tournelle, où sont les galériens, ne fût emportée. Et il est vrai que la glace qui s'y est élevée jusqu’au premier étage, par l’effort de celle qui est au-dessus, pouvoitdonner quelque sorte d’appréhension.
La rivière des Gobelins a été aussi extrêmement débordée ; mais comme la rivière de Seine ne l’a pas été à proportion, ce torrent qui a eu son cours et sa décharge, par ce moyen, n’a fait d'autre désordre dans le faubourg où il passe que celui d’abattre quelques murs à l'hôpital de la .Miséricorde.
Les ofOciers font ce qu’ils peuvent pour le secours de tous ceux qui en ont besoin.
(Bibl. iiup. M$s. Mélanges Colbert; 174, fol. 160.)
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N° 19. — LA BBYNIB A COIBEBT.
Ce samedi au soir, 16 de janvier 1677.
La rivière étant crue de plusieurs pieds, enviroo sur les trois heures de cette après-dînée les glaces, qui étoient entassées dans le canal au-dessus de Paris, ont été jetées en partie dans la plaine, et le reste, avec ce qui en étoit retenu par les ponts, a été emporté et brisé d’une furie qui a épouvanté tous ceux qui l’ont vu. Quelques arches des ponts de la Tournelle, de celui de l’Hôtel-Dieu et du Petil-Pout ont été d’abord bouchées depuis le fond de l’eau jusqu’au haut du cintre, et elles sont encore au même état à huit heures du soir ; mais le péril ne semble pas avec cela être tel à présent qu’il paroissuit être tout ce matin , parce que les ponts ont soufl'ert les plus rudes chocs qu’ils puissent avoir, et parce que la rivière coule toujours cependant sous les arches qui sont libres, quoique ce soit avec plus de rapidité.
Les habitans des maisons qui sont sur le Pont-Marie avoient commencé, dès cette nuit, à se retirer, et ils ont quitté entièrement. Ceux du Petit-Pont les ont imités ce matin; et tout ce qui restoit sur les autres ponts habités a été si effrayé du bruit et du fracas de cette après-dlnée, qu'il n’y est resté personne. J’en ai donné avis à M. le chevalier du Guet et à M. Blondot, afin qu'ils prennent des précautions pour cette nuit, dans ces quartiers-là, et aOn qu’elles se puissent étendre, s’il y a moyen, jusqu’à la pointe du jour.
Quelques moulins et le reste des bateaux ont été emportés. On prétend qu’il y a eu jusqu’à vingt-cinq ou trente personnes qui se sont laissé surprendre et qui ont péri ; mais le nombre n’en est pas bien assuré.
(Bibl. imp. Mss. Mélanges Colbert; 171, fol. 162.)
N* 20. — LA BEYNIE A COLBEBT.
Paris, ce 19 avril 1677.
A peine apprend-on la nouvelle de la prise de Cambrai que cette ville se trouve partout remplie d’une joie qu’il est [aussi] d ifli-
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cile de vous faire connottre, au point où elle est, qu'il eût été malaisé, il y a quelques jours, de vous représenter l'étonucment et la surprise où la grandeur des desseins du roi tenoit ici tout le monde. Mais cette Joie extraordinaire ne vient pas seulement de ce qu’on croit être à couvert des incursions des ennemis, aux environs de Paris et dans les provinces voisines ; elle n'est pas non plus de ce que les frontières sont et plus éloignées et plus sûres qu’elles n’étoient : on se réjouit à Paris principalement de ce qu’on doit au roi tous ces grands avantages, et il n’y a personne qui ne se fasse un plaisir extrême de penser à ce que toute l’Kurope va dire d’un prince capable de former, de conduire et d’exécuter lui-même de telles entreprises, et qui, en réunissant à la France les places importantes qu’il vient de forcer, fait plus pour la grandeur de son État dans le commencement d’une seule campagne, qu’on n’a pu faire pendant toutes les guerres des règnes précédons. C'est enfin la gloire du roi qui fait tout le sujet de la Joie publique; et c'est l’amour, l'estime et le respect qu'on a pour Sa Majesté que chacun fait paroître en cette occasion qui m’oblige moimême à vous en rendre compte et qui me persuade qu’on ne sauroit voir ailleurs des sujets et des peuples plus fidèles ni plus affectionnés.
(Bibl. imp. Mélanges Colbert ,-174, fol. 286.)
N" 21. — LA BEYRIB A COLBEBT.
Ce mardi 6* de icpterobre 167T, apres 9 heures du soir.
Il vient d’arriver un très-grand désordre à la Tournelle - les galériens se sont déchaînés et après s’être saisis des .armes du corps-de-garde, ils ont fait des efforts qu’on a eu peine à soutenir. Il y en a quelques-uns qui ont été blessés ; mais autant que cela se peut connottre dans l’empressement où l’on est encore pour achever de s’assurer de tous, on n’en voit que trois qui soient blessés. Aucun ne s’est sauvé de cette fois, et quoiqu’ils fussent cinquante eu liberté d’agir et qu’ils agisscut, en effet, en gens déterminés, ils n’ont pu achever leur entreprise. Il y a eu aussi quelque artisan qui a été blessé, parce que Je me suis trouvé obligé, dans le commencement de l'action, d’em-
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ployer ce que J’ai pu rencontrer, les archers de toutes les compagnies étant tellement séparés aujourd’hui qu’il s’est passé plus de deux heures sans qu’on en ait pu trouver aucun ; mais Auzillon étant heureusement arrivé, il a fait en cette occasion tout ce qu’un homme de cœur et de tête pouvoit faire, pour la finir heureusement. Il m’a d'abord proposé de lui laisser enfoncer la porte, sur la confiauce qu'il avoit de forcer ces misérables, pour peu qu’il fût suivi -, et, comme le péril m'a semblé trop grand pour un officier qui mérite bien d’étre conservé; que je ne voyois personne pour le suivre de qui on pût être assuré ; et que, d’ailleurs, si le parti ne réussissoit pas, c’étoit faciliter l'évasion de ceux qui cherchoient à se sauver, et qu'enfin il pouvoit être tué du monde de part et d’autre, j'ai cru plus à propos, après avoir demandé à Auzillon s’il eonnoissoit quelques-uns de ces misérables galériens, et après qu’il m’a dit qu'il en eonnoissoit plusieurs, de lui doimer ordre d'aller par-dessus un toit joignant le réduit, et essayer de faire entendre à ces misérables qu’on étoit en état de les forcer ; qu'on feroit main basse, s’ils ne quittoient les armes et s'ils ne se soumettoient Mais étant allé en ce même lieu et ayant joint l’action à la parole, il a eu la résolution, en proposant la capitulation, de se jeter, l’épée à la main, avec un autre qui l’a suivi, au milieu de tous ces furieux, et il les a tellement étonnés qu’ils ont aussitôt mis armes bas, et qu’il les a fait coucher sur le ventre. On lui a donné peu à peu du secours ; et, enfin, on s’est rendu maître premièrement de tous les formats qui étoient dans la cour, et après cela de quelques autres qui s'étoieut barricadés dans une chambre. Mais j’ose dire que cet officier a tout fait, et que lorsque je suis entré dans le lieu où tout cela se passait, croyant qu’il n’y pouvoit avoir aucun péril, j’ai reconnu que ces malheureux qui étoient tous ensemble dans une cour et dont il n’y en avoit aucun d’attaché, étoient bien plus forts depuis qu’on y étoit entré qu’auparavant, parce que ceux qui les gardoient étoient en bien moindre nombre et si peu précautionnés que les galériens pouvaient facilement se saisir de leurs armes, de manière qu’il n’y avoit que la seule fermeté d’Auzillon qui soutenoit tout en ce lieu. Heureusement le désordre vient définir entre huit et neuf heures du soir, et à près d’une heure dans la nuit, M. le procureur général, à qui j’en avois fait donner avis, a envoyé M. Alart, son substitut, qui va donner des or-
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dres pour ce qui reste à faire au dedans. Il y a un chirurgien et un médecin pour les blessés. Il y a des brigades et des escouades du guet qui sont au dehors et qui demeureront en ce même poste toute la nuit. Auzillon ne quittera pas le dedans que tout ne soit enchainé et dans une entière silreté. Les commissaires Picart et Dominois, qui sont aussi commissaires u quartier, ont fuit leur devoir en cette occasion
(Bibl. inip. Mss. Mélanges Colbert ; 175, fol. 67.)
N“ 22.— LAMOIGfiOJI A LA BEYNIE*.
30 janvier IC30.
Je TOUS envoie tout ce que j'ai pu tirer de la Glle de mon cocher; vous verrez par ses réponses qu’elle n’est pas tout à fait ignorante de ce qui se passoit dans la maison. Si vous croyez qu’il y ait d'autres faits sur lesquels je la doive interroger, je ne manquerai pas de le faire ; comme ces réponses sont écrites de ma main, vous en ferez l’usage que vous Jugerez à propos.
Je travaille sur le mémoire que M. Robert m’a donné do votre part. Tous les domestiques de mon père étoient d’anciens valets à la réserve du maître d’hôtel, du sommeiller et du garçon qui semoit au jardin, et qui gardoit aux heures du repas le buffet. Le maître d’hôtel lui avoit été donné six mois auparavant par M. de Bemon; il est demeuré uu au après sa mort sans condition, espérant toujours de rester auprès de moi ; enfin il est à M. le chevalier de Lorraine, d’où il veut sortir à ce qu'il m’a dit ce matin.
Le sommelier étoit au village d'Auteuil lors de la maladie, le maître d’hôtel n’y étoit pas ; il a demeuré un mois sans con-
' Unie, de la main de Colbert : « Désordre. Galériens.
• Si l’on avoit fait ce que j'avois dit, l'on cOt donné des ordres particuliers de visiter les lieux et voir ce qu’il y avoit 5 faire pour y donner une entière sûreté. 4e crois qu’il faiidruit ôter le gardien ordinaire. — GOO livres de gr.iliiicatioa au sieur Auzillon. ■
* Lettre écrite au sujet de l’affaire des poisons. Voir chapitre vu.
'dition ; depuis je u’ai point eu de ses nouvelles ; j'en aurai bieutôt, il avoitétéchez.M.deRanne.
Le jardinier se nommoit Guillaume; c'étoit un Provençal, nommé l’abbé Rubaut, qui l'avoit donné à mou père, et qui nous disoit l’avoir pris cliez Durant, au bout du cours. Vous remarquerez, s’il vous plaît, que cet abbé se mêle de beaucoup de choses, et que mou père l’avoit chassé de chez lui parce qu’il avoit pris de l’argent de quelques |>arlics pour le solliciter. Le même homme avoit aussi des entrées chez M. de Louvois qu’il a perdues, je ne sais pas pourquoi. Pour le jardinier, c’est un garçon fort pâle et froid qui connoissoit fort bien les simples : nous le croyions un homme de bleu ; par cette raison, je le fis mon portier après la mort de mou père. Il n’y demeura pas quinze jours et me quitta fort vite, sans que depuis ce temps j’aie pu savoir, quelque diligence que j’ai faite, ce qu’il étoit devenu. L’on m’a meme assuré qu’il y avoit un grand soupçon que c’étoit lui qui avoit dérobé toutes les fleurs curieuses qui étoient dans le jardin du palais. Comme elles appartenoient à ma mère et que ce soupçon pouvoit tomber sur ses gens, je n’ai pas fait une plus grande perquisition de ce vol. Ce jardinier avoit commerce avec tous les curieux de fleurs et entre autres avec Philbert qui avoit coutume d'envoyer des fleurs à mon père. Il lesmettoit le plus souvent dans son cabiuct, et comme il aimoit les senteurs il eu approchoit très-souvent.
Il est impossible que ceux qui ont travaillé aux poisons n’aient fait entrer des simples dans leur composition et qu’ils n’aient eu pour cela commerce avec des jardiniers. Peutêtre que vous ne jugerez pas tout à fait inutile d’interroger sur tout cela quelqu’un des jardiniers, et surtout Philbert luimême.
J’oubliois à vous remarquer que cet abbé Rubaut avoit été de la dernière assemblée du clergé, et que cet emploi joint à la proximité du pays pouvoit lui avoir fait faire connoissance avec ceux qu’on pouvoit soupçonner; mais si les soupçons augmentoient, il seroit d’uue grande conséquence pour l’affaire que celui de MM. les commissaires qui travaille avec vous n’en sût rien; vous en savez bien la raison. Je crois même qu’il ne seroit pas impossible d’obtenir un ordre du roi, afin que vous seul fissiez l’instruction. J’attendrai sur cela à faire ce que vous me prescrirez.
LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE
Je ne puis m’empêcher de vous dire encore qu’en relisant le procès de madame de Brinvilliers, j’ai trouvé dans le nombre des mémoires deux domestiques de M. du Blancmcsnil qui avoient demeuré chez elle et qu’il est certain que madame du Blancmesnil étoit parente proche de madame de Brinvilliers par son mari, et qu’elles se voyoient assez souvent. Les deux domestiques s’appellent, l’une, Grangimont, gouvernante des eufans, l’autre. Amont, nourrice.
Voilà tout ce que j’ai pu trouver jusqu’à présent; je ne doute pas que si cet horrible crime a été commis, Dieu donnera des lumières pour ne le pas laisser impuni. S'il vient quelque chose à votre connoissance.j’atteudrai que vous ayez la bonté de m'en faire avertir, parce qu’il me sera plus facile qu’à vous de débrouiller ce qui s’est passé daus le domestique. Si vous avez même quelque moment à perdre pour conférer sur tout ce qui est contenu dans cette grande lettre et dans le mémoire, je me rendrai chez vous et partout où vous me marquerez, à l’heure que vous voudrez.
(Bibl. inip. S. K. 7,608. — Procèt de la Voisin, page 312.
N" 23. — PKU.ISSON A LA BEYNIK.
7 septembre, 1685.
Agréez la liberté que je prends de vous demander ce que vous avez déjà fait payer par les mains de M. le commissaire de La Mare et que vous devez faire payer encore à l’avenir à un apothicaire nouvellement converti nommé d'Esquilat;car étant chargé de mon côté de lui faire payer une pension qu’il a obtenue dès le lendemain de sa conversion sans aucun retardement, il ne me parolt pas juste qu'il tire de deux côtés, à moins que ce ne soit précisément l’intention du maître.
Il y a encore d’autres personnes que je crois être dans le même cas, bien que je n’en sois pas assuré. Vous savez que plusieurs nous trompent; vous en avez eu des exemples et j'ai eu l’honneur de vous en parler autrefois. Je voudrois qu'il vous plût de faire quelque réflexion aux inconvénicns et que
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ce fût avec un peu d’amitié pour moi, en vous souvenant que je suis, etc.
(Bibl. imp. Mss. Révocation de l’édit de Nantes, S. K. 7,915-4, fol. 490.)
N" 24. — PKLLISSOît A LA BEYNIE.
Chambord, 18 septembre 1685,
J’ai reçu il y a quelques jours la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m'écrire du 10 de ce mois, mais je n’ai que d’hier au soir un mémoire de M. de Croissy pour M. de Montesson. J’en ai pris l’ordre, et vous pouvez envoyer ce gentilhomme à M. Clément, à l’Abbaye, qui lui donnera quinze écus.
Je n’avois point su que le commissaire de La Mare eût fait avertir M. l’abbé des Prés de ce qui regarde le sieur d’Esquilat, apothicaire.
Il serait bon que je susse si les 100 écus dépensés pour lui ont été consumés. Il m’a dit n’en avoir reçu que 2.5 du commissaire de La Mare, et que le reste lui devait être fourni. Je puis vous affirmer que la pension de 300 livres lui fut accordée le lendemain de sa conversion, et qu’il le sut cinq ou six jours après. Il devait être payé depuis le jour de l’abjuration, quand M. Clément apprit qu'il avoit touché autre chose, ce qui le retint. Si le cximmissaire de La Mare lui a voulu ménager son argent et qu’il ne l’ait pas encore mangé, je crois qu’il n’y a pas d’inconvénient, après la petite supercherie qu’il vous a voulu faire, que la pensionne commence pas à courir si tôt. J’attendrai vos avis là-dessus.
Il y a encore quelques autres personnes dont on m’a dit la même chose; entre autres un Bodo, de Valence, qui se dit parent de M. Dache, sa mère et sa sœur, dont l'une est ancienne convertie, le sieur Cotillon et le sieur Pitan, lapidaire, et quantité d'autres du bas peuple, qui prennent de tous côtés, de moi, du père de La Chaise, de votre commissaire, et quelquefois encore par un autre endroit que je ne vous nomme pas. Le roi est bon, pieux, magnanime; il a peine à refuser sur ces sortes de choses, mais c’est pour cela même qu’on doit plus soigneusement prendre garde qu’il n’y soit pas trompé.
LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE. 137
Puisque vous en cherchez les moyens vous-méme, comme j'en suis bien persuadé, Je vous dirai avec la liberté d'un honnête homme fort de votre sentiment, qu'il y en a deux, l'un pour le passé, l'autre pour l’avenir.
Pour le passé, il seroit bon que le commissaire de La Mare me donnât par votre ordre le mémoire de ceux à qui il a fait quelque distribution depuis environ un au, car que peut-il savoir, dans cette foule de gens qui se présentent, si ce ne sont pas les mêmes qu’il a déjà secourus ?
Pour l’avenir, il seroit bon que quand il trouve de pareilles personnes en son chemin, vous eussiez la bonté de m'en avertir, car comment saura-t-il autrement si ce ne sont pas les mêmes qui auront pris d’un autre côté leurs mesures avec moi, comme il est arrivé déjà plusieurs fois, et vous en aurez un exemple sur un de ces mémoires de l’année dernière qui passa parlesmainsde M. deSeignelay.Cela ne m’empêche pas de louer son zèle et sa bonne intention, qui seront encore plus louables quand il y ajoutera ces précautions.
D’ailleurs, à vous parler encore avec plus d’ouverture de cœur, il est aisé de juger que ces sortes de demandes, encore que ce ne soit pas votre dessein, ne se font point par des particuliers sans quelque charitable mention de moi auprès du maître ou de ses ministres, comme ne faisant pas mon devoir ou n'y pouvant suffire, ou n’exécutant pas bien ce qu’il a ordonné. Et il est très-vrai que nous pouvons tous faire des fautes, mais il ne s’ensuit pas que nos amis les doivent relever pour le public, au moins avant que de nous les faire connotire. Et, en mon particulier, je vous assure que s’il me venoit quelques avis contre votre police ou contre le commissaire de La Mare, même dans les fonctions de sa charge, vous seriez le seul qui en entendriez parler.
J’avois prié une personne que nous honorons beaucoup, vous et moi, de vous en parler en ce sens lui-même. Je crois qu’elle n’en aura pas eu le temps. Prenez, s'il vous plaît, toutes ces explications pour autant de marques que je désire de me conserver en l'honneur de vos bonnes grâces.
(Bibl. imp. Mts. Mvocalion de l’édil de Nantes, S. F. 7,915-1, fol. 488.)
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K" 25. — LE MARQUIS DE SEIGHELAY A LA REYNIS.
22 octobre 1685.
Le roi ayant permis à la famille de feu madame de Rohan de faire transporter incessamment son corps qui est enterré au cimetière de Cliarenton, Sa Majesté m’ordonne de vous écrire que vous preniez avec M. de Soubise qui est à Paris, toutes les mesures nécessaires pour faire on sorte que ce transport se fasse sans éclat et sans désordre, auparavant qu’on fasse rien pour la démolition dudit cimetière.
Je vous prie instamment de me faire savoir ponctuellement tout ce qui se sera passé dans la démolition du temple de Charenton, Sa Majesté m'ayant demandé plus de quatre fois aujourd’hui, si je n’avois pas eu des nouvelles de ce qui s’étoit passé lors de l'enregistrement de l’édit, étant fort attentive à ce qui regarde la suite de cette affaire.
(Arch. de l'Empire; Registre du lecrétûires ([ État.)
N* 26. — ACTE d’aRJURATION.
7 novembre 1685.
Je, Daniel I.ejeune de Mimbre, crois de bonne loi, et confesse tous et un chacun les articles contenus au symbole de la foi, duquel use la sainte Lglise romaine, savoir est :
Je crois eu Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles, et en un souverain seigneur Jésus-Christ, bis unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, par lequel toutes choses ont été créées, lequel pour tous les liomm(‘s et pour notre salut est descendu des deux et a été incarné du Saint-Esprit, né de la vierge Marie, fait homme, et crucibé pour nous sous Ponce Pilate, ^a enduré mort et passion, a été enseveli, est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, est monté au ciel, est assis à la
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dextre du Père, et viendra de rechef avec gloire juger les vivans et les morts, du royaume duquel il n’y aura point de fin.
Je crois au Saint-Esprit, souverain seigneur viviOaut tout, qui procède du Père et du Fils, et qui, avec le Père et le Fils, est adoré et glorifié, qui a parlé par les prophètes.
Je crois à une sainte Eglise catholique et apostolique. Je confesse un seul baptême pour la rémission des péchés, et attends la résurrection des morts et la vie des siècles à venir. Ainsi soit-il.
Je crois et embrasse fortement les traditions des apôtres et de la sainte Église, avec toutes les constitutions et observations d'icelle.
J’admets et reçois la sainte Écriture, selon et au sens que cette mère sainte Église tient et a tenu, à laquelle appartient de juger de la vraie intelligence et interprétation de ladite Écriture; et jamais ne la prendrai ni exposerai, que selon le commun accord et consentement unanime des Pères.
Je confesse qu’il y a sept sacreraens de la loi nouvelle, vraiment et proprement ainsi appelée, institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nécessaires, mais non pas tous a un chacun, pour le salut du genre humain lesquels sont : le Baptême, la sainte Eucharistie , la Penitence , l’Extrême-Ouction, l’Ordre, la Conflrmation et le Mariage, et que par iceux la grôce de Dieu nous est conférée, et que d’iceux, le Baptême, la Confirmation et l’Ordre ne se peuvent réitérer sans sacrilège.
Je crois et admets aussi les cérémonies approuvées par l’Église catholique et usitées en fadministration solennelle desdits sacremens.
Je crois aussi et embrasse tout ce qui a été défini et déterminé par le saint concile de Trente, touchant le péché originel et la justification.
Je reconnois qu’en la sainte messe on offre à Dieu un vrai, propre, et propitiatoire sacrifice pour les vivans et pour les morts, et que le corps et le sang, avec l'âme, la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ est vraiment, réellement et substantiellement au très-saint sacrement de l'Eucharistie, et qu’en icelui est fait une conversion de toute la substance du pain au corps et de toute la substance du vin au sang, laquelle conversion l’Église catholique appelle transsubstantiation.
Je confesse aussi que sous une seule des deux espèces, on
prend et reçoit Jésus-Christ tout et entier en un vrai sacrement.
Je confesse qu’il y a un purgatoire où les âmes détenues peuvent être soulagées des suffrages et bienfaits des fidèles.
J’avoue qu'on doit honorer et invoquer les saints et saintes bienheureux et régnant avec Jésus-Christ, lesquels prient et offrent à Dieu leurs oraisons pour nous, et desquels on doit vénérer les saintes reliques;
Comme aussi que l’on doit avoir et retenir les images de Jésus-Christ et de sa bienheureuse Mère perpétuellement vierge, et des autres saints et saintes, en leur faisant l'honneur et révérence qui leur appartient.
Je confesse que notre rédempteur Jésus-Christ a laissé en son Église la puissance des indulgences, et que l'usage en est trèssalutaire au peuple chrétien.
Je reconnais la sainte Église catholique et apostolique, apostolique-romaine, mère et supérieure de toutes les églises.
Je promets et jure une vraie obéissance au Pape et Saint-Père de Rome, successeur de saint Pierre, chef et prince des apôtres, et vicaire de Jésus-tlhrist.
J'approuve sans aucun doute et fais profession de tout ce qui a été décidé, déterminé, et déclaré parles saints canons et conciles généraux, et spécialement par le saint concile de Trente , et rejette, réprouve et anathématise tout ce qui leur est contraire, et toutes hérésies condamnées, rejetées et anathématisées par l'Église.
Je, Daniel Lejeune de Mimbre, promets, voue et jure sur les saints évangiles, de persister entièrement et inviolablement jusqu'au dernier soupir de ma vie, moyennant la grâce de Dieu, en cette foi catholique, hors de laquelle il n'y a point de salut et nul ne se peut sauver, et dont présentement je fais, sans aucune contrainte, profession ; et tant qu'il me sera possible la ferai tenir, garder, observer et professer par tous ceux desquels j’aurai charge en ma maison et en mon état.
Ainsi Dieu soit eu mon aide, et ses saints évangiles, sur lesquels je jure et fais serment; et ce eutre les mains de messire Pierre-Daniel Huet, prêtre, abbé d’Aunay, et en présence des témoins soussignés :
Fait le 7* jour du mois de novembre mit six cent quatrevingt-cinq.
LKTTRES ET RAPPORTS DE POLICE. «1
(Signé :) P.-D. Huet d’Aunay *, Lejeune de Mimbre, Bonnot, Blondeau.
(Ribl. imp. Mss. Révocation de F Édit de Nantes, S. F. 7,915-0, fol. 277.)
N» 27. — DE BESMAUX, GOUVBBNEUB DE LA BASTILLE,
A LA REYME.
Paris, ^ mars 1686.
M. de Monginot me prie de lui permettre de voir M. l’abbé Pageot et de m’adressera M. de Longueil, conseiller, son ami, pour le trouver. Il chancelle toujours et ne laisse de conférer avec M. de Lamon. Je crois que si vous l’approuvez il s’expliquera avec lui. Il me demande aussi s’il ne pourroit pas parler avec M. de Caguy, en ma présence. J’ai reçu un ordre pour laisser voir à M. Masclari, sa femme. M. de Lamon le presse fort; il est fort opiniâtre et je crains que cette visite ne le gâte, car je trouve que les négociations ne sont pas trop bonnes.
Madame Malet dit qu’elle vous a tout avoué, qu’elle vous prie d’excuser sa conduite, d’avoir soin de son mari, et elle prend grand plaisir à raisonner avec M. de Lamon, aussi bien que M. du Breuil ^ et madame de Villeharnou, et madame de Bourncau, pour qui j’ai un ordre de lui laisser voir M. Pavillon, M. du Lignon et l’abbé de Lavau. M. de Lamon presse aussi fort M. de Bessé et sa femme, et eu espère beaucoup. Je m’y applique de mon mieux et vous avertirai de la suite.
Je n’ai pas dit encore rien de ces ordres.
(Bibl. imp. Mss. Révocation de l'Édit de Nantes, S. F. 7,815-4, fol. 451.)
‘ Plus tard évéque deSoissons, puis d'Avranches.
* Mathieu Ganynol, écuyer, sieur du Breuil. Son acte d'abjuration, du 9 mai 1686, se trouve dans le S. F. 7,915-6, fol. 442.
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N* 28. — BOBEBT, PBOCIIBEDB DD Ml, À DESGBAKOES.
Paris, Il juillet 1605.
Aujourd'hui, sur le midi, le Suisse et les autres gens de livrée de M. le cardinal de Furstemberg out fait une grande rébellion à des officiers chargés d'un décret en vertu duquel ils avoient arrélé un homme et ils ont empêché qu’il n'ait été mené prisonuier. Cet homme que l'on avoit arrêté s’appelle le sieur du Gast, ci-devant colonel d’un régiment d’infanterie , contre lequel il y a un décret de prise de corps, donné par M. de La Reynie, sur mes conclusions, pour avoir ledit sieur du Gast contribué à l’enlèvement et à l’enrôlement par force de deux enfans de famille appelés Miré , enlevés en plein Jour par le chevalier de La Mouche et autres , vendus à Bussy et à Flaquerels, et par eux à des capitaines qui les avoient menés h Dunkerque, d’où ils ont été ramenés et mis en liberté, par ordre du roi.
Le chevalier de La Mouche , Flaquerels et Bussy chargent le sieur du Gast d’avoir fait faire cet enlèvement, et confessent qu’il leur a payé ou fait payer vingt louis d’or pour leur récompense. On a prétendu que c’étoit un parent de ces jeunes gens qui faisoit faire cette violence ; et c’est pour approfondir ce fait que M. de La Reynie souhaitoit fort que le sieur du Gast fût arrêté. Les sieurs Rolland etPeletier, officiers de la compagnie de M. le prévôt de l’Ile, qui s’étoient chargés du décret, l’ayant fait observer et ayant appris que le. sieur du Gast étoit logé chez un nommé Dubois, maître en fait d’armes, dont la maison est voisine du palais abbatial de Saint-Gcrmaindes-Prés, y sont allés, l’ont surpris, l’ont fait habiller, et comme ils étoient prêts de l’emmener, ils ont trouvé que la femme du maître en fait d'armes étoit allée chez M. le cardinal de Furstemberg, qu'elle avoit emmené le Suisse et grand nombre de gens de livrée, armés d'épées, hallebardes, qui s’étoient rendus maîtres de la porte de Dubois, maître d’armes, y avoient enfermé le sieur Rolland avec ses archers et sou prisonnier, et les avoienUmpéchés d'en sortir. En un moment il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et de bretteurs dont ce quartier est fort rempli, et il étoit impossible d’emmener le prisonnier, sans rendre un petit combat et faire tuer beaucoup
LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE. *4S
de monde. Le sieur Rolland m'a fait donner avis de ce désordre. Je suis parti aussitôt [pour] tâcher de l’aller apaiser; mais j'ai trouvé en chemin le commissaire du quartier, le sieur Peletier, et peu de temps après le sieur Rolland qui m’ont dit que le sieur Bregé, intendant de M. le cardinal de Furstemherg, étant venu dans cette maison, ils l’avoient prié dé faire retirer toute la livrée de la maison, afln qu’ils pussent emmener leur prisonnier; et qu’ayant refusé de le faire, ils l'avoient chargé du prisonnier et s’étoient retirés. Une heure après, le sieur Bregé a pris la peine de me dire qu’encore que la maison de ce maître d’armes, aussi bien que celle d'un menuisier, d’un charron et de quelques autres fussent sous l'autorité et cense de l’abbaye, néanmoins elles étoieut dans une place nouvellement enfermée d’une muraille, et qu'ainsi elles faisoient partie du palais abbatial, et qu’ils prétendoient que les officiers du roi n’y pouvoient entrer, sans un ordre exprès et une lettre de cachet de Sa Majesté, et qu’ainsi on avoit eu raison d’empêcher l’exécution de ce décret.
Je crois pouvoir avoir l'honneur de vous dire deux choses au contraire : la première, que des maisons louées à divers particuliers, qui sont hors la cour et l’avant-cour de l'abbaye, et qui ne sont enfermées que d’une muraille dont la porte est ouverte jour et nuit, ne peuvent être considérées comme faisant partie du palais abbatial ; surtout, cette nouvelle muraille étant faite depuis fort peu de temps; la seconde, qu'il seroit fort contre le service du roi d’établir pour maxime que les officiers de Sa Majesté eussent besoin d’une lettre de cachet pour exécuter les ordres de justice qui sont expédiés au nom du roi, dans l'abbaye de Saint-Germain et autres maisons de cette qualité. M. le grand-prieur l’a voulu prétendre pour le Temple ; et, en plusieurs occasions, le roi a condamné sa prétention. Je sais bien que la prudence veut que, quand ou va dans ces endroits faire des emprisonnemens ou des saisies, on prenne des précautions. Et si l'on m’avoit dit que ce maître en tait d'armes fût logé dans l’enceinte de ce nouveau mur, je n’aurois pas consenti que fon allât l'y arrêter, sans avoir pris des mesures, ou avoir eu l'honneur de vous en rendre compte. Mais je ne crois pas que ces maisons puissent avoir aucun droit ni privilège, et ces violences qui sont faitesaux officiers de justice sont toujours de très-mauvais exemples, et il est important.
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tant pour le service du roi que pour son autorité, qu’elles soient réprimées. Le sieur du Gast a servi dans les troupes de M. le cardinal de Fursteinberg; il a été cassé, mais le roi lui a conservé une pension dont on dit qu’il jouit encore, demeurant à Paris où il fait plusieurs sortes de métiers. Il est de bonne famille de Lyon, et son frère y est présentement prévôt des marchands. Celui-ci est sous la protection de M. le cardinal de Furstemberg, et ses oiliciers, qui l’ont fait évader, sauront bien le trouver et le remettre en prison, dès qu'il plaira au roi de l'ordonner, ce qui paroît le plus convenable pour réparer la violence qui a été faite.
(Bibl. imp. Mss. fr. 8,122, fol. 357.)
N“ 29. — d’abgenson a pontchartbain.
Paris, 2ü août 1697.
Il TOUS a plu de me renvoyer un placet qui a été présenté au roi par M. le curé de Saint-Sulpice et par plusieurs personnes de piété de la même paroisse, au sujet de la vie irrégulière et scandaleuse de la nommée Loriot, qui a déjà été renfermée pour son désordre et mise en liberté une ou deux fois, de l’autorité de M. le lieutenant criminel. Cette dernière circonstance m’a . obligé de procéder contre elle avec plus de circonspection et d’ajouter de nouvelles informations aux preuves qui résultent des anciennes, afin que la vérité du fait fût entièrement éclaircie.
Cette nommée Loriot est fille d’un ancien maître chirurgien, devenu paralytique depuis quelque temps. Elle a vécu dans la débauche depuis plus de dix ans ; elle a eu deux ou trois enfans de ses premiers désordres avec un gentilhomme d’une naissance distinguée : on prétend qu'elle s’abandonna ensuite à un mousquetaire du roi, et enlin elle est actuellement entretenue par un sieur Chartier, commis de la douane, dont elle a déjà eu trois ou quatre enfans, et son père l'a même accouchée dans sa propre maison avantqu’il fûttombé en paralysie. Ce malheureux Chartier a presque abandonnésa femme, sa famille et ses devoirs pour se donner tout entier à cette malheureuse créature qui lui coûte déjà la meilleure partie de son bien , et fait beau-
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coup craindre pour les deniers de la ferme du roi dont il est chargé.
Au mois de mars 1C9G, un commissaire au ChAteIct fit une première information qui prouva la plupart de ces faits-, mais Loriot père, voulant sans doute éviter le tribunal de la police que M. de La Reyuie teuoit encore, donna sa plainte en crime de rapt, et, à la faveur de ce crime supposé, il porta l’affaire devant M. le lieutenant criminel. Il est vrai que, par une première sentence, M. le lieutenant criminel ordonna que cette fille seroit conduite au Refuge; mais un second jugement, fondé sur l’opposition du père et de la mère, porte qu’elle sera transférée au monastère de ^iotre-Dame de Liesse, faubourg Saint-Germain. C’est dans cette maison qu’elle a continué de voir Chartier, qui n’a pas eu beaucoup de peine à l’cn faire sortir pour la ramener chez son père, toujours complice de son scandale et protecteur de son désordre.
H semble donc qu’il n’est pas moins digne de la charité du roi que de sa justice qu’il lui plaise de donner un ordre pour faire enfermer à l’Hdpital général cette malheureuse, qui se fait honneur de son crime et ne garde aucune mesure. Cet ordre est même le moyen le plus convenable pour satisfaire le public, et principalement les personnes de piété de la paroisse de Saint- Sulpice, justement scandalisées d’une prostitution aussi déclarée et d’une aussi longue impunité. Chartier met tout en usage pour assurer la continuation de sa débauche, et je ne puis douter qu’il ne m’ait fait donner un billet sous le nom de cette honnête demoiselle qui demande qu’on la mette dans un couvent et hors la portée de ses ennemis, ou qu’on la rende à son père et à sa mère qui sont prêts à la recevoir, comme si elle n’étoit pas entre leurs mains et qu'eux-mémes ne favorisassent pas sa prostitution.
Je n’ai pas témoigné aux personnes qui m'ont donné ce billet que j’eusse ordre de vous rendre compte de cette affaire, et tous ces détours me persuadent de plus en plus que cette créature, qui se fait à présent appeler mademoiselle de Remilly, ne sauroit être trop tôt enfermée.
(Uibl. imp., Mm. fr. 8,122, fol. 395.)
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N“ 30. — BOBEBT A **•*.
Pari», 21 octobre 1697.
La nuit dernière il est arrivé deux détestables alTaires au guet, dans la première desquelles le (ils unique d'un conseiller du Châtelet, appelé le sieur Herbinot, a été tué sur la place d'un coup de mousqueton, et le fils de M. de Savonières, conseiller au parlement, emprisonné et mis au Châtelet. Et dans la seconde, un garde du corps de la compagnie de M. le maréchal de Villeroy, appelé Jacques Beauregard, a pareillement été emprisonné. L'on informe de ces deux faits ; mais comme je n’ai point encore vu l'information, je ne puis avoir l'honneur de vous rendre un compte certain des circonstances de ces actions; j’ai seulement appris par le rapport du guet, qui a été fait ce matin au Châtelet, que, vers les sept heures du soir, un laquais du sieur comte de Carré s’étant venu plaindre à un sergent du guet, nommé Pierre Le Guay, qu’il venoit d’étre maltraité par cinq ou six voleurs qui avoient l’épée â la main, clos Saint-Hilaire, il s’y seroit transporté ; qu’ils avoient refusé de remettre leurs épées dans leurs fourreaux, quoiqu’ils eussent employé des paroles et des honnêtetés pour les y obliger, et que deux d’entre eux, les ayant laissé passer, étoient venus les attaquer par derrière, et qu'ayant fort pressé un archer, l’épée à la main, il avoit tiré un coup de mousqueton dont le fils du sieur Herbinot avoit été tué; qu’ils avoient cassé l'épée du fils de M. de Savonières et l’avoient mis prisonnier; que, sur les onze heures du soir, étant passés au bout du pont Saint-Michel, avec une autre escouade qui s'étoit jointe à eux, quatorze ou quinze personnes qui sortoient de la rue de la Huchette étoient venues les attaquer, et que, s'étant mis eu défense, ils avoient cassé les épées de quelques-uns et avoient arrêté le garde-ducorps appelé Beauregard. Ils dirent, par leur rapport, qu'il y avoit, avec le fils de M. de .Savonières et celui du sieur Herbinot, un mousquetaire de la seconde compagnie, appelé Dalibert; mais comme il n'a pas été arrêté prisonnier, ce fait n’est pas fort certain.
' Le sieur Robert était procureur du roi à Pari». Sa lettre e»t vraisemblablement adressée ù d'Argenson.
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M. le lieutenant criminel a fait mettre en liberté le fils de M. de Savonières et rendre à M. Herbinot le corps de son fils. Il y a de la débauche et du libertinage dans la personne de ces jeunes gens, et ils se sont attiré leur malheur.
Je sais que tous ceux qui résistent au guet méritent tous les mauvais traitemens qui leur arrivent; qu'ils sont bien blessés et bien tués, et que l’on ne peut maintenir la sûreté publique, sans soutenir avec fermeté cette maxime que le guet a toujours raison.
Mais je ne puis pas m'empêcher de dire qu’il y a de l’imprudence au guet de s’aller mêler de la querelle d’un laquais et d’aller attaquer des jeunes gens ivres, et qui, peut-être, ne songeoient qu’à se réjouir; d’autant plus même que, suivant leur rapport, ils avoient avec eux une fille de mauvaise vie. Ils ont besoin d’exactitude et de fermeté pour arrêter les voleurs et pour les découvrir; mais ils ont besoin de prudence et de modération pour ne SC point commettre avec les ivrognes, et pour ne point répondre aux injures qui leur sont dites. Il est d’habitude du service du roi de les autoriser dans les fonctions de leurs charges; mais il est bon qu’ils sachent qu’ils seront abandonnés s’ils en abusent. C’est ce que je crois de mon devoir de leur recommander tous les jours, mais qui fera beaucoup plus d’impression quand il leur sera dit de votre part
Le retour des troupes et la réforme de plusieurs soldats nous obligent d’avoir une grande vigilance pour prévenir les vols et les autres désordres. Cependant, jusqu’à présent, ce sont les jeunes fainéans et libertins de Paris qui les ont causés plutôt que les gens de guerre.
M. le lieutenant criminel de robe courte a déjà fait mettre en prison deux de ses archers, et M. le lieutenant criminel les interrogera aussitôt que sa santé le lui permettra.
(Bibl. iinp., Mss. fr. 8,122, fol. 393.)
K» 31. — D’AHGENSON a PONTCHAHTBAIIN.
(Sans date.)
L’information faite contre Louise Couppc justifie qu’elle est fille d’un nommé Couppé, berger à Louhaus, qu’elle se
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fait depuis quelque temps nommer Louise de La Malmaison, l’un des plus fameux négocions de la comté de Bourgogne, et de Marie-Jeanne Prévost de Kassau, sa femme. Sa vie est mêlée de plusieurs aventures qui la font connoltre pour une personne fort hardie et fort déréglée. Ainsi il paroît juste d'en délivrer le public.
Elle reconnoît par son interrogatoire qu’elle a été baptisée et mariée en premières noces dans le village de Louhans, comme fille de ce berger nommé Couppé, dont elle a presque toujours porté le nom ; mais elle prétend, sans aucune preuve, quequinze jours après sa naissance, le sieur de I..a Malmaison, sou véritable père, la fit apporter de Franche-Comté au village de Louhans, où il la laissa entre les mains de ce berger, dont elle a toujours passé pour être la fille. Sur cette idée, qui n'est soutenue par aucun indice ni par aucune vraisemblance, elle a quitté le nom de Couppé pour prendre celui de La Malmaison, sous lequel elle s'est mariée en secondes noces avec le sieur Lancelot, ci-devant domestique de M. le marquis de Liancourt. On ajoute que ne trouvant pas encore le nom de La Malmaison assez illustre à son gré, elle s'est avisée de prendre celui de Nassau, et on l'accuse d'avoir fait sous ce nom une abjuration feinte dans l’église de Sèvres, en vue d'obtenir du roi une pension plus considérable sur le fonds des nouveaux convertis. Il y a preuve de ce fait, et que cette même femme a toujours néanmoins professé la religion catholique, qu'elle a été baptisée et mariée à l’église, et qu’elle n’a jamais fait profession du calvinisme pendant tous les différons états de sa vie.
Ainsi, on ne peut douter que cette fausse abjuration ne soit un abus et une profanation d'un acte solennel de religion, ce qui mérite une répréhension publique proportionnée au scandale.
Toute sa défense consiste à dire qu’elle a été au service de M. du Quesne pendant cinq ou six ans, et que n’ayant pas été fort exacte pendant cet intervalle à remplir les devoirs de la religion catholique, elle a cru devoir abjurer la protestante; qu'au reste, si elle a pris le nom de N;i.ssau, c’est parce que sa mère, femme du sieur de La Malmaison, se nommait ainsi.
Il est certain que cette feinte est assez singulière et que les lois n’ont établi aucune peine contre de semblables suppositions.
Deux autres considérations peuvent encore empêcher d’ins-
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tniire le procès à cette femme pour la feinte abjuration dont elle convient.
La première, que, depuis la révocation de l’édit de Nantes, on a toujours évité de réprimer par des punitions exemplaires les contraventions commises par les protestans. Ainsi, lorsqu’on a arrête des ministres et des prédicaus de la religion prétendue réformée. Sa Majesté a cru qu'il étoit plus convenable de les renfermer d.ms des châteaux que de les livrer aux procédures ordinaires, et les impénitens et les relaps n’ont presque jamais été livrés à la juste sévérité des ordonnances.
La seconde, que, pour mettre le lieutenant général de police en état d’iustruire en règle tous les chefs d’accusation dont cette même femme peut être atteinte, il lui faudra cissurémeiit une commission qui lui en attribue la connoissance, parce que, outre la supposition de nom et la fausse abjuration dont clic est convaincue par son propre aveu, elle est accusée d’un grand nombre de faussetés considérables dont il ne sera peutêtre pas difllcile d’assurer la preuve. On parle principalement d’une certaine lettre d’échange falsifiée ou surprise, à l’occasion de laquelle M. le lieutenant criminel ayant décerné un décret de prise de corps, cette même femme a été prisonnière pendant trois ans et n’a été mise en liberté que par provision. Il semble donc qu’il scroit également juste et nécessaire que toutes ces accusations fussent renvoyées devant un seul juge, ou qu’il pidt au roi d’en attribuer la connoissance au lieutenant général de police et à M. le lieutenant criminel conjointement, comme il s’est pratiqué plusieurs fois.
Mais ne seroit-il pas encore plus à propos que, pour purger une bonne fois le public d'une créature aussi légère et aussi corrompue. Sa Majesté voulût bien la faire enfermer à l’Qôpital général ‘, où elle trouveroit une retraite assurée et une longue pénitence de tous ses désordres?
Il est vrai qu’elle est mariée et qu’elle est grosse; mais on pourroit surseoir pour quelque temps l’exécution de cet ordre, et son mari qu’elle a trompé sous de faux noms et sous des espérances frivoles se trouveroit heureux d'être chargé de l’enfant, pourvu qu’il se vît défait pour toute la vie d’une femme aussi odieuse.
' En marge, Pontcliartrain a écrit au crayon : Bon.
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Il sera donc question de se déterminer entre ces deux partis, et le lieutenant général de police a cru qu’il étoit bon de suspendre toute procédure jusqu’à ce que le roi l’ait honoré de ses ordres sur ce sujet.
(Uibl. iinp., Mss. fr. 8,122, fol. 401.)
N» 32. — d’abcenson a POSTCHABTBAIîI.
Paris, 21 janvier 1699.
Le nommé Marion, dit du Peyrat, laquais sans condition, nouvellement arrivé de Rome, a crocheté aujourd’hui le coffre d'une chapelle de l’église de Saint-Sauveur, d’où il a enlevé quelques ornemens eu broderie aux armes de M. de Coislin, sans être aperçu de personne ; mais le commissaire du quartier Saint-Honoré où ce fripon faisoit sa demeure ayant été informé qu’il n’alloit que la nuit, que même il avoit emprunté une cassette depuis un jour ou deux et qu’il y avoit serré diverses choses qu’il cachoit avec beaucoup de soin, toutes ces circonstances l’ont fait arrêter par précaution, et l’ouverture de la cassette a tout découvert. Ainsi, ces ornemens ont été trouvés avant que l’on sût que le vol en eût été commis, et le voleur n’a pu s’empêcher de convenir de tous ces faits.
Je vieus d'apprendre qu’il vendit hier de l’or et de l'argeul brûlé à la veuve d'un orfèvre qui est en assez mauvaise réputation sur ce sujet; et si elle n’est pas impliquée dans l’affaire criminelle dont j’ai l'honneur de vous rendre compte, elle n’échappera pas à notre police pour avoir contrevenu aux ordres générau.x , en n'observant pas les justes précautions qu’ils prescrivent dans les ventes de cette espèce.
Si le père et la mère de la demoiselle de Tesseviu * qui sont ici ne contribuoient pas à la débauche de leur fille et n’en tiroient pas toute leur subsistance, je u’aurois pas manqué de vous proposer l’expédient de la renvoyer en sou pays; mais à moins de les chasser tous trois ^ et sans espérance de retour,
* Le sieur de Tessevin tenait maison de jeu ; d’Argenson l'avait déjà condamné à 440 livres d'amende.
* En marge : Us renvoyer tous trois.
LETTRES ET RAPPORTS DE POUCE. 4."il
cette maison où l’on tire l’épée presque toutes les nuits donnera lieu à des accidens qu’il scroit encore temps de prévenir. Je leur ai parlé cinq ou six fois pour leur inspirer, sinon un esprit de règle, du moins un extérieur plus circonspect, mais je n'ai pu rien obtenir, et le dérèglement augmente tous les jours. Ils n’ont d’autre prétexte pour demeurer en cette ville qu’un malheureux règlement de juges introduit au conseil depuis trois ou quatre ans, peut-être par aiïectation ou sans fondement, et que personne ne produit. Ainsi j’ose vous supplier de vouloir bien obtenir de la bonté du roi que nous soyons au plus tôt débarrassés de cette famille d'iniquité qui devroit être ailleurs depuis longtemps...
(Bibl. imp.,Ms5. fr. 8,122, fol. 473.)
N“ 33. — d’abgenson a pontchartbain.
Paris, 20 juin 1699.
Le sieur Dumay, trésorier des gardes-suisses, vit dans un commerce scandaleux avec la nommée Grossot, dont la prostitution est connue et déclarée depuis longtemps. Il a porté son déréglement jusqu’à se séparer de sa propre femme pour aller loger auprès de cette indigne créature a qui il a donné tous ses meubles.
Elle n’en est pas à sa première débauche, car après avoir chanté à l'Opéra pendant quelques mois, elle eu fut chassée pour ses mauvaises moeurs. Plusieurs curés et différons commissaires l’ont fait successivement sortir de leurs paroisses et de leurs quartiers; mais toutes ces poursuites ne l'ont pu ramener à une conduite plus régulière. La dame Dumay a été obligée de se retirer en la communauté de Saint-Chaumont d’où elle a fait auprès de son mari toutes les instances possibles pour l’obliger à la reprendre. Il y a été enfin condamné par une sentence contradictoire, mais il refuse de l’exécuter. L’on comprend aisément que le seul moyen pour le faire revenir de son obstination, c’est d’éloigner la cause de leur divorce. Au reste, le désordre de la nommée Grossot est si infâme et si public que sa propre tante, femme d’un facteur de blé de cette ville, a honte de la reconiioitre pour sa nièce. On prétend aussi qu'elle
LEÎTTRES ET RAPPORTS DE POLICE
a un mari nommé La Plante qu’elle n’a épousé que pour la forme et à qui on a procuré une commission du côté de Bordeaux. Ainsi, j’ai cru que, dans ces circonstances, je devois avoir recours à l’autorité du roi et vous supplier de m’envoyer une lettre de cachet pour la faire renfermer au plus tôt dans la maison du Refuge' ou de l'Hôpital général. Ce qui me porte à vous proposer la première, c’est qu'on trouvera certainement chez cette femme de quoi payer sa pension pendant plusieurs années sans d'autres secours, et que la maison de force ne convient proprement qu’aux personnes dont la pénitence est entièrement désespérée.
L’on a donné avis que la nommée Dubuisson, originaire de Dieppe, affectoit de se déclarer protestante et d’instruire ou de confirmer dans l'erreur les cnfans des nouveaux catholiques mal réunis. On m’a même assuré qu’elle avoit fait quelques démarches pour pervertir d’anciens catholiques et qu’elle distribuoit des livres hérétiques aux uns et aux autres. J'ai commencé par m’assurer de sa personne, ensuite j’ai donné ordre qu'on recherchât chez elle et dans la maison de sa fille tous les mauvais livTes qui y pouvaient être ; il s’y en est trouvé quelques-uns, et je ne puis douter que cette femme, qui fait gloire de son opiniâtreté, ne soit un très-mauvais sujet Mais comme tous les faits qui lui sont imputés ne sont guère susceptibles à une instruction judiciaire, il me paroitroit plus juste et plus convenable de la renfermer pour quelque temps à l'Hôpital général *, afin qu’elle y pût trouver et la punition de ses fautes et le désir de sa conversion.
L’on conduisit hier au Châtelet la femme d'un procureur de la juridiction des consuls, nommée Bertaud. Cette fémme, après s’être mis dans l’esprit qu’elle étoit sainte, communiait tous les jours depuis plus de six mois, sans aucune préparation et même après avoir mangé. Ce procédé pourvoit mériter le dernier supplice, suivant la disposition des lois, mais, comme il y a plus de folie que de mauvaise intention , et que d’ailleurs on ne saurait rendre publique la punition de ces sortes de crimes sans faire injure à la religion et sans donner lieu aux mauvais discours des libertins et des protestons mal convertis, il me
' En marge, Pontchartrain a écrit au crayon : Bon.
* En marge : Bon.
LETTRES ET RAPPORTS DE POLICE
semble que le parti le plus convenable seroit d’obliger le mari à payer la pension de sa fenimc dans un couvent tel qu’il plaira au roi de le nommer car je ne doute pas que les bons exemples d'une communauté régulière, joints à une attention charitable, ne rétablissent en peu de mois et son esprit et sa sauté.
J’attendrai les ordres dont il vous plaira de m’honorer sur ce sujet pour ra’y conformer e.\aclement.
(Bibl. imp., Ms. Fr. 8,122, fui. 43î.)
N° 34. — d'aBGENSON a PONTCHABTRAIN.
Paris, 23 juin 1G99.
Je viens d’apprendre que la dame de Trémollière a passé en Suisse, ainsi qu’on l'avoit conjecturé, mais que scs quatre enfans, accompagnés d’une gouvernante, ont été heureusement arrêtés au fort de l’Ëclusc’. Je ne doute pas que le commandant n'en ait aussitôt informé M. de Barbezieux’; mais s’il avoit négligé de le faire, j’ose prendre la liberté de vous dire qu'il seroit important de lui faire connoitre que cette nouvelle est allée jusqu’au roi, et que ces quatre enfans, qu'on avoit déguisés en pauvres pour faciliter leur passage, sont d’une famille qui vous est connue. Ce passage du fort de l’Ëcluse passe pour être un des plus faciles parmi les protestans qui sont tentés de quitter le royaume. On prétend même que les officiers sous ses ordres ne sont pas d’un accès impraticable; il suffit de se dire mendiant ou de le paroltre pour avoir la liberté de passage, et il y a dans Genève deux ou trois personnes qui se mêlent de servir de guide aux Fram^ois fugitifs et de les venir prendre jusque dans les villes d'où ils partent. Je ne doute pas que M. le résident de France n’ait sur cela une particulière attention, et il ne seroit pas inutile de lui recommander en particulier le nommé Sudre, qui certainement
' En marge : À Mgr Varchevégue.
* Sur la frontière suisse, département de l’Ain.
’ Fils de Louvois, alors secrétaire d'Etat de la guerre.