‹ La policeChapitre 104 sur 139 · Lanlernef^2'2 avril · texte numérisé non relu

Lanlernef^2'2 avril

Vincent. M. Brissaud, qui est logé à la Préfecture, a pour cuisinier un inspecteur. Celui-ci ne fait pas autre chose que de griller des côtelettes. Les inspecteurs ({ui font un service actif ont de 10 à 15 francs de gratification par mois : lui a 30 francs. Même proportion pour les gratifications de fin d'année. Enfin son tour d'avancement a été plus rapide que celui des autres. Il u'est pas le seul dans Cette position. »

Cela continue. Il y a des inspecteurs qui n'ont jamais paru à leur service ; ils sont cuisiniers et valets de chambre de leur officier de paix. Ce sont des domestiques dispendieux, coûtant plus de 2,000 francs à l'administration. Un officier de paix a besoin de déménager ; il prend les hommes dans son service. Y a-t-il un menuisier ? il le gardera au besoin pendant quinze jours. Le fait est arrivé pour un brigadier, en octobre 1875.

Sur une brigade de 80 hommes comme la brigade Girard, il y a six brigadiers et sous-brigadiers, un agent employé au ménage -de l'officier de paix, quatre plantons au bureau, dix secrétaires pour dépouiller et classer les rapports; car on mesure le zèle des agents, non à la concision et à la précision des rapports, mais à leur nombre et à leur longueur.

Il y a donc dilapidation d'hommes, noù seulement par une mauvaise organisation du service, mais encore parce que des officiers de paix croient avoir le droit d'en détourner pour leur usage personnel.

La banque de France, le ministère des finances, d'autres établissements publics demandent à la police des inspecteurs pour faire des enquêtes sur leur personnel ; ces inspecteurs sont ainsi employés à des services qui nlntéressent pas la généralité des citoyens.

Dans le chiffre de 17 millions inscrits pour la police municipale sont compris 542,000 fr. de gratifications, d'indemnités et de primes aux agents et employés de la police municipale, répartis ainsi :

fr. c.

Indemnités supplémentaires au Chef de la Police municipale^ aux Chef adjoint, Chef des bureaux, Sous-Chef; Chef de la Sûreté, Médecin en chef, Inspecteurs divisionrraireset officiers de paix. 90,000 » Gratifications fixes allouées aux Commis' des bureaux, aux Inspecteurs principaux, Brigadiers, Sous-Brigadiers et Agents de diverses brigades 46,000 »

Gratifications allouées aux agents inférieurs (à . partir du grade de brigadier), à Toccasion de la

fin de l'année , 80,000 »

Gratifications allouées aux agents inférieurs pour

faits spéciaux et exceptionnels 36 ,000 »

Indemnités allouées aux Gardiens de la paix et aux Inspecteurs, chargés du service télégraphique 12,000 »

Indemnités de déplacement, de nourriture, frais de missions, de transport d'agents en masse, de traduction de documents écrits en langue étrangère, frais d'entrée d'agents dans les lieux

publics, etc., etc 154,000 »

Primes pour arrestations de malfaiteurs 24,000 »

Frais faits par le service de Sûreté pour la recherche et l'arrestation de malfaiteurs 80,000 »

Gratifications et indemnités spéciales du Contrôle général 20,000 »

Total 542,000

Il faut y ajouter sous le titre de :

Frais d'agents auxiliaires 50,COO »

C'est la subvention des indicateurs.

Hovelacque, àpropos de ce crédit de 542,000 francs, disait * : « Le compte des dépenses de la Préfecture de police est une véritable plaisanterie; » on y relève les abandons de crédits t^uivauts :

'l. 11 décembre 1882.

fr. c

Au compte de 1877 14,53

On constatera qu'il n'y a eu d'abanddn de crédits importants qu'en 1879 et 1880; c'était le moment des lettres du Vieux petit employé. La Préfecture de police craignit d'être soumise à un contrôle. Depuis, elle s'est rassurée.

On essaya en effet une vérification en 1 878 ; on fit venir des inspecteurs devant des conseillers municipaux qui leur demandèrent, Tëtat en main, si la somme portée était celle qu'ils avaient reçue. C'était exact. Mais le point essentiel qui a été négligé est celui-ci : il faudrait comparer le chiffre exact du montant que perçoivent tous les mois les officiers de paix des brigades d'inspecteurs et le confronter avec le cliiffre total de l'état.

Un inspecteur de police rentre à la Préfecture. Vous croyez qu'il est surtout préoccupé de la piste qu'il a suivie, des indications qu'il a trouvées. Pas du tout. Il fait des additions, il dresse sa note, il établit sa carte. — Comment pourrai-je bien me faire rembourser mes frais? en serai-je de ma poche ou ferai-je un bénéfice? Gomment faut-il compter cela? quelle carote pourrais-je bien tirer? J'ai déjeuné chez moi, je vais compter mon déjeuner; mais j'ai au moins, consommé pour autant, sinon plus. Je vais lui compter un bock. Il ne peut pas refuser cela. Pas moyen de lui parler de voitures aujourd'hui. Il trouve qpe l'impériale de l'omnibus suffit. Et puis, j'ai travaillé pour l'administration et non pas pour le patron. Il n'y aura pas à tirer grand'chose.

En 1877, 1878, 1880, 1831, 1882, les 50,000 fr, destinés aux indicateurs sont portés en dépenses mandatées et payées. Il n'y a d'abandon de crédit qu'en 1879, pour une

somme de 579 fr. 90. La Préfecture de police a été bien bonne de se gêner.

M. Macé, comme chef de la sûreté, touche du Parquet 6,000 fr. pour frais de capture, en vertu du tarif criminel de 1811, à raison de 21 fr.par mandat d'amener. Le budget porte 24,000 fr. pour le même objet et aucune recette de €6 chef.

Telle est la situation du conseil municipal, à Tégard de la Préfecture de police, au point de vue budgétaire.

La question de la Préfecture de police s'est présentée pour la première fois, devant le Conseil municipal, en mars 1872. M. Maublanc, dans son rapport, demanda que la police municipale fût remise au pouvoir municipal. M. Ranc * prononça ces mots : « Tant que la Préfecture de police existera, Paris n'aura pas de police municipale digne de ce nom. » Il ajouta :

« Les préfets de police étant des hommes politiques et subissant les vicissitudes de la politique, sont exposés à des changements fréquents. Il en résulte que le préfet de police est le plus souvent étranger à toutes les connaissances spéciales qu*exige sa fonction et que les agents supérieurs de la Préfecture gouvernent réellement Tadministration. »

M. Ranc signalait au Conseil « le pouvoir discrétionnaire attribué au chef de bureau chargé de la surveillance des mœurs '. »

La politique d'une partie du Conseil municipal n'a pas varié depuis cette époque ; seulement les amis politiques

1 Séance du 27 mars 1872.

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