‹ La policeChapitre 122 sur 139 · Ordonnance, 26 mai 1866, tit. V, art · texte numérisé non relu

Ordonnance, 26 mai 1866, tit. V, art

L'OriNlON PUBLIQUE ET LA POLICE. ^19

par gestes, aclas conslituant la maraude, ce qui est effroyable; car éridemment c'est contraire à l'intérêt du voyageur que le cocher aille à sa rencontra I . Un concert, un bal ont lieu; vous croyez que l'inlérût du voyageur est de trouver des voilures à la sortie. Pas du tout. Le cocher vient à la sortie. 11 est en contravention, s'il n'a pas été retenu d'avance par une personne qu'il peut désigner.

Maintenant voici comment la Préfecture de police opère pour remplir cette fonction.

Les cochers et le pulilic s'entendent tacitement pour se rencontrer. A tout instant, chacun de nous profite des voilures qu'il trouve en maraude. L'effectif de la brigade ne peut être partout. Alors, il s'embusque, il tend des pièges, il agit exactement comme la police des mœurs, et de temps en temps il fait une rafle. 11 laisse les cocliers aller tranquillement à quatre, cinq bals, concerts ou réunions. Puis, un beau jour, la brigade se précipite, fait 25, 30, 40, SO procès-verbaux d'un coup. Bonne journée ' I Les cochera calculent dans leurs frais généraux les risques de contravention qui leur incombent.

Enfin, ils sont mis à pied, ci on cas de récidive, en prison, au gré do l'agent qui peut corser son rapport comme il l'entend. Je ne connais rien de plus démoralisateur que d'envoyer d'honnÈlea gens en prison. CcUe-ci perd soa caractère. d'opprobre. On établit une égalité entre les gredins et les hommes honorables, en élevant les premiers et en abaiasant les seconds.

En ce moment, un procès-verbal est fait à un cocher qui

abandonne son cheval pour entrer dans un urinoir : il est

vrai que si, pressé par le besoin, il n'abandonne pas sa

ToituTB, on lui fait une contravention pour avoir uriné sur

' la Toie publique. Que voulez-vou? qu'il devienne?

Certes, il y a danger d'abandonner un cheval et une voi-

rapport del8

ture sur la voie publique ; mais ce danger pourrait être singulièrement atténué en obligeant les voitures davoir une barre ou une chaîne pour enrayer la roue. Il y en a à Londres. La police de Paris a pensé à tout, excepté à cela. Il s'établit forcément entre ces brigades spéciales et les intéressés des rapports beaucoup trop intimes. Ceux-ci savent qu'ils dépendent de leur bon plaisir; immédiatement, certains se font ce raisonnement logique : c'est qu'il faut accaparer ce bon plaisir à leur profit. U y a séduction d'une part. Y a-t-il résistance de Tautre ? Tous les agents de la Préfecture sont-ils incorruptibles ?

En tout cas, il ne faut jamais mettre quelqu'un entre son devoir et son intérêt. Dans ces brigades qui ne reposent que sur l'arbitraire, tous les agents sont placés entre un devoir problématique et un intérêt certain.

Si le cocher est la victime de cet état de choses, le public en soufTre également. Il n'y a peut-être pas de grande ville en Europe où le service des voitures de place soit plus insuffisant, plus mal fait, au point de vue des attelages. Il n'y a pas de villes où les voitures aillent plus lentement et où on trouve plus de difficultés pour se faire conduire à un endroit éloigné. Cependant l'effectif des voitures est très considérable. Il atteint 12,000 numéros pour une population de 2 millions d'habitants répartis sur une superficie ({ui n'atteint pas 80 kilomètres carrés.

A Londres, la population comprise dans les limites du Board ofworks est de 3, 800,000 habitants sur une superficie de 305 kilomètres carrés. Il n'y a que 21,000 numéros de voitures.

On ne trouve, à Londres, aucun règlement de police analogue à celui de Paris. Les stations ne sont point gardées par un policeman. Les cabs sont perpétuellement en circulation à la recherche des clients. Vous en rencontrez partout, et la nuit, si loin que vous veuillez aller, vous êtes toujours sûr de trouver un cocher de bonne humeur.

Les voitures ne stationnent que pour le repos des chevaux. Pourquoi les forcer à Paris à des stations forcées?

L OPINION l'L'DLiOUE ET LA POLICE. kilM

52S hommes sont détachés aux stations réglementairea. A^oi serrent-ils siirloul? A contrôler les cochers au bénilSce des Compagnies de voitures. C'est une oi^anisation constituée au profit des patrons contre leurs employés. Quelle est leur utilité pour le puhlic? Recevoir les récl^' 1 mations? Mais le public peut tout aussi bien les adresser^'l k la Préfecture de police, à on poste de police.

Si un voyageur a à se plaindre d'un cocher, il peut r (juérir le premier gardien de la pain venu, il peut déposer"! une plainte. Dons celte organisation faite coatre les c chers, il y a quelque chose encore de l'esprit féodal. On^ veut qu'ils soient à la complète discrétion du public. I L'administration les traite comme des espèces de serfs.'] Certains conseillers municipaux partagent ces préjugés. ] M. Mauhlanc, dans son rapport sur le budget de 1871*1873, | trouvait alors fort bon que lad mi nisi ration de la police <^ a^t un peu militairement et sut inspirer de la crainte ».

Ces agents de police, détachés auï voitures, ont des contacts trop intimes avec les cochers et les marchands de vin du voisinage. Tel de ces chefs de poste devient un véritable tyran, obligeant les cochers qui ne veulent pas avoir d'ennuis, à manger dans telle maison et non dans telle autre.

La seule objection qui se soit présentée est la suivante ; — On peut oublier de conserver le numéro de sa voilure, on peut y oublier sa canne. En se reportant à la station, on retrouve le numéro de sa voiture et de sa canne.

Mais d'abord, c'est au voyageur de conserver le numéro de sa voiture et do ne pas oublier sa canne: c'est à chacun de noua à prendre soin de nous et de nos affaires. Que ce système fasse retrouver une canne par an, nous l'admettons; mais celle canne revient à 900,000 francs aux.contribuablcs.

On est arrivé à ce merveilleux résultat, c'est de manquer de voiture quand on en a besoin, el le tarif est arrangé de telle sorte que le cocher a ictëréi à ne pas conduire le voyageur, si celui-ci ne le majore!

. Une proposition tendant à modifier cet état de choses a été déposée autrefois par M. de Heredia et plusieurs de sescollègues. Le jour où elle sera adoptée, elle rendra encore plus inutile qu'aujourd'hui celte brigade des voitures! Le public, qui se plaint constamment du service des voitures, est si loin de la notion de la liberté du travail, que loin do chercher le remède de ce côté, il demande une réglementation plus étroite. N'avons-nous pas vu en 1878 l'obligation ridicule imposée aux voitures de s'orner d'une petite girouette, indiquant si elles étaient ou non louées? On ne comprend pas que le contrat de transport du voyageur est un contrat comme un autre. On se plaint qu'un cocher ne veuille pas vous conduire de la barrière du Trône au Point du Jour, et on ne s'aperçoit pas que le •service à rendre est plus grand que s'il vous conduit de rOdéon au Palais-Royal, On se plaint, par une pluie d'orage, de ne pas trouver de voiture à la sortie des théâtres ; et on ne veut pas convenir qu'elle vous rend à ce moment un plus grand service que si, en plein jour, par un beau temps, ayant tous les autres moyens de transport à votre disposition, vous avez besoin d'aller de la Porte Saint-Martin à l'Opérai

Nous nous plaignons de toutes les protections que l'administration nous donne, parce que nous constatons qu'elles atteignent un but diamétralement opposé à celui qu'elles se proposaient; mais, loin que le résultat nous fasse nous demander si nous avons pris la bonne méthode, nous demandons une aggravation du système 1

Sur les tramways, on peut lire un avis qui est un chefd'œuvre : Par ordre de M. le Préfet de police, les voyageurs qui descendent de la voilure sont invités à ne pas se faire écraser par celle qui vient en sens contraire! Gomme sanction, la morti

Il est bien évident que si le préfet de police n'avait pas donné cet ordre, tous les voyageurs de tramways se seraient empressés de se faire écraser; ce qui eût produit une sensible diminution de la population de Paris!

Page 1