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r 1875. V. déposil. t.foii lienaull. .\nncxp (lu rappoil an-vary.
M. Voisin était procureur impérial à Melun sous l'Empire. Il eut la chance d'être emprisonné pendant vingt-quatre heures par les Prussiens. Cet événement en fît un mar* tyr et un député à l'Assemblée nationale. Il était sûr de n'être pas réélu; M. Buffet le nomma préfet de police. C'est assez indiquer la nature de son républicanisme. II prit la parole une ou deux fois au Conseil municipal. Ce fut lui qui trouva que la police des mœurs tenait ses titres des capitulaires de Charlemagne. Il déclara qu'il était l'héritier des anciens lieutenants de police. M. Voisin, pour m'intimider, me fit condamner à six mois de prison, avec l'espoir de me priver de mes droits politiques, mais cet éminent jurisconsulte n'avait pas suffisamment étudié la question.
Ce magistrat de province, dépourvu de tout talent et de toute science, qui aujourd'hui devrait se trouver trop heureux d'être président d'un tribunal de chef-lieu d'arrondissement, fut nommé, après le 16 mai, conseiller à la Cour de cassation en récompense du mal qu'il avait essayé de faire à la République. Il reste convaincu que les capitulaires de Charlemagne sont toujours en vigueur.
M. Albert Gigot fut le premier préfet de police qui se présenta comme républicain, autant que peut l'être un ancien rédacteur de Y Union, le journal de la pure légitimité, disparu à la mort du comte de Chambord, et un catholique qui avait soin d'afficher hautement sa foi dans son cabinet d'avocat à la Cour de cassation, par l'étalage d'un grand
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Christ, M.AIberl Gigot fut un naïf : il prit son rôle de préfet de police au sérieux. Il essaya de faire des rfiformes dans son administration. Il scandalisa la Préfecture de police eu manifestant quelques scrupules de légalité qui, du reste, ne l'empÈchèrent point de ratifier le règlement illégal de 1843 sur la police des mœurs; mais il essaya d'y apporter des amëlioralions de détail. En pavant son adjuinisl ration de bonnes intentions, il ne contribua qu'à accentuer un peu plus sa ressemblance avec l'enfer.
Ce fut pendant qu'il faisait ces tentatives qiia surgit le Vieux pelil employé. Les vieux grands employés de la Préfecture de police crurent que c'était le Prélet de police luimême. M. Lecour, en 1881, deux ans après, n'était pas encore convaincu du contraire. Voir son livre : La Campagne contre la Préfecture de police.
J'ai une certaine aympalliie pour M. Albert Gigot. Il a mis plus d'honnêteté et de bonne foi qu'aucun autre préfet de police dans l'exercice de ses fonctions. Il ne s'est pas dit (jue tout Était pour le mieux dans ce repaire. Loin de là. Quand les lettres du Vieux petit employé en éclairèrent les mystères horribles, il fut atterré. Il se trouvait donc le ■ chef de cette bande I II lui sembla tout d'un coup que lui, homme de loi, chargé de défendre la loi, l'ordre, la morale, la sécurilé dans la cité, il était devenu un Frà DiavoJo. Voua voyez le cauchemar. Au lieu d'arrêter les autres, il se voyait condamné à s'arrêter un jour lui-même! Et, chose aggravante, il ne trouvait pas de circonstances atténuantes: il était obligé de s'avouer que s'il en était quitte pour le bagne, il devrait se considérer comme heureux.
Alors, il dit à ses chefs de service : — Ou c'est vrai, ou c'est faux! il faut que vous poursuiviez la Lanterne. M. Lecour, prudent, répondit : — Non ! moi je donne ma démission. M. Houlier de BuUemont, malin, reprit : — Moi, je cumuie ma retraite avec mon emploi, je garde ma retraite et me sauve sans souffler mol.
— Comment ! se dit avec effroi M. Albert Gigot, il suffit de la lueur de 7a Lanterne, et aussitôt tous s'enfuient comme
des voleurs avec effraction qui verraient tout d'un coup une lumière se diriger vers eux! Serait-ce donc vrai? et moi, honnête homme, ne serais-je qu'un chef de brigands?
Il courut après les autres, après MM. Ansart, Lombard, Marseille, Brissaud, Jacob, et il leur dit : — Non ! non 1 vous ne vous échapperez pas ainsi. U faut que vous veniez au grand jour de la justice ! Il faut, que vous poursuiviez !
Il les entraîna à reculons au tribunal, comme Gacus emmenait les bœufs d'Hercule. Lui-même vint déposer. Puis, sa déposition faite, il s'assit sur l'estrade et écouta les témoins qui dressaient l'acte d'accusation de la Préfecture de police. Il voyait le voile se déchirer, la caverne s'éclairer. Il rentra atterré.
Mais alors reparut le catholique avec ses habitudes d'esprit scholastique. Au lieu de prendre un parti net, franc, et de dire :
— Eh bien oui, le procès de la Lanterne a fait la preuve.... Il faut donner un coup de balai, je le donne!
Il adressa à M. de Marcère une lettre, conçue en termes ambigus, d'après lesquels il semblait que le procès avait démontré les torts de la Lanterne^ tandis qull avait si bien démontré les vices de la Préfecture de police, que tous ceux de ses chefs, que M. Gigot avait forcés à faire le procès, s'empressaient de rejoindre MM. Lecour et dç Bullemont dans leur retraite. L'un d'eux cependant, M. Ansart, s'entêta à rester. M. Albert Gigot s'entêta à le défendre, comme l'ancre de miséricorde de la police. M. de Marcère s'entêta à couvrir le préfet de police et le chef de la police municipale. Il ne sauva pas la Préfecture de police; il ne sauva pas M. Ansart. Ministre et préfet coulèrent à pic sous un vote de la Ghambre des députés *. M. de Marcère, malgré tous ses efforts, n'est point remonté à flot. M. Albert Gigot a pris honorablement parti de son engloutissement et se contente d'être obscurément employé de la Gompagnie des