‹ La policeChapitre 22 sur 139 · I.Harx · texte numérisé non relu

I.Harx

maximes des politiques italiens des quinzième et seizième siècles. Il jouait au .démagogue, n'épargnant ni les promesses, ni même les largesses. Il me dit d^un ton dédaigneux, en me parlant des ouvriers lyonnais :\

— Les malheureux l il faut bien leur donner quelque chose 1

Et il avait un geste de nabab jetant, dans une ville de l'Inde, des sequins à la multitude affamée.

Dans ma petitesse, je me courbai devant ce geste de grand seigneur, et, craignant d'y être englobé, je disparus.

M. Andrieux portait alors toute sa barbe, il Ta rognée en même temps que ses opinions de mauvais ton. Aujourd'hui, affectant les allures d'un militaire correct en costume de ville, il n'a conservé que les moustaches et il se serre dans une étroite redingote.

Rien, en 1870, ne faisait prévoir ces goûts militaires; car, s'il en gageait fortement les autres à aller se faire tuer pour la patrie, lui restait tranquillement à Lyon, loin des Prussiens. Il marche d'une manière hésitante et traînante. La tête est inclinée sur l'épaule. Il a l'œil fixe et vague des alcooliques et des fous qui écoutent ou regardent leurs hallucinations.

Ses intimes ne les nient pas, et, lui-même, les a avouées du haut de la tribune* avec une sincérité qui l'eût envoyé à Charenton, si, à ce moment même, il n'avait eu le droit d'y envoyer les autres, quand il s'est représenté entouré d'une ce bande » d'espions placés dans son cabinet, derrière sa porte, sous son tapis, sous son bureau, sous son fauteuil, travaillant tous pour le compte du Vieux petit employé. Il les devinait, il les sentait, il les touchait. C'était un spectacle aussi intéressant que nouveau, de voir ce préfet de police, atteint du délire de la persécution, tout haut proclamant son délire. En vérité, il lui fallait moins un ordre du jour qu'une douche. Un médecin, sortant de la séance, me disait :

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