‹ La policeChapitre 24 sur 139 · Extraits de YEnquèle sur le 4 septembre · texte numérisé non relu

Extraits de YEnquèle sur le 4 septembre

ble. Sa nominalion gagnera la partie remuante de la population et le ramènera lui-même à la modération.

Lyon, 9 septembre 1870. — N' 43,601. — Préfet à intérieur, — Je demande à Grémieux de nommer Andrieux premier "avocat général. Insistez. Nomination nécessaire pour gagner les agitateurs d'ici et modérer Andrieux en le satisfaisant. •

Il fut un des précurseurs de la Commune, quand il disait à Lyon « que, l'ancien drapeau national vaincu» les ennemis verraient encore debout le drapeau de la corn» mune et de la fédération ^. » Les anarchistes ont le droit de le réclamer comme un des leurs ; car ne disait-il pas i ce Ne retombons pas dans les mêmes errements d'Etat, d'église, de police, d'administration qui nous ont assez, compromis et dont Tépreuvc est faite? » Il était un autonomiste qui allait jusqu'à ajourner de son propre chef les élections municipales de Lyon en déclarant « que l'esprit et la lettre de la loi électorale sont contraires à la liberté municipale ». Enfin, il exposait alors à M. Challcmel-Lacour le système de police suivant : « Nous demandons la formation d'un congrès dont feraient partie des délégués de diverses villes en France et qui aurait pour but d'administrer la préfecture de police. »

Mais depuis treize ans, M. Andrieux s'est montré prêt à toutes les conversions. L'ancien délégué de l'athéisme lyonnais au congrès de Lyon va à la messe en Espagne et revient pour défendre les cléricaux en France, comme l'ancien révolutionnaire du 4 Septembre est devenu le préfet à poigne de 1879.

M. Ghallemel-Lacour avait à la fois tort fet raison. « On ne modère pas M. Andrieux en le satisfaisant; » seulement on change le cours de son activité. Rien, il était prêt à arborer le drapeau rouge; procureur de la République, préfet de police, il était tout prêt à « défendre l'ordre » avec la même intempérance qu'il eût employée à faire le désordre : il porte le sabre de Joseph Prudhomme I

1. Ces citation;» sont empruntées à la Justice du 1*"' mai 1881.

LES PREf'ETS DE POUCE,

On connaîl la manière de M. Andrieux de se défendre. 11 a abaissÉ à un niveau où on ne l'avait jamais vue la tribune française. Il est venu faire des rapports de police, mensongers comme tous les rapports de police. Il est venu mSme les aggraver. Il a calomnia des adversaires qui ne pouvaient lui répondre directement, en se rappelant le mot de Beaumarchais ; — Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! Il a débité des polissonneries avec une mimique de caboiin. Il a chatouillé le cochon que chaque député porte dans son cœur, comme tout autre homme, selon le mol do Préault.

Tout cela, sous préteste de morale publique '.

En mfmo temps, la PiUrie racontait l'histoire suivante, dont elle garantissait l'authenticité ' :

« Un monsieur qui a eu le tort de fréquenter la maison de la rue IJuphot dont on a tant parlé et dont on parlera encore ces prochains jours, puisque la justice y a mis le ne2, était sorti do cette maison proxénêtique avec une jeune femme et, après avoir diné avec elle, l'avait menée au théâtre du Palais-Royal entendre Divorçons!

« Pendant la représentation, la jeune femme se penchait sur le bord de la baignoire pour regarder une première loge.

« Cette manœuvre, plus d'une fois répétée, intrigua la monsieur, qui finit par lui demander ce qu'elle regardait

« — Oh! rien, c'est un individu qui fréquentait la maison et qui se faisait appeler Mystère.

« — Ah ! où donc est-il ?

u — Là, à cette loge; il lorgne en ce moment.

<' Le monsieur se pencha à son tour, regarda et poussa BDB exclamation de surprise :

« — Vous le connaissez 'J ât la jeune femme.

« — Certes, comme tout le monde, d'ailleurs.

t. Voir, dans la Proalitulïon, le récit de la séance oti fut disculéa l'afTairo Evhen, juillet 1S81.

a — Ah ! et il s'appelle?

a Nous ignorons si le monsieur prononça le nom. Quant à nous, ce serait trop embarrassant pour nous de l'écrire.

<c Si M. Ândrieux est bien informé, il doit savoir le nom de ce monsieur. En tout cas, il suivra les débats qui vont avoir lieu devant la justice, et il saura sans doute qiiel est le personnage qui se faisait appeler Mystère dans la maison de la rue Duphot. »

• Les républicains autoritaires honoraient M. Ândrieux de leur estime. Ils le croyaient capable de recommencer Maupas. Tous les adversaires de la Républiqiie l'avaient adopté immédiatement comme un des leurs. Le journal 'de ^. Paul de Cassagnac lui adressait cette flatterie : -r« Tu es Piétri I

Sans autorisation du ministère des affaires étrangères, il fit de la Préfecture de police une succursale de la troisième section de la chancellerie russe. Il fournissait les listes qui permettaient d'arrêter des malheureux résidant en Russie et qui, se croyant en sûreté autant qu'on peut l'être dans un pays sans autres lois que les caprices de la police, tout d'un coup étaient réveillés une nuit, pour être jetés dans une forteresse, soumis à la torture, aux verges ou au knout, et déportés en Sibérie. Andrieux fedt. On se rappelle avec quel empressement l'ambassade lui ayant fait dire : Arrêtez Hartmann I il s'était 'mis à ses ordres et avait arrêté Hartmann, qu'à sa honte et à sa colère il fut ensuite obligé de relâcher.

Il crut que Tinsolence suffisait à tout, et un jour il étala tranquillement cette théorie au Conseil municipal : on l'interpelle sur le maintien d'agents de police qui n'avaient d'autre titre que leur zèle contre les républicains sous l'Empire et sous la République. Aussitôt, il répond : « Certainement, je les maintiens. Vous dites qu'ils ont fait fusiller et envoyer au bagne des républicains après la Commune. . « Il y a chose jugée. Je dois, avant tout, tenir compte ce des droits acquis », « des services rendus ». — Mais bien plus, vous m'envoyez quelquefois des recommaAda-

lions ])Our des républicains. Je dois vous prévenir que je n'en tiens et n'en yeux tenir aucun compte. Pour moi, un républicain sera un excellent citoyen, mais un mauvais agent de police, car il n'a pas Tesprit « d'obéissance* ». Telle est ma manière de voir, que ne dérangeront point <( les imputations calomnieuses » dirigées contre mes agents bonapartistes, les meilleurs de tous.

Tel est le texte réel de la réponse de M. Andrieux, fort atténuée dans le compte rendu officiel.

M. Gambetta avait montré pour M. Andrieux un certain goût dépravé. Il l'avait pris hautement sous sa protection dans la séance du 1®' juillet 1879 ; il continua, en 1881, dans l'affaire du 23 mai, dans l'affaire Eyben, à le couvrir. M. Andrieux l'en remerciait six mois plus tard, en faisant le rapport sur lequel tomba le ministère Gambetta. Aussi pourquoi celui-ci ne s'était-il pas rappelé la phrase de Ghallemel-Lacour : « le modérer en le satisfaisant » et ne lui avait-il pas octroyé un portefeuille? Ce fut une honte pour la commission de n'avoir pas trouvé d'autre rapporteur. En acceptant cette mission, M. Andrieux, de son côté, prouva une fois de plus qu'il n'avait pas la moindre pudeur. Ce sera un signe caractéristique de la politique de la Chambre de 1877 qu'un homme, d'un médiocre talent, d'une consistance nulle, d'une immoralité politique flagrante, ignorant complètement des principes lés plus élémentaires du service dont il était chargé, ait put tenir en échec pendant si longtemps la Capitale de la France : ce sera un signe non moins caractéristique de la Chambre de 1881 que cet homme ait encore pu y jouer un rôle; qu'après avoir servi M. Gambetta, il ait pu le renverser et mérité, d'un gouvernement, une ambassade. Il est vrai que c'était auprès du roi Alphonse. Lui seul pouvait l'agréer.

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