‹ La policeChapitre 27 sur 139 · Voy. la preuve liv. V, ch. II · texte numérisé non relu

Voy. la preuve liv. V, ch. II

de police, mais poursuivi pour attentat contre des citoyens paisibles. M. Gamescasse reste toujours préfet de police. Personne ne le défend au gouvernement. Tout le monde reconnaît son incapacité et l'incapacité des collaborateurs intimes dont il s'est entouré. Tout le monde reconnaît qu'il respecte la loi comme son père la respectait, quandil jugeait au nom du Coup d'État. Après avoir étalé son insuffisance au Conseil municipal, il l'a étalée à la Ghajnbre quand il a pris la parole dans la loi sur les récidivistes. Il vient de provoquer un immense éclat de rire, en se laissant mystifier par le conspirateur, à lui tout seul, nommé Pech de Gadel. On le garde, et comme excuse, on dit : — On en mettrait un autre que cela n'irait pas mieux !

G'est tout à fait mon avis.

Un nouveau Préfet de police s'assied dans le fauteuil de son prédécesseur. Aussitôt ses nerfs centripètes reçoivent le choc de tous les préjugés qui s'y sont successivement installés : ses cellules cérébrales se trouvent instantanément encombrées des vieux mots impolis, des formules toutes faites de la phraséologie administrative, des traditions, «respect de l'autorité », «maintien de la discipline », « secret professionnel », « haine de l'anarchie », peur de la presse, de la parole, de toute lumière, vénération pour l'éteignoir et le goupillon, fatuité professionnelle, prétention à rinfaillibilité, conviction que tout individu est corvéable, bon à arrêter, insulter, maltraiter plus ou moins; les nerfs centrifuges du préfet de police, obéissant à des cellules ainsi encombrées, ne vibrent plus que pour injurier des journalistes indépendants, pour signer des nominations réactionnaires, maintenir en fonctions les ennemis de la République, écarter ses partisans, obéir aux recommandations des gens suspects, rejeter celles des hommes

qui devraient inspirer confiance, calomnier les républicains, inventer des complots de toutes couleurs, blancs et rouges, faire la bonne farce d'assommer les Parisiens, poser en conquérant de la population parisienne et jeter sur elle le vœ victis : simple action réflexe, influence héréditaire.

Ce sont ces raisons physiologiques qui expliquent pourquoi plus les préfets changent, plus c'est la même chose.

Il ne faut en vouloir ni à M. Andrieux ni à M. Camescasse : le cerveau du préfet n'est que le cerveau des Dubois, des Delavau, des Gisquet, des Carlier, des Piétri, des Boittelle, des Voisin, inclusivement. Ce n'est plus le cerveau d'un homme, c'est le cerveau d'un Préfet de police ; et comme ce cerveau sera toujours une chose très mauvaise, — le passé le prouve et le présent ne le dément pas, — pour détruire cet organisme de nature aussi malfaisante que spéciale, il n'y a qu'un moyen : supprimer le Préfet de police.

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