‹ La policeChapitre 50 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Motifs de sa création. — Comment il les justifie. — Les premiers ministres de la police. — De quelles manières t ils déjouent les complots liberticides ». — Fouché et le 18 brumaire. — L'attentat de la rue Saint-Nicaise et les républicains. — La poltronnerie de Bonaparte. — Fouché et la Restauration. — Comment il servait ses amis. — M. de Maupas.

La loi du 12 nivôse an IV (2 juillet 1796), provotjuée par un message du Directoire, créa un ministère de la police afin « d'établir une surveillance rigoureuse qui déconcerte les factions et déjoue les complots liberticides; nous aurons une république sage : un air pur régnera partout; partout le citoyen pourra habiter en sûreté. » Cette phraséologie signifiait qu'il devait surveiller les gens qui n'étaient jjas satisfaits du 9 Thermidor et les royalistes qui avaient été associés de fait ou d'intention au 13 Vendémiaire.

Merlin (de Douai), le rapporteur de la loi des suspects, le législateur attitré de la Terreur, qui devait finir parmi les courtisans de Bonaparte, n'hésita pas à quitter les fonctions de chef de la justice pour prendre celles de chef de la police. Elles le conduisirent au Directoire. Il eut pour successeurs Cochon de Lapparent, Sotin, DuvaL

Le ministre de la police se servait de la fonction, dont il était investi, pour surveiller et espionner ceux qui la lui avaient donnée. Dans la séance du conseil des Cinq Cents, tenue le 24 prairial an VII, Briot dit:

u — Un espionnage scandaleui est établi autour de la représentation nationale.

Voix nombreuses. ■ — Cela est Trai !

Briot. — Une foule d'agents de la police épient ce qui ' eo paafle dans cette enceinte, sont assis dans les tribunes, «t vont ensuite faire des rapports dans lesquels on a osé inscrire le nom de représentants du peuple. »

On sait qu'une eommission de onze membres fut alors nommée pour dénoncer dans un message au Directoire les actes arbitraires et les arrestations illégales. SUe provoqua le décret présenté par Français (de Nantes), stipulant que toute autorité, tout individu, qui attenteraient à la sùraté et à la liberté du Corps législatif ou de quelqu'un de ses membres, soit en en donnant l'ordre, soit en l'exécutant, seraient mis hors la loi.

Les directeurs Larevelliëre-Lepeaux et Merlin (deDouai), ee trouvant attaqués, donnèrent leur démission. C'est cet acte qu'on a appelé, à tort, le coup d'Etat du 30 prairial.

Un nouveau minislrede la police, nommé Bourguignon, remplaça Duva! et fut à son tour remplacé par Fouché, Le représentant Briot pouvait encore reprendre ses accusations, en disant:

. — Quelle est donc la moraUtd de cet homme qui, ultrarévolutionnaire avant le 9 Tbermidor, remplit aujourd'hui le ministère de la police ?

Sa moralité? elle était nulle. Sous la Terreur, il s'était signalé parmi les plus violents ; non seulement régicide, il avait encore ensanglanté Lyon par ses mitraillades. Chassé des Jacobins, il avaitété le plus actif instrument du 9 Thermidor. Quand il fut nommé ministie de la police par Barras et Siéyës, il s'empressa de faire fermer les Jacobins. Après avoir satisfait cette petite rancune personnelle, il déporta Aets journalistes qu'il choisit avec une noble impartialité parmi les royalistes et les républicains. U remplissait toujours ces fonctions lorsque Bonaparte ht le coup d'Etat du 18 brumaire.

Il n'en avait pas re(;u la confidence, mais il en surveil-

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lait les préparatifs avec la sollicitude que certains lieutenants de louveterie apportent à la conservation d*une portée de louveteaux. Au moment où le coup d'État s'ojpérait, il n'hésita pas à s'en faire immédiatement le complice, en fermant les barrières de Paris et en arrêtant les courriers. Il alla ensuite adresser ses protestations de dévouement à Bonaparte et lui demander sa récompense- C'est ainsi que le ministre de la police avait compris le. rôle qui lui incombait « de déjouer les complots liberticides^».

Fouché était toujours ministre de la police lorsqu'eut lieu l'explosion du baril de poudre, auquel on a donné le nom de machine infernale. Bpnaparte déclara immédiatement que les auteurs de l'attentat étaient les- hommes du 31 mai et de prairial, les Jacobins, les terroristes; qu'on ne lui ferait pas prendre le change ; qu'il n'y avait là ni nobles, ni chouans, ni prêtres. Fouché savait le contraire : il le dit, mais, pour se maintenir dans les bonnes grâces du maître qui avait le droit de lui reprocher de n'avoir pas su prévenir cet acte, il agit conformément à son désir.

Bonaparte voulait faire fusiller de suite quinze ou vingt patriotes et en déporter deux cents, pour l'exemple, sans jugement, par mesure de sûreté générale, d'ordre public. Sous la pression de cette volonté, malgré la résistance de l'amiral Truguet, le conseil d'État adopta, le 11 nivôse (!«' janvier 1801), une résolution qui invitait le gouvernement, « pour sauvegarder la constitution et la liberté», à déporter les individus qui lui seraient signalés par le ministre de la police. Le sénat adopta sans peine cette mesure, et le 18 nivôse (8 janvier) le gouvernement condamnait à la déportation cent trente -deux républicains, parmi lesquels se trouvaient d'anciens représentants aux assemblées nationaleSjChoudrin, Des trem. Ma rquézy,Talot)

1. Voir le très intéressant rapport de M. Reygeal sur la proposition de MM. Vauliiier et Boll, tendant à la reorganisalion.de la police de Pafis sur le modèle de celle de Londres.

Lt MIMSTEIIE DE LA POLICE. 153

le généra! Roasignol; presque lous les autres étaient des inconnus, découverts seulement par la police. Il fallait du nombre. Devant les noms de quelques-uns d'entre eux, on ajouta, sans aucune preuve, l'épilhiite de seplembriseur, afin de jeter de l'odieux sur l'ensemble de la liste et de donner une apparence de justiricalion à cette mesure; mais, en admettant même que l'cxactittide de cette imputation pût être prouvée, un crime, commis onze ans auparavant, pouvait-il justîlier un autre crime?

Cette liste était à peine dressée que Carbon, arrêté, reconnu par les vendeurs du cheval et de la chaTrette, nommaJt les agents de Georges Gadoudal, Tout prétexte disparaissait donc pour frapper les républicains à propos de l'attentat do la rue Saint-Nicaise. Qu'importe ? L'occasion s'était présentée. Bonaparte ne pouvait se résigner à ne pas en profiler; et l'arréié de déportation fut exécuté!

Celte justice distributive fait partie des grandes mesures d'ordre public et de siirelé générale.

Bonaparte était banté par le spectre de l'assassinat. C'est le châtiment des despotes. Etant tout dans le pays, ils assument toutes les responsabilités el provoquent forcément cette idée que, par leur suppression, tout serait changé. Il craignait que les Anglais ne le fissent assassiner, ce qui eùl été simple et économique. Il craignait les chouans; il craignait les républicains. Il avait peur de tout le monde. Avec le despote, nul n'est en sécurité dans le pays, luimême est le personnage le plus esposé de son pays. L'bistoire des pays autocratiques de Byzance et de la Russie est là pour le prouver.

Pendant que Napoléon était à l'Ile d'Elbe, Fouché fit avec le général Drouel d'Erlon, les frères Lallemand et Lelèvre-Desnouottes, un complot ayant pour but de substiluer le duc d'Orléans aun Bourbons. Le complot éclata le 6 mars, il échoua. Napoléon débarquait le 20 mars. Fouché eut l'art de lui persuader que le complot était fait à son intention et redevint ministre de la police.

Il s'empressa d'entrer en négociation avec Metlornich,, j

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pour éliminer Napoléon et le remplacer par le duc d'Orléans, Napoléon substitua un messager au messager de Fouché, et joua celui-ci. Seulement ce dernier, prévenu par le préfet de police Réal, inventa une histoire qu'il fit croire à Tempereur, qui le maintint à son poste.

On comprend que ce fidèle serviteur, après Waterloo, n'eut d'autre préoccupation que de se débarrasser de Napoléon et de s'arranger avec les alliés. Il y parvint, lui fit signer sa troisième abdication, se fit nommer président de la Commission de gouvernement, puis, dans une entrevue à Neuilly avec le duc de Wellington, sut si bien s'imposer à lui que celui-ci l'imposa à Louis XVIII. En même temps, il avait pris pour complices, malgré eux, les royalistes qui allaient à Saint-Denis en apostant aux portes de Paris, sur leur parcours, des agents chargés de provoquer des démonstrations d'impopularité contre les Bourbons, de faire arracher les cocardes blanches ou les rubans blancs qu'ils portaient, de les laisser sortir, mais de ne pas les laisser rentrer. Ceux-ci, effrayés, retournaient dire à Louis XVIII et à son entourage : — Si Fouché n'est pas là pour contenir cette population pleine de haine pour les Bourbons, rien n'est fait.

La manœuvre de Fouché réussit pleinement. Louis XVIII finit par leur dire : — Allez, et faites savoir à M. Fouché que j'accepte ses services; mais n'oubliez pas qu'en vous autorisant à traiter avec lui, je vous livre mon pucelage*.

Fouché, le régicide, se retrouva ministre de la police des Bourbons, comme il l'avait été de Bonaparte.

Il avait dressé la liste des proscrits de nivôse; il dressa» la liste des proscrits que lui demandaient les alliés et le» Bourbons. Sur cette liste de 110 noms, 20 de moins quo celle de nivôse, il eut soin de comprendre les complices de sa conspiration orléaniste, le préfet de police Real, qui pendant lui avait rendu le service dont j'ai parlé plus haut et « de n'oublier aucun de ses amis », comme disait TaL-

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