CHAPITRE m
L'agent secret. — M. de Blacas. — Difficultés du métier de mouchard. — Métier de dupe. — Avantages. — La reconnaissance d*un moa< chard. — Inconvénients du métier. — Delahodde. — Carey. — Mon dossier. — Rapports subjectifs. — Le terrible Claretie. — Ma communauté avec M. Lepëre. — Prohibition de la police politique en Angleterre. — Terreur de M. Andrieux^ — L'honorabilité du mouchard. — Le cri du cœur. — Tout mouchard devient agent provocateur. — L'affaire de Lyon. — Le bureau de la rue de la Harpe. — Agents provocateurs régulièrement embrigadés. — Une carte. — Comment se forme un groupe. — Un complot. — Georges Grisel.
La Préfecture de police, du reste, n'a rien négligé pour suivre les bonnes traditions du ministère de la police.
M. le comte d'Angles, nommé Préfet de police en 1816, après avoir servi Napoléon comme espion auprès du pape, après avoir fait déporter 300 prêtres en Corse, devint l'instrument de la Congrégation et poursuivit les bonapartistes avec une ardeur égale. Louis XVIII connaissait ces antécédents : car M. Pasquier lui avait remis la liste des espions et des délateurs de 1790 à 1815.
Tout le monde connaît le rôle de M. de Maupas pendant le coup d'État. Je ne viendrai pas ajouter mon caillou au pavé de Victor Hugo.
Le grand instrument de la police politique, c'est l'agent secret. Il y en a de deux classes : l'agent embrigadé et le mouchard non embrigadé.
Parmi ceux-ci, il y en a eu de haut rang, comme le
MOOCHABDS ET AGENTS PHOVOGATEURS.
prouve l'anecdote, racontée dans le journal d'Henry Grévilte.
Quand Fouché eut été nommé ministre de la police par Louis XVIII, le roi lui demanda si, pendant l'Empire, il ne l'avait pas fait surveiller par des espions, et il voulut savoir quels étaient ces espions. Fouchâ hésitait à parler. Louis XVIII insistant, il finit par lui répondre :
— Eli bien! sire, c'est le duc de Blacas qui s'en etaii chargé !
— El combien lui donniez-voue? demanda encore le roi.
— 200,000 livres par an, sire.
— C'est bien, dit Louis XVIH; il ne m'a pas triché... nous étions de nioUiè.
Voilà un chiffre qui va faire ouvrir de grands yeux à tous ceux qui se sentent une vocation pour la police. lia auraient tort.
Le mouchard est un être déclassé, s'il y en a un, puisqu'il ne peut pas avouer la seule classe à laquelle il appartient. Pour qu'il fut jiarfait, il devrait être un acteur de premier ordre, arrivant à jouer si bien les divers rôles, qu'il doit s'imposer tour à tour, que chacun devint, pour le moment, son état normal. Il n'a pour le secourir ni la perspective de' la scène, ni ta séparation de la rampe, ni la complicité bienveillante du public; il ne peut compter que sur le défaut d'observation, la naïveté, la légèreté ou la bèliae de ceuï à qui il s'adresse. Sa tâche est non seulement hérissée de toutes ces difficultés, elle est périlleuse : brûlé, il peut recevoir les coups de ceux qu'il espionnait et il est BÙr de recevoir, au lieu de la gratification espérée, des reproches de la part de ses chefs.
Cependant il aurait encore le droit de leur faire une réponse amilogue à celle que j'entendis un jour un employé de chemin de fer adresser à M. Talahot. Celait à Tarascon. Là se trouvent des embranchements divers. Un employé appelait les diverses stations. M. Talabot lui dit : — Pariez donc plus distinctement! J'ai failli, moi-même, dépasser la stationi
158 LA POLICE ET l'ORDRE POBLIC.
— Eh! on vous en f...tera des ténors à 1200 francs.
C'est triste à dire, mais la police recrute facilement la mouchards. Ce que dit Gisquet est resté vrai :
« La Société des Droits de Vhomme m'en a fourni Imu* coup, il me semblait aue quelquefois on ne s'y faissl admettre, que Ton ne s'efforçait d'y acquérir du crédî^ qu'afin de rendre plus de services au préfet de police'. •
C'est cependant une grande duperie de se mettre de la police. Des malheureux dans un moment de misère; dfli ouvriers, qui se sont occupés un peu de politique et ^ voudraient bien ne plus travailler, vont offrir leurs servieiL On les accepte. On donne quelques pièces de cent sous. A partir de ce moment, l'individu est pris. Il ne peut plv échapper à la police, qui le laisse tranquillement mourir de faim, à moins qu'il ne rende des « services exceptionnel!»; mais » ces services exceptionnels » sont rares.
Tous les jours, des mouchards ne peuvent pas avoir la chance de D....
Ce jeune homme avait été élevé dans la famille lâb^ doyère. Il s'était assez mal conduit, avait quitté la France, puis était rentré après la Restauration et était devein inspecteur de police. On sait que Labédoyère fut condamoi à être fusillé. Après s'être caché quelque tenlps en pro* vince, il eut l'imprudence de revenir à Paris, où il iiit arrêté. Une dame essaya do le sauver. Elle avait gagné nn employé delà prison, moyennant 10,000 francs. Mais une fois la porte franchie, il fallait trouver un moyen de fiiirc sortir le général de Paris. Elle crut qu'elle pouvait se confier à D.... Celui-ci fit semblant d'entrer dans le plan, pnis courut le dénoncer à la Préfecture de police. Quelques jours après Labédoyère était fusillé, et D.... recevait, avec une indemnité de 10,000 francs, le grade d'officier do paix.
Quelquefois, l'espiop, ou le délateur, reçoit* une tout autre récompense. On se rappelle l'histoire de Delahodde
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1 T. II, p. 63.
Moyennant 300 fr. par mois, il s'était fait l'agent provo-
kteur des sociétés secrètes de 1840 à 1848. La révolution
iomphe. Il va s'installer à la Préfecture de police auprès
.6 Gaussidière, comme secrétaire général. Il fut dénoncé
Elouin, chef de la police municipale, et Allar, chef
A la sûreté. Caussidière constitue une sorte de tribunal
.«eret au Luxembourg. Après l'avoir convaincu de sa tra-
lon, on lui présenta un pistolet, du poison, qu'il refusa
rec énergie ; il s'exila en Angleterre, et revint sous le
md empire traîner une misérable et honteuse existence
Boulogne-sur-mer.
La fin tragique de Garey, conseiller municipal de Du- ,, et chef des Invincibles, a produit une profonde émo- ^^%ion. Traduit en justice, comme complice des assassins de ;^l<Hrd Cavendish, il dénonça et trahit ses alliés et ses com- "^plices, et d'accusé devint témoin de la reine. A partir de : '^ee moment, il sentit que s'il n'était pas pendu par le bour- -^eau officiel, il risquait d'être tué par quelque vengeur. ]|3L6 gouvernement prit toutes sortes de précautions pour 2» soustraire à la justice de ses ennemis. On l'avait en* fermé à la prison de Millbank, puis à celle de Kilmain- 'Iham; on Tavait embarqué directement à bord du navire Kinfauss Castle le 6 juillet 1883, avec sa femme et ses sept enfants, en destination de Natal. Il avait fait entre Xilmainham et Londres, d'où partait le navire, toutes sortes de détours pour dérouter ceux qui pouvaient le suivre. Il avait rasé ses favoris, s'était mis de grosses moustaches noires destinées à dissimuler son horrible bouche, et avait teint ses cheveux. Sur le steamer, il voyageait dans la cabine des émigrants, avait pris le faux nom de Power, et si en sa présence on parlait de « Todieux Garey », il avait soin de manifester pour lui le plus profond mépris. Au moment où le Kinfauss Castle arrivait en vue des cOtes d'Afrique, le gouvernement faisait annoncer par une dépêche l'arrivée de Garey au Ganada.
ï^eines inutiles. Un Irlandais, O'Donnell, avait reconnu Garey à Gapetown et résolu de le tuer. Ils buvaient un jour
160 LA POLICE ET l'ORDRE PUBLIC
ensemble. O'Donnell trouva le moment favorable. Il prit son revolver et le déchargea sur Carey. Celui-ci, blessé, alla tomber dans sa cabine, en criant à sa femme : « Je suis mort I O'Donnel m'a tué ! »
La grande fonction de « l'agent secret», c'est de faire des rapports. Les inspecteurs, les indicateurs sont chargés de surveiller X, Y, Z. Ils les surveillent ou ne les surveillent pas, mais ils écrivent des rapports. Sous peine d'être mal notés, ils doivent montrer du zèle. L'amour-propre s'en mêle : ils corsent leurs rapports.
J'ai vu mon dossier en 1870, pendant le siège. Il commençait en 1866 et il était déjà gros comme la moitié du Larousse. Maintenant il doit remplir une bibliothèque à lui tout seul.
J'y trouvai certains détails sur ma famille qui me firent attribuer le premier document qui me tomba sous la main au maire d'une commune de Bretagne. Les maires, nommés par les préfets, étaient les collaborateurs naturels du préfet de police I
Puis je feuilletai les rapports. Il y en avait des milliers, tous plus insignifiants ou plus absurdes les uns que les autres. On me faisait aller dans des cafés où je n'ai jamais mis les pieds et on m'y faisait tenir des conversations dans ce Targot de la Tour », en me prêtant des idées qui n'avaient aucune parenté avec les miennes.
Je conclus que la plupart de ces agents s'en allaient tranquillement rédiger leurs rapports chez le marchand de vin et, au lieu de se livrer à des observations, s'abandonnaient à leur imagination.' C'étaient des rapports subjectifs.
Leur imagination va loin. Clarctie, que personne ne soupçonnerait d'instincts féroces, était accusé d'avoir commencé un complot avec SchoU pour tuer l'empereur, Cîlaretiafut très étonné de se trouver élevé, dans l'imagination de la police, au rang de Mazzini . .
Il fut encore bien plus étonné et plus indigné d'y trouver,
f MOUCHARDS ET AGENTS PB0V0CATEDH3. 161
l'ombre d'un prétexte, les plus înfâmoa calomnies contre uno pergonno de sa ramillc.
Du resliî, d'après la loi d'Aug'usta Comte cjue nos con- RlruclionsBubjectivea reposent toujours sur raatériauxobjec- Ufs, voua pouvez vous imaginer que les calomnies des poiiûers ne sont pas très variées. Ils en reasaaaent deux ou trois dont ils ne sortent pas. Ils ne ao donnent même pas la peine de varier les termes. Dans mon dossier, un agent de police me faisait répéter plus de cent fois : « S'il y en avait quatre comme moi, l'empire ne durerait pas quatre , jourd! " C'était là tout ce qu'il avait pu trouver en se posant cette hypolhèac : — Voyons! ai j'étais à sa place, moi, qu'est-ce que je dirais?... Je dirais cola! Et il me le faisait dire, l'iraLéciie!
On entasse, on entasse ces rapports; et puis vienne sue affaire, une élection, un procès ; la police avisée en fait sortir la calomnie enfouie, nourrie, entretenue depuis longtemps. A la Préfecture de police, on connaît par cœur le morceau de Basile sur la calomnie. L'agent politique sert moins à surveiller les gens qu'à la préparer.
Ces agents épient les ministres , d'abord pour le compte du Préfet de police et ensuite pour le compte les uns dea au Ire a. En 1879, j'ai eu l'honneur d'avoir, pour me surveiller, l'agent qui espionnait en même tempsM.Lepère, alors ministre du commerce. Il s'appelait Trîou- Desgranges. J'en ai eu beaucoup d'autres. Quoique nous n'ayons pas été de moitié, comme Louis XVIII avec le duc de Blucas, j'en ai connu plusieurs. Du reste, ils ne m'ont jamais gène. Le jour oii ils ont voulu savoir ce que je voulais leur cacber, je le leur ai caché sans la moindre diiUculté. Ils l'ont bien vu après.
L'un d'eux me disait.
— Quand on écrit un rapport, il faut suivre un système : sinon on ne fait rien de bon.
Us ont dea opinions, et selon leurs opinions, leurs antipathies ou leura aympalhies, leurs préventions ut celles qu'ils supposent à leurs chefs, ils arrangent leurs rapporta. De
162 LA POLICE ET l'oRDRE PUBLIC.
plus, pour prouver leur zèle, pour essayer de montrer leur importance, ils s'efforcent de grossir les plus petits événements. D'un fait insignifiant ils tirent toutes sortes d'hypothèses plus ou moins compliquées.
La plupart de ces agents vont demander des renseignements sur les hommes politiques, sous un prétexte ou sous un autre, aux concierges, aux fournisseurs voisins. Ils griffonnent les commérages de quartier. D'autres coupent dans les journaux la moindre ligne concernant un individu qui doit être surveillé. Voilà la police bien renseignée.
Le Préfet de police s'arroge le droit de surveiller de cette manière: le président de la République, les sénateurs, les députés, les conseillers municipaux, tous les hommes qui ont le droit de le contrôler. Et ils tolèrent celai Quand ils le voient, ils ne jettent pas dehors leur mouchard. Et pourquoi? parce qu'il n'opère pas lui-même. Je ne vois pas là une excuse.
Un ministère qui, en Angleterre, serait convaincu d'avoir pratiqué ce système de police politique, serait accusé d'avoir violé la constitution.
M. Benjamin Scott, Chamberlain de la Cité de Londres, raconte le fait suivant dans sa Statistical vindication ofthe City of London, En 1848, il était chargé de s'opposera un bill sur l'hygiène publique, Health of towns bill, qui eût porté atteinte aux droits de la Corporation de la Cité en substituant à la Commission of sewers (commission des égouts), librement élue, un Government board (bureau du gouvernement). « Je m'aperçus alors qu'un avocat qui agissait avec moi, un secrétaire d'une Société d'hygiène et moi, nous étions surveillés par des étrangers, hauts de siic pieds et d'aspect militaire. En un mot, nous étions, quoique n'étant accusés d'aucun crime, sous la surveillance de la^ police pour un objet politique. »
« Nous tendîmes un piège de manière à nous assurer* nous-mêmes si nous étions soumis à un espionnage poli-* tique. Un placard annonçant un meeting public fut, à 1^ vue de ces individus suspects, affiché sans nom d'impri-
[ABDS ET AGENTS PHOVOCATEUBS.
, Comme c'était là une violalion de la loi, il eut l'effet désiré : l'espion arrêta l'afficheur, qui fut conduit la même nuit h. la station de police de Walworth. Celte bévue de la pari d'un agent trop zélé fut immédiatement corrigée par les autorités de Scolland Yard, qui s'empressèrent de le relâcher. >j On se garda bien de poursuiïre l'afficheur, quoique la violalion de la loi fût formelle : car cette poursuite eût élé l'aveu que le Gouvernement avait eu recours à une police politique.
On se rappelle la noble indignation de M. Andiieus, le 1" juillet 1679, prenant contre moi, qu'il supposait être <[ une bande », la défense de ses mouchards :
•■ Oui, messieurs, on voulait porter la désorganisation et le désordre partout, on voulait atteindre cette autre partie de l'administration dont ne peut se passer aucun gouvernement qui a souci de sa sécurité intérieure et extérieure : la police secrète. On suivait les agents secrets.
I K C'est une nécessité : tous les hommes politiques pratir | ^nbBB l'ont constamment reconnu.... (Très bien] très ^HKfcl & gauche et au centre. ]
^|P& Donc, messieurs, on les suivait et on est arrivé à ^Wmer aux mains du directeur de la Lanterne certains do- U cunienta dont il s'est servi pour en finir avec cette partie' de l'institution. C'est ainsi qu'un certain nombre de journalistes ont élé livrés au mépris public. »
Évidemment, c'est là un grand malheur; car ces geus, <ï«i, depuis, sont livrés au méfjris public, étaient juB- ] ^Ju'sloTB fort honorables!
La moralité des assemblées est chose si bizarre que pep-
Bomie ne protesta contre la théorie contenue dans cette
dernière phrase, qui tend à rien moins qu'à dire que le
*Oouchard est honorable tant qu'il n'est pas connu,
ii Maia je ferai observer à M. Andrieux que si, d'à
u Utèae, tous » les hommes politiques pratiques ont reconnu
\ la nécesBité de la police secrète », nous avons été à la
JL lanterne des hommes politiques extrêmement praliqueftl
164 LA POLICE ET l'ORDRE PUBLIC.
en faisant une contre-police secrète, plus habile que l'autre, puisqu'elle a pu la contre-miner. Qu'est-ce qu'il nous reproche? C'était à sa police secrète à se tenir secrète. Qu'est-ce que cette police secrète qui se laisse découvrir?
M. Notte déposait, devant le tribunal, avoir entendu partir du groupe qui m'assommait, salle Rivoli, le 11 mars: — C'est lui qui a désorganisé la Préfecture de police !
Le cri du cœur ! C'était Técho de celui qu'avait poussé déjà M. Andrieux.
Dans son apologie de la police secrète, M. Andrieux disait que son but était « de n'avoir que des agents de surveillance, et jamais des agents de provocation ». C'était une antithèse, en effet, destinée à rassurer les scrupules des timorés qui se laissent séduire par les mots, sans se rendre compte de la nature des choses.
Mais je pose en fait que tout mouchard devient forcément agent provocateur, pour deux motifs ; d'abord pour se faire accepter, en montrant du zèle; ensuite pour gros» sir l'affaire.
Ses bénéfices seront en proportion de l'importance de ses renseignements. S'il dit : « Il n'y a rien! » on lui répondra à la Préfecture : « Pas de zèle ! ce n'est pas la peine d'avoir des mouchards, s'ils ne doivent, rien rappocter. » Il faut qu'il rapporte quelque chose. Il peut mentir; mais rien n'est plus difficile que de soutenir un mensonge qui ne repose sur rien et de l'entretenir. Il faut qu'il ail une base. Cette base, le mouchard, agent commissionné ou non, la fera.
La légende raconte, d'après Denys d'Halicarnasse, que les agents provocateurs ont été inventés par Tarquin, et qu'ils ont été ressuscites par Tibère. En vérité, il y a eu des agents provocateurs partout où il y a eu une police, partout où des individus ont voulu savoir les secrets des autres. La première commère venue vous dira que, pour arracher des confidences à une personne, il faut commencer par abonder dans son sens : cette commère fait la théorie de l'agent provocateur. Dans l'affaire des anarchistes de Lyon , nous
avons \u le ministère public écbafauder tout son réquisitoire sur dsB proTocalions d'agents'.
La fabrication du procès par la police s'est trouvée révélée, constatée, de l'aveu même du commissaire de police Perraudin,
Le miaislère public avait basé son accusation sur les articles les plus violents d' u a certain Valadier, qui ne siégeait point sur le banc des accusés.
Ceux-ci répondirent : « Parbleu ! cela ne noua étonne pas! il était de la police. C'est lui qui cherchait à nous compromettre. Il écrivait en Italie et en Espagne de façon à former l'association internationale et constituer le délit. On ne le retrouve pas naturellement.
LeprêsideiU. — N'avcz-vous pas, en qualité de délégué, rédigé avec Valadier un manifeste anarchiste?
Pejol. — Le manifeste a été rédigé par le policier Valadier, seul.
Le pré&idenl. — Ainsi, vous reniez Valadier?
Pejol. — Certainement. Valadier est un agent de la police; il se promène en ce moment bien tranquillement dans les rues de Lyon,
Le procureur de la liéjniblique. — Si vous savez oii il 1 est, dites-le ; je le ferai arrêter immédlalemcnt. »
Alors, tout le monde se posait cette question : — Corn- 1 ment se fait-il qu'aujourd'hui le procureur de la Repu- I lilique se montre si disposé à faire arrêter Valadier, après | l'avoir fait mettre en liberté peu de temps avant le commencement du procès?
Sur la demande des accusés, on a fait venir M. Perrau- 1 din, commissaire de police, et on lui a posé cette question : 1
tt Garraud, dit Valadier, a été agent à votro service?
— Jamais,
— De qui tenez-voua vos renaoiguemenls?
— Je refuse do répondre. »
M. Perraudin ne veut pas brûler ses mouchards. C'est 1
toujours la même histoire : dès qu'on met le nez de la police dans ses ordures, elle s'écrie : Ça, c'est le secret professionnel !
Au mois de juillet 1882, la Lanterne a puLlié la note suivante :
La Préfecture de police s'est tue devant Taccasation formelle que nous avons portée contre elle.
Pour éviter toute équivoque, nous la résumons.
Il y a, au numéro 1 de la rue de Laharpe, une succursale du cabinet de M. Puybaraud. Elle est sous les ordres d'un jeune homme, âgé de trente à quarante anS; ayant une moustache blond roux, les cheveux ch&tains et rares, la taille moyenne.
Il a pour auxiliaire un individu dont le nom commence par la même lettre que le sien, qui a été condamné autrefois à dix ans de travaox forcés pour vol. Cette condamnation n'est pas purgée.
Le chef de ce service rayonne sur des indicateurs et agents provocateurs, repris de justice^ rôdeurs, figurants de théâtre et de rflippodrome, formant une véritable bande, à l'aide de laquelle il peut organiser toutes les expéditions de blouses blanches qu'il jugerait utile.
Pendant le mois de mai, il prépara une émeute pour Je 28 mai. Il donna des revolvers à ses agents provocateurs, de manière que ceux-ci engageassent à s'armer les dupes qui devaient être compromises.
Des ordres pour l'émeute du 28 furent également donnés par M.Girard* Nous avons les noms des agents qui devaient se faire arrêter c^ jour-là.
On trouva su fusante la bousculade des étudiants, le 27 au soir. ITl^ contre-ordre arriva.
Nous accusons, en un mot, sans réticence, M. Camescasse, d'avoir employé le mois de mai à préparer un mouvement pour le 28 mai.
Les renseignements que nous avons donnés depuis trois jours suffisent pour montrer que nous sommes bien informés. Nous attendons un àé^ menti de la Préfecture de police.
Le jeune homme qui était à la tête de ce bureau d'agents provocateurs s'appelle Louis Forgues (Ludovic, en langage mérovingien) . C'est un ancien commissaire de police^ con-' damné, le 18 novembre 1881, par la cour d'assises de Vendôme, pour avoir tiré des coups de revolver sur ses administrés à Montoire.
La Préfecture de police se garda de souffler mot. .
La 2* brigade de recherches de la Préfecture de police, sous le commandement de M. Girard, a remplacé. la
brigade Lombard. Il a eu comme agents provocateurs des jeunes gens, presque des enfants. L'un d'eux, V,.»., fils d'un ancien officier do paix, était à la tête de la promenade du monôme quand vint l'idée à M. Gamescasse de la supprimer ; et plus haut que tous les autres, il criait : — A bas Gamescasse I
Un autre, presque un enfant, jeté dans la police en arrivant de Bretagne, était collectiviste révolutionnaire. Voici sa carte*.
GROUPE D'ÉTUDES SOGULES
DE LÀ JEDKESSE COLLECTIVISTE BÉVOLDTIONNAIBE DE PABIS