Voir la Poiice iTnpèriah, iiar GSrin
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circonstanciées des conspirateurs, avec le détail de leun projets, de leurs réunions, de leurs relations. ]^fa]gré la nuée de rectifications dont cette pièce, fort inexacte comme la plupart des pièces de police, fut l'objet dès Bon apparition, c'était un canevas précieux et dont un procureur intelligent pouvait tirer grand profit. Malheureusement on commit l'imprudence de ne pas garder Verdier sous les verrous. Aussitôt libéré, ne pouvant plus vivre en France que méprisé, il partit pour la Belgique ; là, le malheureux, qui n'avait pas toute honte bue, trouva d'ancienB proscrits qui lui firent comprendre l'infamie de son acte, et sous leur influence il rédigea une rétractation qu'il envoya aux divers journaux républicains vers le milieu de mars 1870.
La première corde était cassée, il fallait en trouver d'antres, il fallait d'autre part hâter la besogne ; car l'Empire convoquait au plébiscite les électeurs pour le commencement de mai.
Dans la semaine qui précéda le vote, tout éclata à la fois: arrestations des membres de. rinternationale ; arrestation d'un nommé Roussel chez qui l'on trouva des bombes et que, par le plus étrange des hasards, une quinzaine d'agents laissèrent échapper; saisie d'armes à la frontière; arrestation chez une fille de la Butte-des-Moulins d'un militaire nommé Beaury, qui déclara sans barguigner avoir été expédié de Londres pour tuer l'empereur ; publication dans le Figaro et le Gaulois de la coupe et du plan des bombes, où des irrévérencieux s'avisèrent de reconnaître tout bonnement le cliché des bombes Orsini, publié quelqpe douze ans auparavant; indiscrétions d'instruction ajoutant aux aveux de Verdier, qui voulait bien conspirer, mais non pas assassiner; les aveux de Godinot qui, écrasé par les charges de l'accusation, se décidait à parler ; ceux du stolque Guérin, qui n'eût rien dit quant à lui, mais qui, vis-à-vis des aveux de Godinot, ne pouvait décemment que compléter les renseignements de la justice; rapport de M. Grandperret sur ce grand complot qui, tout bien compté, ne compre-
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nail pas moins de quatre pelils complots dislincis; décret impérial convoquanl la Haule Cour de justice ; lout apparut i la fois, colporté dans les fouilles à scandale, dans le Journal officiel, dans les petits journaux à un sou, crié dans les rues, placardé à la porte dos mairies juste au moment du vote, et sans que personne ciil le temps de répondre ou de contealer. Deux mois seuleraent après, le plébiscite fait et TOté, les accusés furent déférés à la Haule Cour de justice, cette siogulière magistrature qui a toujours condamné les républicaLns et a choisi pour prononcer un acquittement le jour où lui a été déféré le prince Pierre Bonaparte. La guerre de 1870-71, qui survint sur les entrefaites a détourné l'attention publique de ce procès qui, pourtant, méritait mieux qu'un coup d'mil distrait.
Peu de jours après les condamnations, qui furent nombreuses et sévères, arriva la chute de l'Empire qui fitsorlir les condamnés de prison. Voici en quels termes le Journal ufficiel du gouTerncment du k Septembre a parlé de cette affaire, dans une note publiée le 10 octobre 1870 :
<i En ce qui concerne les divers complots jugés récemment àBlois, ^1 résulte, dit cette note, des pièces et des révélations recueillies qu'ils ont été provoqués et organisés en partie par MM. Lagrange, Piétri (préfet de police), Jules Ballot, Guério, Beaury, Bernier (juge d'instruction) et plusieurs autres. Guérin était depuis longtemps un agent secret, Beaury et Ballot le devinrent quelques mois avant le complot. Ballot n'avait pas craint de demander 500 000 francs, il en avait déjà touché 20000 qui lui avaient servi àpayer ses aous^agents. ■>
a. M. et M""' Ballot ont fait tous les aveux et ont signé leurs dépositions acquises aujourd'hui à l'enquête.
B II résulte encore des déclarations des témoins que ces divers complots avaient été vivement poussés par l'ordre de M. Piétri pour favoriser le plébiscite.
a M. le juge d'instruction Barnier, dans les différentes afflirefl dont il s'est occupé, a pris une part importante à
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ces machinations. Il est certain notamment qu'il faisaitses instructions dans le cabinet du sieur Lagrange. »
La note se termine en annonçant qu'une instruction était entamée et se poursuivait activement, et que bientôt les coupables seraient déférés à la justice. Ces poursuites n'ont pas eu lieu. •
Il ne fallait pas « débiner le truc », trahir le secret professionnel ; car la fabrication des complots £edt partie de la profession de la police*
Mais reste la déclaration de M. de Kératry :
L'enquête, dit-il, établit : « Que sauf le complot d'Qrsini, toutes les affaires séditieuses des dix dernières années ont été machinées par la police occulte et que, sans l'intervention de celle-ci, ou elles n'auraient point eu lieu, ou elles n'auraient point produit d'éclat*. »
La fabrication des complots rentrait dans les procédés de M. Thiers. Pour assurer la candidature de M. de Rémusat contreM.Barodet,il fît le complot de la rue Sedaine.
Le complot de la rue Sedaine se composait d'une douzaine d'individus, sur lesquels huit appartenaient à la police.
— Du reste, nous nous reconnûmes tout de suite, me disait l'un d'eux.
— A quoi?
— Nous étions toujours les plus violents.
Ils se firent condamner héroïquement, et deux, au moins, poussèrent la conscience jusqu'à subir leur peine, l'un resta quinze mois en prison et mourut en sortant; l'autre, nommé J..., fît six mois de prison, au bout de ce temps rentra à la Préfecture de police comme attaché au service de la photographie, puis, tour à tour inspecteur d'un grand magasin, employé d'agence de renseignements, dévoré de vice et de misère, toujours un pied embourbé à la Préfecture, il s'est traîné et se traîne peut-être encore dans ces bas-fonds immondes, au milieu desquels elle s'est instal-
lée, comme certains seigneurs féodaux établissaient leurs forteresses au milieu des marécages, pour mettre à l'abri leurs rapines et leurs forfaits. Ils défiaient toute attaque du dehors ; ils périssaient des miasmes qu'ils avaient pris pour auxiliaires.